Samedi, le Servette FC affrontait Saint-Gall au stade de Genève, dans le premier match après le blocage ferroviaire provoqué à Lausanne par l’usage d’un engin pyrotechnique à bord d’un train de supporters. Depuis une semaine, politiciens, club et CFF se sont renvoyé la balle sur la gestion des ultras. Qu’en pensent les supporters?

Genève, samedi soir, une heure avant le match: quelque 150 ultras du Servette FC arrivent au stade. Ils sont tenus pour responsables de l’incident du dimanche 15 février à Lausanne. Un de leurs membres aurait fait usage d’un engin pyrotechnique lors du départ du train spécial qui ramenait les supporters à Genève, provoquant un incendie et endommageant des câbles électriques en gare de Lausanne. Le trafic entre Lausanne et Renens a été paralysé pendant deux jours.

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Le club genevois a par conséquent été frappé d’une sanction de niveau 2: contrôles renforcés par vidéosurveillance lors des deux prochains matchs et obligation de dialoguer avec les autorités pendant trois rencontres.

Entre ras-le-bol et défense en demi-teinte

Samedi soir, la fouille a donc été systématique, au grand dam de certains supporters: « Ce n’est pas normal qu’on se fasse presque traiter en terroriste et qu’on loupe le début du match parce que quelqu’un a lancé un pétard sur une voie », s’offusque un Servettien interrogé dimanche dans le 19h30 de la RTS.

« C’est à cause d’une petite partie des supporters que les autres supporters sont ensuite pénalisés, jugés de manière négative », regrette un autre, alors qu’un troisième scande: « Y’en a marre de ces gens qui font n’importe quoi ».

D’autres sont moins critiques. « Je ne pense pas qu’il faille en faire tout un pataquès. Effectivement, c’est triste, mais avant tout, il faut parler sport », botte en touche une supportrice.

« On a besoin des ultras pour chanter, pour pousser l’équipe. D’un autre côté, il faut de la sécurité. Il y a un juste milieu à trouver », nuance encore un supporter.

« Les stades sont à ciel ouvert, il n’y a pas de risque »

Exceptionnellement, l’un de ceux qui gravitent autour du milieu des ultras a accepté de parler à la RTS. Son témoignage a été reconstitué afin de l’anonymiser, car parler aux journalistes est mal considéré dans ces sphères.

« Ce qui s’est passé dans le train arrive plusieurs fois par saison dans toute la Suisse. Cette fois, c’était au mauvais endroit, au mauvais moment. Du fait des images et des réseaux sociaux, il y a une surenchère entre les clubs avec ces engins pyrotechniques à bord des trains. Je ne serais pas surpris que l’auteur des faits soit très jeune et qu’il ait vu des actes similaires sur les réseaux », a-t-il témoigné.

Ce témoin anonyme désapprouve l’usage de la pyrotechnie dans les trains en mouvement, mais pas dans les stades. « Les ultras ne sont pas des enfants de chœur, ils craquent des torches au stade. Pour l’opinion publique, c’est mal. Mais les stades sont à ciel ouvert. Il n’y a pas de risques », estime-t-il.

« Un match sans fumigènes, ce n’est pas un match »

Un sentiment partagé par une partie des supporters interrogés samedi soir. « Un match sans fumigènes, ce n’est pas un match », témoigne l’un d’eux, quand un autre adepte du club du bout du lac estime, à son sens, que « la pyrotechnie fait partie du spectacle ».

Samedi soir, au stade, côté Servette, les ultras ont été privés de fumigènes. Le club avait averti que leur usage conduirait à la fermeture des tribunes. Opposés à la mesure, les ultras ont montré leur colère avec des chants et des banderoles.

Punitions collectives déplorées

Le témoin anonyme de la RTS déplore ces punitions collectives pour ce qu’il estime être un simple acte isolé. Il dénonce aussi un manque de connaissance du milieu ultra.

« Chez les ultras, il n’y a pas de grand chef qui pourrait dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire aux centaines de personnes qui vont venir au match. Les ultras ne peuvent pas contrôler les faits et gestes de tout le monde », explique-t-il.

Le club genevois ne fait pas de commentaire sur la problématique des ultras. Les sanctions à l’égard du Servette FC sont maintenues pour le prochain match contre Sion, samedi 28 février.

>> Voir aussi « Quand les supporters paralysent le trafic ferroviaire », la séquence du Forum des médias dimanche soir : Forum des médias - Quand les supporters paralysent le trafic ferroviaire Forum des médias – Quand les supporters paralysent le trafic ferroviaire / Forum / 15 min. / hier à 18:00

Sujet TV: Céline Argento, Claire Boissard

Adaptation web: Julien Furrer