Alors que les médicaments pour la perte de poids de type tirzépatide sont de plus en plus critiqués pour leurs effets indésirables, notamment la perte de masse maigre ou musculaire, un nouveau médicament permettrait de préserver cette masse tout en maintenant les effets sur la masse grasse. Les médicaments combinés ont permis de préserver 54,9 % plus de masse musculaire que le tirzépatide seul lors d’un essai clinique de phase 2.

Les agonistes des récepteurs du GLP-1 (peptide-1 analogue au glucagon) constituent une classe de médicaments dédiés au traitement de l’obésité ou du diabète de type 2. Ils imitent une hormone stimulant la production d’insuline et permettant de réguler la glycémie et l’appétit. Outre leur effet sur la gestion du poids et la stimulation de la sécrétion d’insuline, ils offrent des avantages tels que la réduction du risque de maladies cardiovasculaires.

Parmi les plus utilisés figurent le sémaglutide (Ozempic et Wegovy) et le tirzépatide (Mounjaro), qui imite également l’hormone digestive GIP en plus de la GLP-1. Ces médicaments ont profondément modifié la prise en charge de l’obésité en induisant une perte de poids significative et une réduction du risque d’événements cardiovasculaires indésirables, en particulier les agonistes doubles des récepteurs GLP-1/GIP comme le tirzépatide.

L’efficacité et les effets réels de ces médicaments sont cependant depuis peu remis en question. Un nombre croissant d’études a montré, par exemple, que les patients regagnent rapidement du poids dès quelques semaines après l’arrêt des traitements. Ces reprises de poids ont également tendance à s’accompagner de la détérioration d’autres marqueurs de santé métabolique tels que la tension artérielle et la glycémie à jeun.

D’autre part, les pertes de poids associées à ces traitements incluent généralement de la masse maigre, représentant notamment entre 25 et 40 % de la perte de poids totale. La masse maigre inclut principalement les muscles squelettiques, essentiels au maintien de la force physique et de la santé en général. Des études ont montré qu’une masse maigre plus élevée est associée à une meilleure sensibilité à l’insuline et à une meilleure santé métabolique.

Dans une étude parue hier (8 juin) dans la revue Nature Medicine, des chercheurs proposent un nouveau composé permettant de limiter cette perte de masse musculaire chez les patients traités par tirzépatide. Les résultats de cet essai de phase 2 suggèrent un effet favorable, qui devra être confirmé par des études plus larges.

« Ce nouveau médicament pourrait contribuer à atténuer les effets des médicaments à base d’agonistes du GLP-1 sur la force musculaire et, par conséquent, améliorer davantage la fonctionnalité par rapport à une personne ne prenant pas ce nouveau médicament et se contentant de tirzépatide », explique Alexander Miras, expert de l’obésité à l’Université d’Ulster, qui n’a pas participé à la recherche, au Guardian.

54,9 % plus de masse maigre préservée

Le composé testé dans l’étude est l’apitegromab, un anticorps monoclonal d’origine humaine se liant sélectivement aux précurseurs de la myostatine (une protéine qui freine le développement musculaire) afin de réduire son activation et n’influence pas l’activité d’autres facteurs de croissance tels que la TGFβ.

Pour effectuer l’essai randomisé en double aveugle et contrôlé par placebo, les chercheurs ont recruté 102 adultes en surpoids ou obèses. Ils ont été répartis en deux groupes pour recevoir soit une combinaison tirzépatide-apitegromab, soit une association tirzépatide-placebo pendant 24 semaines.

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Préservation de la masse maigre avec l’apitegromab par rapport au placebo à la semaine 24 et à la semaine 32. a, Pour le critère d’évaluation principal (semaine 24), l’apitegromab a permis de préserver 1,9 kg de masse maigre supplémentaire par rapport au placebo (valeur nominale, p = 0,0014). Les valeurs p  bilatérales sont basées sur le test t , considéré comme descriptif, et aucun ajustement n’a été effectué pour les comparaisons multiples. b, À la semaine 32, la différence de masse maigre entre l’apitegromab et le placebo est restée significative (moyenne des moindres carrés (IC à 80 %), 0,9 (0,3–1,5) ; valeur nominale, p  = 0,0480). LS : moindres carrés. © Pratley et al.

Après 24 semaines de traitement, les taux de perte de poids total dans les deux groupes étaient similaires. Cependant, les patients qui ont reçu la combinaison tirzépatide-apitegromab ont perdu 1,9 kg de masse maigre de moins que le groupe tirzépatide-placebo. Cela correspond à une préservation supplémentaire de la masse maigre de 54,9 % par rapport au groupe placebo.

Plus précisément, la masse maigre représentait 14,6 % de la perte de poids totale dans le groupe apitegromab, contre 30,2 % pour le groupe placebo. L’apitegromab a également provoqué peu d’effets secondaires : pour le groupe traité, 39 personnes sur 51 (76 %) ont eu des effets secondaires, contre 36 sur 51 (71 %) pour le groupe placebo.

Ces résultats restent toutefois encore limités dans la mesure où l’échantillon était relativement réduit et comprenait plus de 80 % de femmes. De plus, il excluait les personnes présentant des troubles cardiométaboliques importants tels que le diabète. Par ailleurs, la mesure dans laquelle la préservation de la masse maigre pourrait améliorer la mobilité et la santé globale des patients traités demeure incertaine.

En attendant davantage de résultats, il est recommandé d’encourager les patients sous tirzépatide et autres médicaments contre l’obésité à accompagner leur traitement d’une activité physique régulière, car cela contribue à maintenir la masse musculaire et pourrait atténuer les pertes liées aux traitements. « Il est important que cette activité soit perçue comme un plaisir durable, et non comme un simple complément médical », conclut Naveed Sattar, expert en médecine cardiométabolique à l’Université de Glasgow.

Source : Nature Medicine