Ruag élimine des munitions appartenant aux Etats-Unis. C’est une première pour une armée étrangère. Le Département fédéral de la défense (DDPS) estime que cette activité ne pose aucun problème au regard de la neutralité suisse. D’autres mandats similaires pourraient suivre à l’avenir.
Ce sont probablement plusieurs centaines de milliers de cartouches que les employés du groupe fédéral Ruag éliminent actuellement à Altdorf pour l’armée américaine. Au total, près de quatre tonnes de munitions de petit calibre et d’autres matériels pyrotechniques provenant de troupes américaines stationnées en Allemagne sont concernés. Les opérations touchent à leur terme, indique l’entreprise. Comme les armées du monde entier, les forces américaines doivent régulièrement se débarrasser des munitions qui ont dépassé leur durée d’utilisation autorisée.
Jusqu’à présent, l’armée américaine détruisait ses munitions en Italie. Selon l’Office fédéral de l’armement (Armasuisse), les Etats-Unis souhaitent disposer d’une solution complémentaire en Suisse.
Pour Ruag, propriété de la Confédération, éliminer des munitions pour une armée étrangère est une première. L’opportunité a été transmise par Armasuisse. Les responsables étaient manifestement conscients dès le départ que le mandat était sensible, puisqu’en juin dernier, ils en ont informé le conseiller fédéral en charge de la Défense Martin Pfister.
Feu vert de Martin Pfister
Le chef de l’armement Urs Loher a assuré au conseiller fédéral qu’il n’y avait pas de risques politiques. C’est ce qui ressort d’un procès-verbal de séance publié sur le site internet du DDPS. Selon le procès-verbal, Martin Pfister avait notamment demandé si celles-ci pouvaient encore être utilisées. Le chef de l’armement a répondu par la négative.
Reste toutefois la question de savoir si Martin Pfister aurait pris la même décision aujourd’hui – maintenant que les Etats-Unis ont attaqué l’Iran et sont devenus une partie belligérante au regard du droit de la neutralité.
Interrogé à ce sujet, Ruag précise que les munitions ont été livrées en Suisse en 2025, avant le début de la guerre. L’entreprise affirme également avoir procédé aux vérifications nécessaires après l’évolution de la situation internationale: « tous les examens correspondants ont été effectués. »
Vers de nouveaux mandats internationaux
Jusqu’à présent, le site d’Altdorf était principalement consacré à l’élimination des munitions de l’armée suisse et – dans une moindre mesure – à celles de services civils comme la police.
Mais le centre d’élimination est sous-exploité: La réduction des effectifs de l’armée au cours des dernières décennies, le recours croissant aux simulateurs pour l’entraînement et la diminution des stocks de munitions ont entraîné une baisse des volumes à traiter.
Face à cette situation, Ruag souhaite donc décrocher de nouveaux débouchés à étrangers. De tels mandats externes devraient contribuer à ce que le savoir-faire pour l’élimination écologique des munitions soit préservé en Suisse. Le mandat conclu avec l’armée américaine peut être considéré comme un projet pilote. Selon RUAG, plusieurs demandes potentielles émanant d’autres clients étrangers sont actuellement à l’étude.
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Dominik Meier (SRF)