Dans le canton de Zurich, la pénurie de logements ne se limite plus au marché immobilier: elle s’exprime désormais aussi dans les urnes. Le 14 juin, les électeurs devront se prononcer sur trois objets liés au logement, dans un contexte de forte pression sur les loyers et d’offre insuffisante.
Avec un taux de logements vacants inférieur à 0,5%, le canton le plus peuplé de Suisse fait face à une tension durable. Les loyers continuent de grimper, tandis que les possibilités de se loger en ville se réduisent.
Dans les rues de Zurich, les effets de cette situation sont devenus concrets. Expulsions, rénovations contestées et transformations d’immeubles alimentent les inquiétudes dans plusieurs quartiers.
À Zurich-Seebach, par exemple, huit ménages ont quitté leur immeuble en 2022 pour des travaux annoncés. Quatre ans plus tard, aucun chantier n’a eu lieu et les appartements sont désormais loués sur Airbnb et d’autres plateformes de courte durée. Une ancienne locataire payait 1490 francs par mois; aujourd’hui, le logement peut rapporter jusqu’à 450 francs la nuit, raconte le Blick dans un article paru mardi.
>> Le reportage du 12h45 :
Zurich, laboratoire de la crise du logement / 12h45 / 2 min. / hier à 12:45
Lors d’une récente manifestation entre les Kreis 3 et 4, plus de 2500 personnes ont défilé sous le slogan « Contre une ville de riches », dénonçant une métropole devenue inaccessible pour une partie de ses habitants.
>> Lire aussi : Près de 2500 personnes manifestent à Zurich pour l’accès à des logements abordables
>> Les explications de Forum : Votations du 14 juin: la crise du logement déchire la classe politique zurichoise / Forum / 2 min. / hier à 18:07
Sur place, les témoignages reflètent des situations très différentes mais une même pression. « Le logement est devenu un objet de profit. Tout tourne autour de la rentabilité », estime une manifestante. « Mon immeuble va être démoli pour laisser place à de nouveaux logements », raconte un autre habitant installé depuis quinze ans.
« Pour les jeunes, c’est extrêmement difficile de trouver quelque chose. Partir de chez ses parents sera très compliqué », confie enfin un jeune Zurichois.
>> Revoir le reportage de Temps présent sur la crise du logement à Zurich :
Les promoteurs vont raser mon immeuble / Temps présent / 45 min. / le 19 mars 2026 Trois objets pour une même crise
C’est dans ce contexte que les électeurs sont appelés à se prononcer sur trois initiatives le 14 juin, chacune proposant une approche différente.
La première vise à renforcer le logement d’utilité publique, en soutenant les coopératives et en augmentant la part de logements non lucratifs, aujourd’hui autour d’un quart du parc cantonal. La deuxième, portée par les associations de locataires, veut mieux protéger les habitants lors de rénovations ou de démolitions, souvent synonymes de hausses de loyers importantes ou de départs définitifs.
La troisième, défendue par les milieux immobiliers et les propriétaires, mise davantage sur le marché, en facilitant la construction et en favorisant l’accès à la propriété.
Un débat centré sur la capacité à construire
Derrière ces objets, un constat revient: la difficulté à augmenter durablement l’offre de logements. Au niveau du canton, la construction nette de logements a reculé d’environ 7% depuis le début des années 2000. Une évolution qui accentue la tension sur un marché déjà sous pression.
Pour les représentants des locataires, la priorité est de mieux encadrer les transformations du parc immobilier. « Dans les années à venir, entre 20’000 et 30’000 logements pourraient être rénovés dans l’agglomération. Sans protection, de nombreux habitants risquent d’être déplacés », avertit Walter Angst, responsable communication de l’Association des locataires de Zurich.
A l’inverse, les milieux immobiliers insistent sur la nécessité de construire davantage. « Il faut plus de logements et permettre davantage de densification », estime Albert Leiser, directeur de l’Association des propriétaires de la ville et du canton de Zurich.
Camille Lanci/ther