Le bouclier fiscal vaudois continue de faire des remous au sein du PLR. Interrogé vendredi dans Forum, l’ancien conseiller d’Etat et ancien conseiller national Claude Ruey, grand ponte du parti, fustige une absence de responsabilité politique dans la réaction de sa formation.
Comme le Conseil d’Etat, le PLR vaudois estime, à l’instar de son conseiller aux Etats Pascal Broulis, ex-ministre vaudois des Finances, que les pertes liées à la mauvaise implémentation du bouclier fiscal, chiffrées jeudi à 202 millions de francs par le gouvernement, ne sont que « théoriques » et qu’elles auraient même été plus grandes si les contribuables exonérés à tort avaient quitté le canton sous la pression fiscale.
Mais cette position ne fait pas l’unanimité dans ses propres rangs et en indigne certains pontes, à l’instar de l’ancien conseiller d’Etat et ex-conseiller national vaudois Claude Ruey. « C’est un peu de la sculpture sur nuage, on fait des théories à ce sujet », critique-t-il dans l’émission Forum.
>> L’interview de Claude Ruey dans Forum :
L’ancien conseiller d’Etat vaudois Claude Ruey dénonce l’attitude du PLR dans l’affaire du bouclier fiscal: son interview / Forum / 6 min. / hier à 19:00
>> Lire aussi : La mauvaise application du bouclier fiscal entre 2009 et 2021 aurait fait perdre 202 millions à l’Etat de Vaud
Assumer les conséquences
« Je peux comprendre l’argument de la fuite des contribuables si la fiscalité est trop lourde. D’ailleurs, je soutiens l’initiative qui demande de baisser de 12% les impôts dans le canton de Vaud », estime-t-il. « Mais c’est une autre question que de mal appliquer les lois qu’on doit appliquer. »
« Alors bien sûr qu’il faut tourner la page et voir l’avenir quand on prépare la conduite d’un pays. Mais en l’occurrence, il y a quand même eu une douzaine d’années où on n’a pas appliqué clairement la loi. On a fait des erreurs et quand on fait des erreurs, le principe de responsabilité implique d’une part qu’on les reconnaisse – il n’y a pas de honte à reconnaître des erreurs – et qu’on en assume les conséquences », assène-t-il.
>> Revoir le sujet du 19h30 sur les pertes pour l’Etat de Vaud :
202 millions de pertes pour l’Etat de Vaud dans l’affaire du bouclier fiscal / 19h30 / 1 min. / mercredi à 19:30 « Je ne désigne pas de coupables »
« Il s’agirait même de 10 francs, le problème n’est pas là. Le problème, c’est de savoir si on respecte le droit, si on a triché ou non », insiste celui qui a aussi été président du Parti libéral, tout en précisant ne pas être absolument à la recherche d’un responsable.
« Le rapport Paychère indique qu’on a su qu’on faisait faux dès 2011. Puis en 2015, à deux reprises, les collaborateurs du fisc ont alerté la hiérarchie. Et c’est seulement à la fin 2021 qu’on a corrigé le tir. Ça ne va pas! Moi, je n’accuse personne, je constate simplement que dans ma vie, quand je fais des erreurs, je les reconnais et j’essaye de les corriger. »
« Je ne sais pas qui est coupable et je ne désigne pas de coupables », poursuit-il. « Je constate simplement que je suis tombé des nues en voyant le communiqué du PLR que j’ai reçu il y a deux jours. Et je ne suis pas le seul. J’ai d’anciens dirigeants du parti ou des actuels qui m’ont envoyé des messages et qui se demandent comment on peut dire ça. »
Claude Ruey se dit également choqué qu’on ait pu refuser la création d’une commission d’enquête parlementaire sur ce sujet. Enfin, il précise qu’il ne « jette pas la pierre » à l’actuelle présidente du parti Florence Bettschart-Narbel, qui est « dans une situation extrêmement difficile », juge-t-il. « Mais justement, dans ces cas-là, il faut essayer de ne pas dissimuler le problème. »
>> Revoir aussi l’interview de Pascal Broulis dans La Matinale :
Une mauvaise application du bouclier fiscal aurait coûté 202 millions de francs à l’Etat vaudois entre 2009 et 2021: interview de Pascal Broulis (vidéo) / La Matinale / 6 min. / jeudi à 07:00
>> Lire aussi : « Je suis très content du travail »: Pascal Broulis défend le bouclier fiscal vaudois
Propos recueillis par Coraline Pauchard et Mehmet Gultas
Texte web: Pierrik Jordan