Le pape Léon XIV a dénoncé jeudi « l’indifférence » du monde face au sort des migrants. Il leur a rendu un vibrant hommage dans un message résolument politique adressé depuis l’archipel espagnol des Canaries, symbole des crises migratoires.
Moment fort de cette séquence très attendue, le souverain pontife, fervent défenseur de l’accueil des migrants, a lancé un bouquet de fleurs en mer en hommage aux milliers de migrants morts dans la périlleuse traversée de l’Atlantique depuis l’Afrique vers cet archipel situé au large des côtes africaines.
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Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 1172 migrants sont décédés ou ont disparu sur cette route maritime en 2025. Et près de 18’000 autres sont arrivés aux Canaries à bord d’embarcations de fortune l’an passé, d’après le ministère espagnol de l’Intérieur, loin toutefois des près de 50’000 entrées irrégulières de 2024.
« Les monstres qui rôdent »
Au port d’Arguineguín, lieu symbolique où plus de 3000 migrants arrivés en même temps avaient été entassés dans des conditions indignes pendant la pandémie de Covid-19, le pape a dénoncé « l’indifférence de nombreux individus qui laissent les pauvres être engloutis par l’exploitation ou l’oubli ».
En présence du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, Léon XIV a également fustigé les « monstres (qui) rôdent sur ces mers: des mafias qui font commerce du désespoir, des trafiquants qui réduisent en esclavage des femmes et des enfants ».
Le pape Léon XIV dans le port d’Arguineguín, aux Canaries. [KEYSTONE – AP PHOTO/ARTURO RODRIGUEZ]
Juste avant de prendre la parole, le pape avait écouté le récit lu d’une Nigériane victime de traite humaine, après avoir choisi de « tenter (sa) chance » pour venir en Espagne, ayant soupesé son choix entre « mourir en essayant ou rester et n’avoir rien ». « Pendant le voyage, je suis tombée enceinte d’un homme de la mafia. À mon arrivée en Espagne, on m’a enlevé mon bébé pour m’obliger à me prostituer ».
Dignité humaine
Face à la mer, Léon XIV a adressé plusieurs messages politiques, notamment aux pays d’origine de ces migrants, « qui doivent créer les conditions de paix, de justice et de développement », mais aussi en interpelant directement l’Europe, « qui ne peut proclamer la dignité humaine et s’habituer à ce que la Méditerranée et l’Atlantique soient des cimetières sans pierres tombales ».
Léon XIV, né aux Etats-Unis avant de vivre de nombreuses années au Pérou, a exhorté à la mise en place de »processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre ».
« S’il existe un droit de chercher refuge lorsque la vie est menacée, il existe aussi le droit de ne pas avoir à migrer », a-t-il asséné.
afp/edel