Les poulpes sont capables d’utiliser à leur profit les images reflétées par un miroir. Une équipe de recherche américaine a appris à plusieurs pieuvres à repérer grâce à un miroir de la nourriture qui se trouvait pourtant en dehors de leur champ de vision.
L’étude, publié mercredi dans la revue spécialisée Current Biology, livre pour la première fois la preuve qu’un animal invertébré est capable d’utiliser à bon escient un miroir. Jusqu’à présent, ce comportement n’avait été observé que chez des vertébrés comme les singes, les éléphants et les oiseaux.
Pour mener leur expérience, les scientifiques de l’Université de Fribourg et du Dartmouth College, aux Etats-Unis, ont placé trois pieuvres du type Octopus bimaculatus à l’intérieur d’un récipient posé dans un aquarium. Depuis ce récipient, les pieuvres pouvaient voir, face à elles, l’image d’un crabe virtuel reflétée dans un miroir.
La vue directe sur la projection du crabe était obstruée par les parois du récipient. Pour attraper le « vrai » crabe, les poulpes ne devaient pas se précipiter vers le miroir. Ils devaient, au contraire, quitter la boîte, faire demi-tour et prendre la direction opposée à celle de l’image qu’ils voyaient.
>> Schémas de configuration des cuves aux différentes étapes de l’expérience :
(A) Configuration de l’aquarium avec une pieuvre de taille proportionnée représentée en rouge, profondeur du sable (5–6 cm) et profondeur de l’eau (52 cm). (B–D) Le sable et la profondeur de l’eau ont été omis pour améliorer la visibilité. (B et C) Taille exagérée de la pieuvre et du stimulus. (D) Taille exagérée du stimulus; les autres éléments sont à l’échelle. (B) montre la configuration pour l’habituation au miroir: un miroir couvrant la moitié de la largeur de l’aquarium a été placé au milieu, permettant à la pieuvre de se déplacer librement dans l’aquarium. (C) Configuration du bac pour les essais d’apprentissage de l’utilisation du miroir, avec l’occulteur à gauche et le miroir à droite (la configuration a été inversée pour la moitié des essais): un crabe vivant dans un bocal en verre (non représenté ici) est caché de la vue directe par un occulteur constitué de feuilles de plastique ondulé noir opaque et n’est visible que dans le miroir placé dans le coin opposé au crabe. (D) montre le test d’utilisation du miroir: la pieuvre est placée dans une chambre de départ ouverte à l’avant et au sommet, positionnée face à un miroir couvrant toute la largeur du bac. Un crabe virtuel est projeté soit sur le côté gauche, soit sur le côté droit de l’enceinte et n’est visible pour la pieuvre dans la chambre de départ que par le biais du reflet du miroir. La pieuvre est représentée en rouge; son image dans le miroir est grise. Le crabe vivant réel est représenté en marron, le crabe virtuel projeté est représenté en blanc. Le hasard exclu statistiquement
Les pieuvres ont vite compris la situation: dans 73% des essais, elles ont choisi le chemin correct, un chiffre qui statistiquement exclut tout hasard.
Un Octopus bimaculoides [University of Chicago – Cassady Olson]
Avec l’expérience, elles arrivaient au bon endroit de plus en plus rapidement. Parfois même, les pieuvres escaladaient les parois latérales du récipient pour gagner du temps.
Les animaux ont consciemment lâché l’ombre pour la proie. Selon les scientifiques, cela signifie que les pieuvres peuvent non seulement se retenir d’attaquer sans discernement un stimulus optique, mais qu’elles sont aussi capables de se représenter un espace en trois dimensions en intégrant une image reflétée par un miroir.
Cette capacité est particulièrement importante dans la perspective de l’évolution. Le dernier ancêtre commun aux céphalopodes et aux vertébrés remonte à plus de 520 millions d’années. Les cerveaux des deux groupes se sont depuis développés de façon totalement indépendante.
Le fait que les pieuvres aient montré la même capacité à utiliser les images d’un miroir que celle d’animaux vertébrés très évolués suggère que la Nature les a dotés de la même solution intelligente pour résoudre les problèmes de navigation spatiale et à la représentation dans l’espace.
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ats/sjaq