L’autrice neuchâteloise Julie Guinand étrenne la collection ‘Raisinets’ (Paulette éditrice), destinée aux recueils de nouvelles. Le sien s’appelle ‘Des métamorphoses’. On y suit cinq trentenaires en période de mue et de bouleversement.

Sur la couverture, une collection de papillons, façon papier peint bourgeois. Mais ne vous y fiez pas: Paulette éditrice maîtrise l’art du décalage. Après les ‘Pives’ (collection de très brefs romans) et les ‘Grattaculs’ (textes LGBTQIA+), l’éditrice accueille de nouveaux petits fruits helvétiques, en grappe cette fois: les ‘Raisinets’. « Ça roule sur la langue, ça craque sous la dent. On lit du raisinet pour s’agacer les gencives et se remplir le ventre », annonce le manifeste de la collection.

Le livre est une commande que Paulette a passée à Julie Guinand (et à Joanne Chassot, dont le recueil ‘Saint-Martin’ suivra), avec pour unique demande de travailler autour d’un thème clair.

L’envol des trentenaires

Pour ‘Des métamorphoses’, Julie Guinand choisit un âge : la trentaine, décennie des mues qui s’opèrent et des cocons qui craquent. Dans la nouvelle ‘Grand Amour’, Sarah teste une nouvelle app de rencontre. Dans ‘Le portrait’, Claire n’en peut plus d’être maman. Gabrielle, jeune enseignante de retour dans son lycée, découvre que son harceleur sévit toujours (‘Le corbeau’). Dans ‘La fissure’, Charles, violoniste mélancolique, revit sa rencontre éblouissante avec Robin. Quant à Sandrine, « workflow coordinator » épuisée par l’ennui, elle cède aux chants des sirènes dans ‘Le fleuve’.

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Julie Guinand, ‘Le fleuve’, extrait de ‘Des métamorphoses’ Est-ce que je fais assez d’efforts?

Les injonctions pullulent, mais ce sont les injustices qui ressortent, comme lorsque Gabrielle (‘Le corbeau’) comprend que sa hiérarchie couvrira l’enseignant harceleur qu’elle a pourtant démasqué. « Ce sont des questions que je trouve intéressantes à aborder par le biais de la fiction », confirme Julie Guinand dans le podcast QWERTZ. « J’utilise un miroir à peine grossissant, mais pas tant que ça, en fait. »

Une sororité se dessine au fil des apparitions: la peintre de l’âge d’or hollandais Judith Leyster, l’écrivaine québécoise Anne Hébert, l’artiste américaine Romaine Brooks, Virginia Woolf, Agatha Christie, une sirène, des sorcières… Certaines nouvelles connaissent un dénouement jouissif. « Au bout d’un moment, sourit Julie Guinand, on pourrait un petit peu nous lâcher la grappe. »

Passant d’une esthétique disruptive à la ‘Black Mirror’ aux tempi allègres de Vittorio Monti, avec des clins d’œil aux ‘histoires dont vous êtes l’héroïne’ et cette fausse naïveté proche de Corinna Bille (prix Goncourt de la nouvelle pour ‘La demoiselle sauvage’ en 1975), Julie Guinand propose un parcours aussi varié que cohérent. C’est tout le plaisir et la difficulté du genre.

Daniel Vuataz/sf

Julie Guinand, ‘Des métamorphoses’, Paulette éditrice, collection ‘Raisinets’, 7 mai 2026

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