Patrick Bruel mis en examen pour viol et agression sexuelle mais pas incarcéréLa plainte de Karine Viseur requalifiée en tentative de viol
Au terme de sa garde à vue, le parquet avait retenu neuf plaintes contre lui. Une fois auditionné par les quatre juges d’instruction, il a été mis en examen pour quatre d’entre elles, dont celle pour agression sexuelle requalifiée en tentative de viol de la Belge Karine Viseur.
Quelques heures seulement après cette interminable journée, nous l’avons rencontrée, fatiguée mais soulagée. Elle nous a confié quel est le prix à payer pour une femme qui témoigne à visage découvert.
Quelle a été votre première réaction lorsque vous avez appris la décision de la justice mercredi soir ?
« J’étais satisfaite par rapport à la décision prise et également soulagée parce que je voyais que le dossier avançait. »
Auriez-vous espéré davantage ?
« Non, je n’ai pas d’avis à donner sur le fait de savoir s’il devait être incarcéré ou non. Je pense que la justice a fait son travail, qu’il faut respecter cette décision et que la procédure se poursuit. »
Votre plainte a été requalifiée. Il n’est plus question d’agression sexuelle, mais de tentative de viol. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
« Déjà, mon dossier a été pris en considération et étudié par des juges. Ils ont mis les vrais mots sur ma plainte qui est, en effet, une tentative de viol. Ils ont fait leur travail et je suis à nouveau heureuse de cet avis donné. »
Peut-on dire qu’aujourd’hui, vous vous sentez reconnue en tant que victime ?
« Oui. Avec la garde à vue et l’étude des dossiers, puis ce qui est tombé dans la nuit de mercredi à jeudi, oui. Maintenant, on est entendues, c’est clair. »
Qu’attendez-vous désormais de la justice ?
« Déjà que le dossier évolue, que la mise en examen soit claire et lumineuse sur les faits qui ont été établis. Évidemment, on va se retrouver devant les tribunaux à un moment. Ce que j’attends, c’est que la parole soit écoutée, qu’on soit reconnues comme victimes et qu’on arrête de victimiser Patrick Bruel. »
Vous sentez-vous prête à vous retrouver face à lui ?
« Je sais que je le serai. Aujourd’hui, je ne veux pas me projeter parce que j’ai besoin de me concentrer sur les événements actuels, telle que mon audition qui va bientôt arriver. Je préfère prendre chaque étape au fur et à mesure. »
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Votre premier témoignage, vous l’avez fait de façon non anonyme. À quel point aviez-vous mesuré ce que cela pourrait vous coûter dans votre vie privée ?
« Je savais qu’il y aurait des dommages collatéraux. Je savais qu’il y aurait une salve de commentaires de la part des fans. Mais je ne m’attendais honnêtement pas à subir autant de méchanceté, de menaces et de commentaires disgracieux. Je ne m’y attendais pas du tout. »
Quelles menaces recevez-vous ?
« Je reçois des menaces jusque dans ma boîte aux lettres, dans ma vie privée, en dehors des messages qui me parviennent via les réseaux sociaux. Jusqu’à essayer d’atteindre mes enfants si moi, je ne suis pas facilement accessible. À chaque évolution du dossier, c’est une nouvelle vague de haine qui revient constamment. »
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Depuis l’annonce de la mise en examen de Patrick Bruel, on observe aussi un déchaînement de haine visant certaines plaignantes, notamment Flavie Flament. Ce que vous vivez est du même ordre ?
« Complètement. Quand je suis sortie du JT de RTL tvi en début de semaine, on en a discuté et je savais que j’allais recevoir une déferlante de haine de la part des fans. C’est juste improbable. On se dit : dans quel monde vit-on ? La majorité sont des femmes fans qui nous jugent, qui nous insultent. Vraiment, ce sont des grossièretés. Je pense avoir reçu plus de 700 messages en moins d’une heure. C’est incroyable, malheureusement. »
Avez-vous envisagé de porter plainte pour ces menaces et insultes ?
« Pour leur donner encore l’occasion de déverser une haine différente ? J’espère qu’il y a un moment où les fans liront les articles, regarderont les reportages jusqu’au bout, et ne liront pas seulement les titres. Il y a cette question qui revient toujours : pourquoi avoir attendu 15 ans ? J’y ai déjà répondu au moins une vingtaine de fois dans tous les médias depuis deux mois et demi, que ce soit dans la presse écrite ou à la radio. Pourquoi encore cette question ? Parce qu’elles ne veulent pas entendre. Il n’y a rien à faire, elles ne veulent pas entendre. Patrick Bruel, pour elles, est intouchable. Le jour où il sera jugé, qu’elles comprendront que grâce à nous, leurs filles, leurs sœurs, toute présence féminine aux abords de Patrick Bruel ont été sauvées grâce à notre témoignage, là peut-être qu’on aura un retour positif de ces fans. »
Malgré cela, vous continuez à prendre la parole dans les médias. Pourquoi ?
« Je continuerai à le faire, oui, parce que je prône la communication. Et la communication fait qu’aujourd’hui, d’autres femmes continuent à libérer leur parole. Elles osent s’afficher et je pense que c’est le plus important. »
Comment vivez-vous cela au quotidien ?
« C’est un changement total. Il faut être bien entourée par sa famille, ses amis. Il faut pouvoir faire obstruction aux fans qui vous reviennent sans cesse, à la pression parfois médiatique également. Mais c’est à vivre au jour le jour, au fur et à mesure.
Qu’est-ce qui vous blesse le plus ?
« Certains commentaires de fans qui jugent sans aucune réflexion. Je pense que c’est le plus difficile. On a très peu de soutien féminin parce que la gent féminine adule Patrick Bruel. »
Est-ce que cela affecte aussi vos proches ?
« Uniquement parce que, depuis deux mois et demi, notre quotidien a changé. Soit je suis absente, soit je suis fatiguée psychologiquement, soit je suis plus irritable. J’essaie de rester moi-même, mais c’est très difficile au vu de la lourdeur du dossier. »
Regrettez-vous d’avoir parlé à visage découvert ?
« Aucunement. Des moments de doute, oui, mais regretter, non, pas du tout. Je garde ma motivation pour poursuivre. »
Recevez-vous encore des témoignages de femmes qui vous contactent à la suite de cette affaire ?
« Oui. Des femmes qui me sont totalement inconnues me contactent pour prendre conseil, savoir comment j’ai fait pour déposer plainte, quelles sont les difficultés auxquelles elles doivent s’attendre. Je suis là, je les écoute et j’essaie d’être attentive à leurs besoins. »
Pensez-vous que votre prise de parole puisse encourager d’autres femmes à dénoncer les faits qu’elles ont subis ?
« Cela va libérer certaines femmes, en tout cas. Voir que quelqu’un comme moi, une personne lambda qui n’est pas du tout un personnage public, arrive aujourd’hui à obtenir une mise en examen de sa plainte face à un personnage tel que Patrick Bruel. Donc oui, je pense que cela va encore ouvrir la parole, c’est certain. »
Existe-t-il une solidarité entre les femmes qui ont témoigné ou porté plainte ?
« On se contacte. On ne s’est jamais vues, jamais entendues au téléphone. Par contre, on s’écrit des messages, mais uniquement des messages de soutien, de bienveillance : « je t’ai vue », « tu as fait tel reportage », « courage à toi », « bravo ». Voilà, cela se limite à cela. »
Ressentez-vous parfois le besoin de vous justifier face aux accusations de mensonge ?
« Très peu. Je dis ça, mais, honnêtement, parfois je suis débordante d’émotions et je vais sur les réseaux sociaux pour m’exprimer. Je réponds à certains commentaires, en espérant quelque part susciter une réflexion, même si c’est parfois complètement utopique. Donner mon positionnement et répondre à certains commentaires peut aussi être salvateur. »
Que souhaiteriez-vous dire à ceux qui vous accusent encore aujourd’hui d’avoir menti ou inventé cette histoire ?
« Est-ce que j’ai envie d’adresser un message directement à ces femmes ? Non. Aujourd’hui, je suis là pour protéger leurs enfants, leurs filles, leurs tantes, leur mère par rapport à tout ce qui aurait pu se produire si nous n’étions pas intervenues. Je pense qu’il est difficile de raisonner une femme qui a vécu toute sa vie avec l’icône Patrick Bruel, qui a bercé son enfance, son adolescence et rythmé les événements de sa vie. Malheureusement, elles devront se conscientiser elles-mêmes. »