En Suisse, les violences domestiques demeurent une réalité alarmante, piégeant les personnes victimes, principalement les femmes, dans un cycle de peur et de silence. En 2025, dix-neuf femmes ont perdu la vie sous les coups de leur partenaire ou ex-partenaire.

En janvier 2026, le canton de Genève est frappé par le premier féminicide de l’année, et la question de l’aide et de la protection des victimes est plus que jamais d’actualité.

Chloé* a vécu l’emprise psychologique et physique de son ancien compagnon. Dans l’émission Temps Présent de la RTS, elle témoigne de la difficulté de quitter une relation violente. « Il disait clairement que j’allais mourir si je partais, donc j’avais peur de mourir. »

C’est la naissance de leur enfant qui lui donne la force de partir. Mais ensuite, commence une « véritable descente aux enfers » où elle a dû se battre pour être crue. Aujourd’hui, trois ans après sa fuite, son ex-compagnon la recherche toujours avec des intentions meurtrières.

Un système d’aide sous tension

Les Centres LAVI (Loi sur l’aide aux victimes d’infractions) sont souvent le premier point de contact pour les victimes. Clémentine Vernet, répondante sociale au Centre LAVI Genève, explique la procédure d’urgence: hébergement temporaire, soutien juridique et psychologique, le tout sans obligation de déposer plainte. Cependant, la réalité est complexe. Les foyers d’urgence pour les victimes de violences domestiques manquent de places et sont même inexistants dans certains cantons.

Le foyer Le Pertuis à Genève est un foyer d’accueil pour les victimes de violences domestiques. Le foyer est sous pression depuis le début de l’année, avec « entre 25 et 30 personnes sur la liste d’attente ».

Le manque de places oblige parfois les intervenants à chercher des solutions d’hébergement d’urgence dans des hôtels. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les violences psychologiques sont désormais reconnues par la LAVI, ce qui entraîne une augmentation des demandes et une surcharge de travail pour les équipes.

>> Regarder le sujet de Temps Présent : Violences domestiques, l’urgence de fuir Violences domestiques, l’urgence de fuir / Temps présent / 48 min. / jeudi à 20:15 Le concept de contrôle coercitif et ses conséquences

Le concept de contrôle coercitif est une forme insidieuse de violence où l’agresseur exerce une domination continue et répétée sur sa victime, la privant de son autonomie. Véronique Landry en a été victime pendant 20 ans. Son mari l’humiliait, la rabaissait constamment, l’isolant de son entourage. « Il me traitait de bécasse, il me traitait de pute, il me rabaissait tout le temps pour tout », raconte-t-elle.

La reconstruction est un processus long et difficile. On estime que le temps nécessaire pour reconstruire l’estime de soi est au moins équivalent, voire deux fois supérieur, à la durée des violences subies. Les foyers à long terme, comme le Foyer Arabelle à Genève, jouent un rôle crucial dans cette reconstruction, en offrant un hébergement et un accompagnement pluridisciplinaire. Mais les places sont rares.

Les failles du système judiciaire

Les victimes doivent aussi composer avec les failles du système judiciaire, entre questions intrusives et procédures souvent interminables. Clara Schneuwly, avocate spécialisée dans la défense des victimes, souligne le manque de formation des professionnels de la justice aux techniques d’audition adaptées aux personnes traumatisées.

De plus, les mesures d’éloignement, bien qu’existantes, ne sont pas toujours suffisantes. Emma* en a fait l’amère expérience: malgré une interdiction d’approcher, son ex-mari continuait de la harceler, allant jusqu’à la menacer de mort devant la police, sans que cela n’entraîne de sanctions immédiates. En Suisse, il n’y a pas de surveillance active des auteurs de violences, laissant la responsabilité à la victime d’alerter la police en cas de non-respect de la mesure.

L’impact sur les enfants et la prise en charge des auteurs

Les enfants figurent également parmi les victimes des violences conjugales. En Suisse, près de 27’000 d’entre eux y seraient exposés chaque année. Cette exposition peut avoir de lourdes répercussions sur leur développement et augmente le risque qu’ils reproduisent ou subissent des violences à l’âge adulte.

Enfin, la question de la prise en charge des auteurs de violences est également soulevée. Marc Antoine La Torre, directeur de l’Association Foyer Arabelle, déplore le manque de dispositifs et de moyens permettant d’amener les auteurs à assumer leurs responsabilités. Selon lui, dans le système actuel, le poids des démarches et des conséquences repose encore largement sur les victimes.

Un appel à une meilleure protection

Radia, ancienne résidente du Foyer Le Pertuis, raconte son parcours de reconstruction et lance un appel à rompre le silence. Mais pour de nombreuses victimes, le chemin vers l’apaisement reste semé d’embûches. Comme Emma* et Chloé*, elles aspirent avant tout à retrouver un sentiment de sécurité, condition indispensable pour se reconstruire et reprendre le cours de leur vie. « Je pense que le seul moment où je serai libre, c’est quand il sera mort. Pas avant. Jamais avant. »

Ces témoignages mettent en lumière l’urgence de renforcer les réponses politiques et sociétales afin de prévenir les violences, de protéger les victimes en leur garantissant la sécurité et de leur offrir les conditions nécessaires à leur reconstruction.

* Noms connus de la rédaction

Vanessa Schweizer-Bapst