A Genève ce jeudi 11 juin, le disquaire Bongo Joe accueille une légende de la musique d’Azerbaïdjan. Rahman Mammadli est l’un des plus stupéfiants représentants de la guitare électrique azérie, faisant parler sa six cordes entre distorsion et spiritualité. Du grand art.

Un chant, une plainte, un cri lancé à la montagne. C’est ainsi que l’on peut décrire le jeu de guitare de Rahman Mammadli, 65 ans et légende de la scène musicale d’Azerbaïdjan. Une fière moustache et des doigts d’or: l’artiste originaire du sinistré Haut-Karabakh possède un style immédiatement reconnaissable: distorsion et réverbération à fond avec une main droite pressant habilement les cordes de son instrument afin d’obtenir les précieux quarts de ton que l’on trouve dans les modes orientaux des maqams.

Si Jimi Hendrix était né à Bakou, peut-être aurait-il sonné ainsi. Quant à la guitare de Rahman Mammadli, pas besoin de l’arroser d’essence et lui foutre le feu, elle est incandescente dès qu’il la touche.

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Répertoire enregistré sur cassette

Cette guitare, blanche et marquée du drapeau de l’Azerbaïdjan, c’est une Jolana Tornado. Vous n’en avez jamais entendu parler? C’est que vous n’êtes pas né dans la défunte Union soviétique où se vendait alors cette guitare fabriquée dans le pays frère qu’était la Tchécoslovaquie. La Jolana, inspirée d’un vieux modèle des impérialistes américains de Fender, se caractérisait par un vibrato fixé sur les cordes, une caisse avec des ouïes de violon et une flopée de jolis boutons pour modifier le son.

Créée en 1963, un peu oubliée en Europe centrale (la marque existe cependant toujours dans l’actuelle Tchéquie), la Jolana Tornado est devenue dans les années 1970 l’instrument emblématique de la musique azérie avec le tar, plus traditionnel et partagé avec les autres pays de la région, dont l’Iran.

Rahman Mammadli, c’est un répertoire enregistré sur cassette et surtout des centaines d’heures passées dans les noces et autres mariages à faire danser, boire et festoyer des banquets de taille XXL. Ce sont aussi désormais des millions de vues sur YouTube, notamment suite à son passage filmé au Festival des Transmusicales de Rennes, où l’on découvre, stupéfait, un style de guitare électrique qui ferait presque passer Santana pour un aimable amateur.

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Premier vinyle pressé par un label suisse

Les voies de la musique sont surprenantes. Ainsi, le premier album pressé en vinyle de Rahman Mammadli l’aura été en Suisse, à Genève, chez le disquaire et café Bongo Joe, converti absolu à la musique d’Azerbaïdjan. Après un premier 33 tours consacré à Rüstam Quliyev, autre roi de la Jolana Tornado, un second volume compilant les anciens titres les plus remarquables de Rahman Mammadli est paru en 2024. Il s’appelle ‘Azerbaijani Gitara Volume 2’.

Si vous n’avez pas de tourne-disque, l’affaire existe aussi en format digital et YouTube regorge de vidéos de concerts donnés pour les chaînes de télévision azéries. Un documentaire assez stupéfiant titré en toute simplicité ‘Gitara’ retrace par ailleurs l’histoire locale de la Jolana et ses multiples interprètes azéris.

Thierry Sartoretti/olhor

Rahman Mammadli, ‘Azerbaijani Gitara Volume 2’ (Bongo Joe Records). Paru en mai 2024.

Rahman Mammadli en concert à Bongo Joe, Genève, le 11 juin 2026 à 19h.