Depuis une dizaine d’années, Zurich abrite une coopérative d’habitation conçue comme modèle de vie durable: la Hunziker Areal. Certains résidents constatent que changer leurs habitudes s’avère plus difficile que prévu.

Nichée dans un quartier résidentiel du nord de Zurich, la Hunziker Areal ressemble à n’importe quel complexe résidentiel moderne. Mais il s’agit d’une expérience scrutée de près. Et si elle est couronnée de succès, elle pourrait représenter un modèle pour les vies futures de centaines de milliers de personnes à travers le pays.

Les 13 bâtiments de la Hunziker Areal comportent des équipements et des éclairages à faible consommation d’énergie. Ils consomment environ un quart de l’énergie d’un bâtiment résidentiel suisse moyen, grâce à ses systèmes de chauffage, d’installation d’eau et de ventilation à basse consommation.

Presque dix ans plus tard, Hunziker a réduit ses émissions et inspiré des projets similaires à travers la Suisse, qui ont tous pour objectif de démontrer qu’une vie urbaine confortable peut aussi être économe en énergie. Et pourtant, le complexe résidentiel révèle aussi à quel point il est difficile de changer les habitudes.

Les résidents ont dû apprendre à vivre dans un espace plus réduit, avec moins de voitures et des infrastructures partagées, et aussi avec les frictions sociales qui émergent quand on redéfinit le confort à l’aune des limites planétaires. Les leçons de ce projet montrent que la durabilité est autant un défi social que technique.

Forger de nouvelles habitudes

Sur le papier, la coopérative semble atteindre ses objectifs. Elle utilise le chauffage urbain fourni par l’usine d’incinération de déchets de Zurich, ainsi que des installations solaires sur les toits, ce qui limite la consommation d’énergie par résident près de l’objectif de 2000 watts.

Sa consommation d’eau reste également inférieure à la moyenne, grâce à des équipements peu gourmands en énergie, des buanderies partagées et des récupérateurs d’eau de pluie pour les jardins. Une série de petites décisions de conception qui intègrent la durabilité à la vie quotidienne, sans nécessiter trop de changements radicaux dans les habitudes.

D’autres ajustements nécessitent en revanche de prendre des décisions conscientes chaque jour. C’est le cas de la réduction de la viande dans les repas, qui est l’une des manières les plus efficaces de réduire son empreinte carbone individuelle. Pourtant, à la Hunziker Areal, la part de résidents qui mangent peu ou pas de viande n’a que légèrement diminué ces dernières années.

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Renoncer à la voiture s’avère payant

Werner Brühwiler, un membre fondateur qui vit à Hunziker depuis son ouverture en 2015, se décrit comme flexitarien. Ce n’est même pas un choix de sa part, mais un impératif qui lui a été dicté pour raisons de santé, reconnaît-il. « Quand on m’a dit que je devais [réduire ma consommation de viande], je suis allé me chercher une saucisse en guise de dernier repas. » Dans son foyer, c’est sa partenaire qui cuisine, et elle est végétarienne. « Donc je m’y suis fait. »

Uschi Ringwald, pour sa part, dit qu’elle a surtout diminué la viande pour des raisons financières. « J’essaie d’acheter la meilleure nourriture possible, mais je suis retraitée, alors je fais mes courses chez Aldi ».

Uschi Ringwald et Werner Brühwiler dans leur appartement à la Hunziker Areal. Ils habitent le complexe depuis son ouverture en 2015. [SWI SWISSINFO.CH - VERA LEYSINGER] Uschi Ringwald et Werner Brühwiler dans leur appartement à la Hunziker Areal. Ils habitent le complexe depuis son ouverture en 2015. [SWI SWISSINFO.CH – VERA LEYSINGER]

Pour elle, le changement le plus difficile a été de lâcher sa voiture. Même si Zurich dispose d’un des systèmes de transports publics les plus efficaces au monde, la ville compte encore 467 voitures pour 1000 résidents, bien au-delà de villes comme Copenhague, Amsterdam ou Paris, où il n’y a plus que 250 voitures pour 1000 habitants environ.

En termes de durabilité, cette décision s’avère payante. Selon les dernières évaluations, les émissions issues du transport privé parmi les résidents de la Hunziker Areal ont chuté jusqu’à 0,13 tonne de CO₂ par personne et par an, bien en dessous de la moyenne de Zurich, autour de 0,8 tonne.

L’avion fait exploser le bilan carbone

Les résidents de Hunziker ont beau avoir réussi à se séparer de leurs voitures, une source d’émissions demeure résolument haute: l’avion. En 2024, le transport aérien à lui seul pesait pour 1,6 tonne de CO2 par résident, soit plus de huit fois le bilan des autres modes de transports réunis.

Une autre source d’émissions qui reste obstinément haute en Suisse: la plupart de ses produits sont fabriqués à l’étranger, tels que les vêtements, le matériel électronique, les matériaux de construction et la nourriture. Une fois que l’on comptabilise cette énergie cachée, le bilan carbone de chaque résident augmente drastiquement.

Dans ce domaine, les résidents de Hunziker ont procédé à de petits ajustements qui pèsent dans la balance. Le rapport sur le développement durable note qu’ils ont tendance à moins consommer que le Suisse moyen, et fonctionnent au quotidien avec moins d’achats neufs.

Une expérience difficile à généraliser

« Les quartiers comme Hunziker ou Kalkbreite à Zurich prouvent qu’il est possible d’avoir une qualité de vie en consommant moins d’énergie, relève Evangelos Panos, de l’institut Paul Scherrer. Ils réduisent leurs émissions quotidiennes par habitant sur le chauffage, l’électricité et la mobilité d’environ 60%, comparé à la moyenne en Suisse. »

Et pourtant, difficile d’étendre l’expérience. « Dans les zones urbaines denses, c’est faisable; dans les régions rurales, la dépendance à la voiture et les infrastructures dispersées compliquent la tâche », ajoute cet expert en énergie. Selon sa formule, « la vraie durabilité ne vient pas seulement de l’énergie propre, mais de l’économie circulaire et de l’autosuffisance. La technologie peut nous aider sur une partie du chemin, mais le changement de mode de vie compte. »

Kristian Foss Brandt et Vera Leysinger, SWI swissinfo.ch

Adaptation pour RTSinfo: Didier Kottelat