L’émission éducative OKI de la RTS, destinée aux 10-12 ans, décrypte cette semaine le journalisme de guerre. Avec l’éclairage de Maurine Mercier, correspondante en Ukraine, l’épisode offre des clés pour comprendre la diffusion des images de conflits. 

Parler des bombes, des populations déplacées et des conséquences d’un conflit à des enfants est complexe. Pourtant, face aux images qui circulent sur les réseaux sociaux, le sujet s’invite régulièrement dans les discussions.

Dans son dernier épisode, OKI donne la parole à des jeunes Romands et aux professionnels qui couvrent ces événements sur le terrain. 

>> Voir l’épisode de OKI : Comment raconter la guerre ? Comment raconter la guerre? / OKI / 13 min. / mercredi à 12:00 L’information, l’autre champ de bataille 

Si la guerre se joue sur le terrain, elle se mène aussi numériquement. C’est ce qu’on appelle la « guerre de l’information ». L’objectif d’un État ou d’un groupe armé est double: influencer l’opinion publique internationale et mobiliser sa propre population. 

L’histoire récente illustre cette évolution. En décembre 2008, quelques jours après le lancement de l’opération ‘Plomb durci’ sur la bande de Gaza, l’armée israélienne a créé sa propre chaîne YouTube. L’objectif assumé à l’époque: « Montrer au monde sa propre vérité » en diffusant directement les images de ses frappes, sans passer par le filtre des médias traditionnels.

Souvent, on dit qu’il faut croiser ses sources trois fois en journalisme. Je dirais que quand on est sur un terrain de guerre, il faut les croiser cinq fois

Maurine Mercier, correspondante de la RTS en Ukraine

Plus récemment, au début de l’invasion russe en Ukraine en 2022, la légende du ‘Fantôme de Kiev’, un prétendu as de l’aviation ukrainien qui aurait abattu six avions russes lors du premier jour de l’offensive de Kiev, est devenue virale. Il s’est avéré par la suite que certaines images provenaient du jeu vidéo ‘Digital Combat Simulation’. 

« Démontrer que je suis une civile »

Pour faire face à la désinformation, les reporters sur place appliquent des règles de vérification strictes. Maurine Mercier, correspondante de la RTS en Ukraine et lauréate du Prix Bayeux des correspondants de guerre, explique sa méthode de travail: « Souvent, on dit qu’il faut croiser ses sources trois fois en journalisme. Je dirais que quand on est sur un terrain de guerre, il faut les croiser cinq fois ».

C’est évident que la plupart vont survivre, et heureusement. Mais je garantis qu’il y a 40 millions de personnes qui sont traumatisées

Maurine Mercier, correspondante de la RTS en Ukraine

Pour assurer sa sécurité, la journaliste adapte parfois son équipement. Si elle possède un gilet pare-balles et un casque, elle indique ne les porter que rarement. Vus du ciel par les caméras des drones russes, ces équipements pourraient la faire confondre avec un militaire. Sa stratégie face à ce risque: « Les cheveux détachés et une robe, pour vraiment démontrer que je suis civile ». 

>> Voir l’interview intégrale de Maurine Mercier  : Maurine Mercier répond aux questions des enfants Maurine Mercier répond aux questions des enfants / OKI / 24 min. / mercredi à 11:30
Les conséquences psychologiques 

Au-delà de la sécurité physique, la correspondante évoque un autre aspect des conflits: le risque psychologique. Alors que l’Ukraine comptait environ 41 millions d’habitants et habitantes à la veille de l’invasion de 2022, Maurine Mercier fait ce constat: « C’est évident que la plupart vont survivre, et heureusement. Mais je garantis qu’il y a 40 millions de personnes qui sont traumatisées ». 

Pour gérer la pression liée à son métier, la journaliste explique recourir au dessin, à des exercices de respiration, et veille à exprimer ses émotions plutôt qu’à les enfouir. 

>> Ecouter aussi la dernière note vocale de Maurine Mercier sur les bombardements à Kiev : Ukraine: une nouvelle note vocale de Maurine Mercier / Tout un monde / 4 min. / aujourd’hui à 08:13 Le rôle de la diplomatie 

Comment ces conflits peuvent-ils s’arrêter? Interrogée par les enfants, la journaliste pointe le rôle de la diplomatie, un élément qui, selon elle, « manque par les temps qui courent ». Elle mentionne le rôle historique des bons offices de la Suisse, dont la neutralité a permis de réunir des belligérants autour d’une table pour renouer le dialogue. 

La guerre, c’est une anomalie qu’il faut combattre

Maurine Mercier, correspondante de la RTS en Ukraine

Une étape indispensable, conclut-elle, pour éviter de s’habituer aux conflits: « La guerre, c’est une anomalie qu’il faut combattre ».

Le magazine OKI, format éducatif de la RTS, est disponible sur Play RTS.

Emission: Andrea Gringeri et François Egger

Adaptation web: Gaëlle Bisson