En Suisse, seulement 20 à 30% des interventions chirurgicales se font en ambulatoire, contre 80% dans les pays nordiques. Invité dans La Matinale, Marc-Olivier Sauvain, futur président de la Société suisse de chirurgie, appelle à un changement de paradigme pour rattraper ce retard.

Alors que la hausse des primes d’assurance maladie continue de peser sur les ménages suisses, le développement de la chirurgie ambulatoire est présenté comme une piste majeure pour réduire les coûts de la santé. Pourtant, la Suisse reste à la traîne par rapport à d’autres pays européens, notamment les pays nordiques, où huit interventions sur dix sont réalisées en ambulatoire.

Marc-Olivier Sauvain, chef du département de chirurgie du Réseau hospitalier neuchâtelois et prochain président de la Société suisse de chirurgie, explique mardi dans La Matinale de la RTS que ce retard est en partie dû à un manque d’incitations financières et de volonté politique. « Pendant longtemps, il n’y avait aucun avantage à pratiquer la chirurgie ambulatoire en Suisse. Au contraire, on perdait de l’argent en la privilégiant », déclare-t-il.

>> Voir l’interview de Marc-Olivier Sauvain dans La Matinale : L'invité de La Matinale - Marc-Olivier Sauvain, président de la Société suisse de chirurgie L’invité de La Matinale – Marc-Olivier Sauvain, président de la Société suisse de chirurgie / La Matinale / 14 min. / mardi à 07:00 Des bénéfices financiers et médicaux

Dans les pays nordiques, le virage ambulatoire a permis des « bénéfices substantiels », estime Marc-Olivier Sauvain. Ce modèle réduit les coûts en limitant les jours d’hospitalisation tout en favorisant une meilleure récupération des patients, qui peuvent rentrer chez eux le jour même de l’intervention.

Une récente étude montre une forte réticence des patients envers la chirurgie ambulatoire

Marc-Olivier Sauvain, chirurgien

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En Suisse, la situation est bien différente. « Nous sommes parmi les moins bons élèves de l’OCDE en termes d’interventions ambulatoires », souligne-t-il. Une réforme du financement uniforme des prestations, acceptée par votation et prévue pour 2028, vise à supprimer les mauvaises incitations qui favorisent le stationnaire au détriment de l’ambulatoire.

Des freins structurels et culturels

Mais le retard de la Suisse ne s’explique pas seulement par des considérations financières. Marc-Olivier Sauvain pointe également une méfiance culturelle des patients à l’égard de l’ambulatoire, laissant penser que beaucoup considèrent un séjour à l’hôpital plus sûr qu’un retour à domicile.

« Une étude récente menée à Genève montre une forte réticence des patients envers la chirurgie ambulatoire. Il y a un apprentissage à faire au niveau des patients, des soignants et des médecins pour que le virage puisse se faire », explique-t-il.

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La chirurgie ambulatoire nécessite des centres dédiés, équipés de technologies de pointe, et une coordination optimale entre les différents acteurs

Marc-Olivier Sauvain, chirurgien

Cette perception est renforcée par une méconnaissance des risques liés à une hospitalisation prolongée. « Il faut se rendre compte que l’hôpital, ce n’est pas un hôtel cinq étoiles. Les chiffres de l’OFSP montrent que 6% des patients hospitalisés contractent une infection nosocomiale et un patient sur dix en Europe subit un événement indésirable pendant son séjour. La moitié de ces incidents pourraient être évités », ajoute-t-il, appelant à « désacraliser l’hôpital ».

Des centres spécifiques

Pour réussir ce virage, il faudra aussi adapter les infrastructures. « La chirurgie ambulatoire repose sur des processus complexes, avant, pendant et après l’intervention. Cela nécessite des centres dédiés, équipés de technologies de pointe, et une coordination optimale entre les différents acteurs », explique Marc-Olivier Sauvain.

Il cite en exemple l’inauguration récente du plus grand centre de chirurgie ambulatoire à Genève, fruit d’un partenariat entre la clinique privée Hirslanden et les HUG, qui pourrait servir de modèle pour d’autres régions. Ces centres, moins coûteux que les infrastructures hospitalières traditionnelles, permettent d’offrir une chirurgie de pointe à des coûts réduits, tout en améliorant l’expérience des patients.

Le développement de la chirurgie ambulatoire en Suisse nécessitera des efforts conjoints des autorités, des professionnels de santé et des patients. La situation pourrait toutefois évoluer grâce à la réforme du financement uniforme des prestations. « Avec cette réforme et une volonté politique plus affirmée, je pense que nous verrons davantage d’interventions en ambulatoire », conclut Marc-Olivier Sauvain.

Propos recueillis par Pietro Bugnon

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