Près de 60% des Suisses sont favorables à la construction de nouvelles centrales nucléaires, selon un sondage commandé par la faîtière des entreprises électriques suisses (AES) et publié dimanche. Ce regain de popularité de l’atome traduit une crainte croissante de manquer d’électricité. Le Conseil national doit décider lundi du futur de la politique énergétique suisse.
D’après le sondage réalisé par l’institut GFS.bern, 79% des personnes interrogées souhaitent poursuivre l’exploitation des centrales nucléaires aussi longtemps qu’elles restent sûres, tandis que la construction d’installations de nouvelle génération obtient 59% d’avis favorables.
« La sécurité de l’approvisionnement est un sujet majeur en Suisse en 2026. On se demande si les énergies renouvelables seront suffisantes. On cherche donc des alternatives et le nucléaire en est une », commente Urs Bieri, politologue à gfs au micro du 19h30 dimanche.
Néanmoins, si le nucléaire gagne en popularité, les personnes interrogées préfèrent toujours le renouvelable pour faire face à la pénurie.
Inquiétude grandissante
L’inquiétude de manquer d’électricité provient d’un message martelé par le gouvernement et les entreprises électriques depuis plusieurs années. Le contexte géopolitique international n’aide pas, estime Patrick Berstchy, vice-président de l’AES et directeur des Réseaux à la Romande Energie. « En 2022, la pénurie n’était pas loin », rappelle-t-il au micro de Forum dimanche soir. « Et on voit aujourd’hui avec la fermeture du détroit d’Ormuz que la problématique énergétique se repositionne de nouveau en pole position pour les Suisses. »
>> Son interview dans Forum :
Une majorité des Suisses favorables à une nouvelle centrale nucléaire, selon un sondage: interview de Patrick Bertschy / Forum / 7 min. / hier à 19:00
Il rappelle que la branche a trois priorités: développer le renouvelable, trouver un moyen de stocker l’énergie journalièrement et faciliter les démarches pour construire de nouvelles centrales, qu’elles soient renouvelables, hydrauliques ou nucléaires. « On ne doit pas mettre en opposition les différentes formes d’énergie. On aura besoin de toutes », souligne-t-il.
Débat au Conseil national
L’interdiction de construire de nouveaux réacteurs nucléaires en Suisse pourrait être levée. Le Conseil national doit débattre du contre-projet à l’initiative Stop blackout dès lundi. Le texte veut autoriser la construction de nouvelles centrales, mais n’a pour l’instant ni projet concret, ni financement. Le Conseil des Etats a déjà accepté la proposition. Et selon le sondage, 55% des personnes interrogées penchent pour le oui.
Le centriste Benjamin Roduit, conseiller national (Le Centre/VS), fait partie de ceux qui ont changé d’avis. Partisan convaincu de la sortie du nucléaire en 2017, aux côtés de son parti et de Doris Leuthard, il veut aujourd’hui rouvrir la porte à l’atome. « De manière un peu illusoire on pensait que le solaire, l’eau et le vent allaient pouvoir remplacer le nucléaire. Ce n’est pas du tout le cas… On a pris énormément de retard avec les énergies renouvelables et on n’arrivera pas à répondre aux besoins de la population », dit-il.
>> Le sujet du 19h30 :
Le nucléaire gagne en popularité au sein de la population et chez les élus / 19h30 / 2 min. / hier à 19:30
Face à ce retour en force du nucléaire, les Verts brandissent la menace du référendum. « Je regrette beaucoup que le parti qui a soutenu avec nous la sortie du nucléaire revienne maintenant en arrière », confie Léonore Porchet, conseillère nationale (Les Vert-e-s/VD).
Elle dénonce plusieurs inconvénients: « Le nucléaire c’est cher, très long à mettre en place, dangereux et on ne sait pas quoi faire des déchets. Ces questions ne sont pas du tout réglées par la proposition qui est faite au Parlement », dit-elle.
Le débat au National promet d’être animé: près d’une centaine d’orateurs et oratrices ont prévu de monter au créneau.
Sujet radio: Philéas Authier
Sujet tv: Fanny Zürcher
Article web: juma