Invitée mercredi dans La Matinale, la chercheuse française Clémentine Fauconnier analyse le durcissement du régime russe sous Vladimir Poutine. Selon elle, l’accélération de l’autoritarisme, les tensions internes et la dépendance des oligarques sont autant de signes d’un pouvoir en quête de consolidation, mais aussi d’un aveu de fragilité.
Vladimir Poutine incarne depuis plus de deux décennies le pouvoir en Russie. Dès son arrivée en 2000, le président russe a instauré un système autoritaire, cherchant à limiter les alternatives politiques tout en maintenant une façade de pluralisme dans les médias et les institutions. Cependant, selon Clémentine Fauconnier, ce pluralisme a progressivement disparu, notamment après le retour de Poutine à la présidence en 2012 et l’intensification des politiques autoritaires à partir de l’invasion de l’Ukraine en 2022.
« Le régime de Poutine a évolué d’un autoritarisme contrôlé vers un système de plus en plus verrouillé », explique la chercheuse. Cette transformation s’accompagne d’une suppression des espaces de liberté, autrefois tolérés, qui servaient également de soupape pour le pouvoir. Aujourd’hui, ces marges de manœuvre semblent presque entièrement effacées.
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L’invitée de La Matinale – Clémentine Fauconnier, chercheuse et autrice de « La Russie de Poutine » / La Matinale / 16 min. / hier à 07:00 Une fuite en avant révélatrice de fragilités
Pour Clémentine Fauconnier, auteure de ‘La Russie de Poutine’, le durcissement du régime est aussi un signe de faiblesse. « On observe une fuite en avant dans un contexte d’appauvrissement général de la Russie, qu’il soit démographique, économique ou intellectuel », souligne-t-elle. Elle rappelle que la guerre en Ukraine a entraîné un exode massif des jeunes générations éduquées, privant le pays de forces vives essentielles pour son avenir.
« Les dirigeants russes en sont conscients. Il y a eu un départ massif de la population la plus éduquée, de trentenaires en âge d’avoir des enfants. De tous les points de vue, à long terme, ça va être une catastrophe pour la Russie », détaille la chercheuse alsacienne.
Les oligarques, entre dépendance et marginalisation
Interrogée sur le rôle des oligarques, Clémentine Fauconnier note un paradoxe dans les effets des sanctions économiques occidentales. « Ces sanctions, qui visaient à affaiblir le pouvoir de Vladimir Poutine en exerçant une pression sur les oligarques, ont produit l’effet inverse. Elles ont renforcé leur dépendance au Kremlin », analyse-t-elle.
Elle évoque également les mystérieux décès de plusieurs oligarques en 2022, qu’elle interprète comme une stratégie du pouvoir pour discipliner cette élite économique. Aujourd’hui, ces derniers, bien que marginalisés, sont contraints de soutenir le régime. « Ils sont même candidats au rôle de boucs émissaires, c’est-à-dire que les difficultés économiques du pays pourraient facilement être mis sur le compte de ce groupe social qui n’aurait pas assez contribué », ajoute-t-elle.
L’image d’un président vieillissant
L’image de Vladimir Poutine, autrefois perçu comme un leader viril et dynamique, semble aussi s’effriter, y compris en Russie. « Il est aujourd’hui perçu comme un président vieillissant, surnommé ‘le papy du bunker’ depuis la pandémie de Covid-19 », note Clémentine Fauconnier. Si cette image peut renforcer le sentiment de « forteresse assiégée » promu par le Kremlin, elle illustre aussi « l’essoufflement » d’un système hyper-personnalisé, entièrement dépendant de son dirigeant.
La chercheuse évoque finalement la possibilité d’un coup d’Etat, une question qui agite le Kremlin. « Il y a toute une série de signaux et de mesures renforcées, mais aussi cette peur d’une révolution de palais ou d’un mouvement populaire. Il y a également un mécontentement qui couve et qui est dû à la fois aux attaques de drones ukrainiens, qui sont de plus en plus présentes dans le quotidien des Russes, à quoi s’ajoute la difficulté économique et le contrôle d’Internet qui a été extrêmement mal pris. »
Et Clémentine Fauconnier de conclure: « Dans les régimes autoritaires, les tentatives de renversement du pouvoir aboutissent souvent à un durcissement du régime. Et même si le système de Vladimir Poutine est déjà extrêmement verrouillé, il pourrait l’être encore davantage ».
Propos recueillis par Pietro Bugnon
Article web: Jérémie Favre