Durant deux ans, le Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel a ouvert ses portes à la bédéaste reporter neuchâteloise MarieMo afin de documenter son déménagement. Sous le regard intrigué d’une mouette rieuse, c’est toute la pertinence et l’évolution d’une institution qui défile, en caisses et en cases.
Il a fallu six ans au Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel pour préparer le déménagement dans son nouveau domicile à la rue des Terreaux, où il a finalement établi ses quartiers en avril 2026. Un remue-ménage auquel assiste, dans la BD ‘Collections bestiales’, une mouette rieuse, observant ces drôles d’animaux bipèdes déplaçant caisses, artefacts, archives et spécimens naturalisés (on ne dit plus « empaillés » puisqu’on n’utilise plus de paille).
Principalement logées dans les combles, les collections subissaient d’importantes variations de température et d’humidité. Résultat: les peaux craquent, se déchirent.
Ludovic Maggioni, directeur du Muséum de Neuchâtel, extrait de l’avant-propos de ‘Collections bestiales’
L’une des premières étapes du déménagement a été de faire subir une cryothérapie draconienne aux animaux, soit une semaine dans un congélateur à -35° C afin de tuer la vermine. Une scène improbable à laquelle assiste la mouette dans les premières pages de la BD, et qui la laisse songeuse quant aux pratiques humaines.
Une planche de la BD ‘Collections bestiales’ de MarieMo. [Hélice Hélas] Regard animal
Le choix de cette narratrice aviaire comme témoin d’un monde un peu fou apporte non seulement un regard ludique et original à la BD, mais autorise aussi un recul nécessaire face à l’institution: la mouette observe de l’extérieur cette étrange manie qu’ont les humains de collectionner et répertorier les spécimens.
Je voulais trouver une façon de raconter qui ne soit pas trop loufoque. En plus, la mouette est un animal emblématique de Neuchâtel, et du musée: il y en a à l’entrée, sur les barrières… C’est déjà un peu une mascotte.
MarieMo, autrice de ‘Collections bestiales’, dans le podcast QWERTZ Bédéaste reporter
Pour MarieMo, fille de scientifiques, illustratrice, coordinatrice au sein du collectif La Bûche et adepte de la BD reportage, le défi de pouvoir mettre en scène les coulisses de ce déménagement est une aubaine. Passionnée de voyages et de dessin, Marie-Morgane Adatte de son vrai nom tente de concilier engagement et projets artistiques: une résidence en voilier dans les glaces du Groenland (‘Les mains glacées’, 2021), une mission de sauvetage à bord de l’Ocean Viking (‘Pied à terre’, 2023).
Couverture de la BD ‘Collections Bestiales’ de MarieMo.
Ici, avec ‘Collections bestiales’, le voyage est (presque) statique: les caisses ont beau ne se déplacer que de quelques rues, leur contenu raconte une épopée dans le temps, celle d’une Europe colonialiste qui pensait pouvoir se servir dans la diversité du monde, sans demander son reste.
Habilement destinée à un public jeune autant qu’aux adultes, ‘Collections bestiales’ remet le Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel dans sa place la plus contemporaine: témoin des liens humain-animal, des rapports historiques entre sociétés (heureusement moins colonialistes), et tâchant de préserver des collections accumulées patiemment par des passionnés, comme le peintre naturaliste Paul-André Robert, dévoué aux libellules et papillons.
Enfin, la collection du musée, dont seulement un ou deux pour cent sont visibles par le public, a plus que jamais la fonction de raconter, documenter et poursuivre la recherche. L’arche de Noé est loin d’être pleine.
Ellen Ichters / sf
MarieMo, ‘Collections bestiales’, ed. Hélice Hélas, avril 2026
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