Blindé de guests, mort·es ou vivant·es, “The Mountain” met le cap vers l’Inde et l’au-delà dans une expérience multilingue et plurigenre.
En vingt-cinq ans de carrière, Gorillaz n’a jamais cessé d’avoir la bougeotte, explorant tous les styles musicaux, profitant de chaque album pour partir à l’aventure vers différentes contrées en compagnie d’une troupe à géométrie variable.
Seule constante de ce groupe virtuel (croisé dans Fortnite Festival l’an dernier) devenu bien palpable : la curiosité, insatiable et fascinante de Damon Albarn et Jamie Hewlett. Pour son neuvième album, le binôme s’est intéressé à la culture indienne, comme l’indique le titre inscrit en devanāgarī sur la pochette.
Des notes de sitar, du hip-hop, des échos rock…
Des notes de sitar enivrantes se font entendre dès les premières secondes, comme pour sceller un sortilège dont on ne ressortira qu’après quinze chansons, agréablement dépaysé·e par toutes ces effluves exotiques.
La musique traditionnelle du pays de Ravi Shankar (dont la fille, Anoushka, joue sur plusieurs morceaux) sert de fil conducteur, mais de nombreuses autres cultures viennent s’entrelacer sur ce disque multilingue (chanté en anglais, hindi, espagnol, arabe et yoruba).
On y trouve, notamment, du hip-hop (en présence de Black Thought des Roots et du fidèle Yasiin Bey), de la synth pop acidulée (The Happy Dictator, l’un des sommets du disque, avec les fringants Sparks), des échos rock (Paul Simonon et Johnny Marr sont de la partie), reggae ou electro-pop.
L’impression d’irréalité vient de cette aisance à jouer à saute-mouton entre les genres, affranchie de toute contrainte – rappelons que The Mountain est le premier album que Gorillaz sort via son propre label indépendant, sans l’appui de la major qui les accompagnait depuis ses débuts.
Rendre floues les frontières
Ce côté mirage sonore vient aussi des voix de certains de leurs collaborateurs disparus (Tony Allen, Mark E. Smith, Bobby Womack…) qui ressurgissent et participent à l’ambiance mystique globale.
Les deux compères fondateurs ont perdu des êtres chers depuis leur album précédent et semblent vouloir rendre floues les frontières avec l’au-delà.
Enregistré entre le studio londonien du leader de Blur, les États-Unis, l’Inde et la Voie lactée, cet album qui vadrouille sur une ligne de crête imaginaire met en relief le songwriting prodigieux et le timbre attachant de Damon Albarn – citons The Sweet Prince, ballade à la fois féerique et mélancolique qui n’a pas fini de nous bercer.
The Mountain (Kong/The Orchard). Sortie le 27 février. En concert à We Love Green, Paris, le 5 juin et à Musilac, Aix-les-Bains, le 11 juillet.