L’entreprise fribourgeoise Cremo, deuxième transformateur de lait en Suisse, traverse une période critique. Enchaînant les pertes depuis six ans, la coopérative peine à redresser la barre, notamment en raison de sa production de poudre de lait, une activité jugée peu rentable.

Cremo, acteur clé de l’industrie laitière suisse, a réuni ses actionnaires ce jeudi à Bulle pour une assemblée générale à huis clos.

Alors que l’entreprise enregistre des pertes pour la sixième année consécutive, les inquiétudes autour de son avenir se multiplient.

>> Voir le sujet du 19h30 : Cremo défend toujours son lait en poudre Cremo défend toujours son lait en poudre / 19h30 / 2 min. / aujourd’hui à 19:30 Un rôle stratégique mais coûteux

Cremo transforme une large gamme de produits laitiers: lait, crème, beurre, fromage, yoghourts, mais aussi poudre de lait. Ce dernier produit, issu de la transformation des surplus de lait, est au cœur des difficultés financières de l’entreprise. Historiquement, Cremo joue un rôle de « régulateur » sur le marché national saturé, absorbant les excédents de production pour en faire du beurre ou de la poudre de lait, des produits pouvant être stockés.

Cependant, la poudre de lait écrémée est jugée non rentable par de nombreux observateurs. Les coûts de production élevés, la concurrence internationale et les frais de stockage pèsent lourdement sur les finances de l’entreprise.

La poudre de lait n’est pas intéressante à fabriquer du point de vue pécuniaire

Pierre-André Tombez, ancien président d’Uniterre

Pierre-André Tombez, ancien président de l’organisation paysanne Uniterre, souligne jeudi dans le 19h30 que « la poudre de lait n’est pas intéressante à fabriquer au niveau pécuniaire et ne peut être produite qu’avec du lait très bon marché ou des aides de la Confédération ». Ces subventions, dont Cremo bénéficiait par le passé, ont cessé dans les années 2000.

Face à ces critiques, Cremo maintient que la production de poudre de lait est désormais rentable, bien qu’aucun chiffre précis n’ait été communiqué. Alex Segovia, porte-parole de l’entreprise, évoque un marché en croissance pour les protéines laitières, qui répondent à une demande croissante en matière de nutrition, de santé et de performance.

>> Les explications de Julien Bangerter dans Forum : Pourquoi le groupe laitier fribourgeois Cremo se porte mal Pourquoi le groupe laitier fribourgeois Cremo se porte mal / Forum / 2 min. / aujourd’hui à 18:00 Une situation préoccupante

Malgré ces perspectives, la situation de Cremo reste fragile. L’an dernier, l’entreprise a bouclé un septième exercice consécutif dans le rouge. Elle a même dû éliminer une partie de sa production de poudre de lait en l’envoyant vers une installation de biogaz. La date de péremption du produit approchait et il était impossible de le vendre, même à bas prix.

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En plus des défis liés à la poudre de lait, d’autres problèmes structurels sont pointés du doigt. Selon plusieurs sources, l’entreprise souffre d’un manque d’investissement, de départs de cadres expérimentés et de l’arrêt de certaines lignes de production. Son portefeuille de produits est également jugé moins diversifié que celui d’Emmi, le leader alémanique du secteur.

>> Réécouter le sujet du 12h30 (16 mars 2026) : Le groupe laitier suisse Cremo annonce la démission avec effet immédiat de plusieurs de ses administrateurs / Le 12h30 / 1 min. / le 16 mars 2026 Vital pour l’agriculture suisse

Malgré ces difficultés, Cremo reste un acteur incontournable pour l’agriculture suisse. Anne Chenevard, présidente de la coopérative Fairswiss, rappelle dans le 19h30 que l’entreprise joue un rôle essentiel dans le ramassage laitier, notamment auprès des petits producteurs et dans les régions périphériques. « Sans Cremo, des régions perdraient leurs producteurs de lait », souligne-t-elle.

Nous n’avons pas le choix, il faut sortir Cremo de là, et très rapidement

Michel Bonjean, président de la Fédération laitière valaisanne

Cette importance stratégique est également mise en avant par Michel Bonjean, président de la Fédération laitière valaisanne: « Si Cremo tombe, l’industrie laitière suisse tombe. Donc, nous n’avons pas le choix, il faut sortir Cremo de là, et très rapidement. »

Une réponse politique attendue

Conscients des enjeux, les députés fribourgeois ont demandé au Conseil d’Etat une évaluation urgente de la situation de Cremo et la création d’une commission pour examiner son avenir. Le gouvernement doit rendre ses conclusions dans les deux semaines à venir.

En attendant, Cremo continue de puiser dans ses fonds propres, qui s’amenuisent progressivement. Les dirigeants espèrent que leur nouvelle stratégie permettra à l’entreprise de renouer avec les bénéfices d’ici à 2027.

Cependant, le doute persiste. Si Cremo ne parvient pas à se redresser, les conséquences pourraient être lourdes pour l’ensemble de l’industrie laitière suisse et pour le tissu économique fribourgeois.

Sujets radio et TV: Julien Bangerter et Maurice Doucas

Article web: Jérémie Favre