La 25e édition de Festi’neuch, qui se tient jusqu’au 14 juin à guichets fermés, a débuté jeudi soir avec une affiche très francophone. Feu! Chatterton, Jean-Louis Aubert, Flora Fishbach et Yelle se sont notamment succédé sur les trois scènes principales du site des Jeunes-Rives.

Parmi la septantaine d’artistes à découvrir jusqu’à dimanche, Jean-Louis Aubert et Feu! Chatterton ont constitué les premières têtes d’affiche de jeudi soir. Le début de cette 25e édition de Festi’neuch a aussi été marqué par l’annulation pour raisons médicales du concert d’Elie Zoé. Le chanteur neuchâtelois a été remplacé par Licking Rainbows, un groupe vaudois au rock garage et psychédélique.

Mais il fallait surtout jeudi ne pas arriver trop tard sur le site des Jeunes-Rives pour assister à l’un des derniers concerts en audience modérée du groupe français Feu! Chatterton, avant la grande scène du Paléo fin juillet puis une tournée des Zénith français et une Arena genevoise. A 19h30, le quintet emmené par Arthur Teboul et le guitariste romand Sébastien Wolf décapsulait ‘Sous la pyramide’ sous le chapiteau du Cargo. Un titre extrait de ‘Pyramide’, leur quatrième album paru l’an dernier né en partie lors d’une résidence au Louvre à Paris justement.

Cadence d’enfer

Devant un visuel en fond de scène qui rappelle les quadrillages iconiques colorés de Mondrian, le quintet est scindé en deux rangs de musiciens, le second légèrement reculé et surélevé sur une estrade qu’Arthur Teboul rejoindra régulièrement pour danser dans son très chic costume noir avec pantalon patte d’éléphant sur une chemise bleu nuit. C’est d’ailleurs rapidement le cas sur le très pop-rock et lancinant ‘Allons voir’ qui prend dans son final des allures psychédéliques.

Cette dernière cadence d’enfer est ensuite maintenue sur ‘Ecran total’ qui s’y prête à merveille avec ses paroles adéquates qui disent « Mon amour pour toi. Sur quel pied le danser? ». L’épilogue quasi disco jusque dans les visuels chauds finit par soulever une première fois la foule du chapiteau. 

Tempo ralenti

Feu! Chatterton choisit alors de ralentir le tempo avec le très pop et mélodique ‘Le labyrinthe’ introduit par des tambourins puis empli de percussions. Une manière saccadée de montrer la variété des rythmiques utilisées pour leur dernier album dont les dédales explorent autant le rock que la pop, l’électro, le folk ou la new wave. La poésie du texte rappelle aussi que le groupe a eu l’honneur de voir l’intégralité de ses textes de chansons rassembler dans un ouvrage (‘Que savions-nous faire de nos mains?’) des prestigieuses éditions Seghers (Aragon, Apollinaire ou Eluard).

Suivront le mélancolique ‘Ce qu’on devient’ et le déchirant ‘Mille vagues’ qui décrit la douleur, le vide et la sidération qu’apporte la mort d’êtres aimés et que les musiciens interprètent rassemblés sur l’estrade. L’hommage ici est pour leur défunt manager et mentor. Arthur Teboul a les larmes aux yeux en désignant le ciel. Un ange passe.

Second souffle

Mais Feu! Chatterton trouve un second souffle et un peu de joie pour une fin de concert qui passe par ‘Compagnons’, ‘Monde nouveau’ et ‘La malinche’, leur premier tube toujours aussi irrésistiblement explosif. Un épilogue que le groupe fait durer, remplaçant « Quand je reste à Paname » par « à Neuchâtel » pour le plus grand bonheur du public, et durant lequel Arthur Teboul choisit le stage diving.

En une heure et quart à la fois dense, déliée, mélodique et poétique, Feu! Chatterton a réussi une démonstration de force et finesse rock qui prouve encore qu’il est l’un des meilleurs groupes francophones de ces quinze dernières années.

Olivier Horner

Festi’neuch, jusqu’au 14 juin 2026. Complet.

Feu! Chatterton en concert au Paléo Festival, Nyon, le 22 juillet (complet); Arena, Genève, le 8 décembre 2026.