Les cartes, souvent perçues comme des reflets fidèles du monde, peuvent pourtant offrir des visions divergentes d’un même territoire. Une étude sur les plantations de palmiers à huile à Sumatra, en Indonésie, montre que les différences méthodologiques influencent fortement les résultats.

Les cartes géographiques, bien que basées sur des données précises, ne sont jamais une reproduction exacte de la réalité. Elles simplifient et interprètent le territoire en fonction des objectifs et des choix méthodologiques de leurs auteurs et autrices.

Carl Bethuel, chercheur à l’Université de Rennes, explique que « les images satellites, par exemple, sont des données brutes qui nécessitent une interprétation. Cette dernière dépend de nombreux choix, comme les définitions, les algorithmes utilisés ou les seuils méthodologiques appliqués ».

Des choix qui influencent les résultats

Dans le cas des plantations de palmiers à huile de Sumatra, les cartes diffèrent selon leur capacité à détecter certains types de plantations. Les grandes exploitations industrielles sont généralement bien identifiées, tandis que les petites plantations paysannes, souvent intégrées dans des paysages fragmentés, sont plus difficiles à repérer.

Ces choix méthodologiques influencent directement les estimations des surfaces cultivées. « En Indonésie, 40 % des plantations de palmiers à huile sont exploitées par des petits agriculteurs, souvent sous-estimés par certaines cartes », précise Carl Bethuel.

Une carte satellite. [Depositphotos - Yarr65] Une carte satellite. [Depositphotos – Yarr65] L’enjeu du ‘map washing’

Le phénomène de ‘map washing’, comparable au greenwashing, désigne l’utilisation des cartes comme outils de communication ou de légitimation, plutôt que comme instruments de transparence.

Selon Carl Bethuel, « la multiplication des cartes et des données peut masquer les incertitudes et les désaccords méthodologiques ». Cela complique le choix de la carte la plus adaptée, d’autant plus que certaines peuvent être utilisées pour soutenir des récits ou des stratégies spécifiques.

Vers une lecture critique des cartes

Pour éviter les biais, Carl Bethuel recommande de développer une « culture critique de la carte », à l’image de celle développée pour les images ou les statistiques.

Les utilisateurs et utilisatrices devraient se poser des questions telles que: Qui a produit cette carte?, Quelles données ont été utilisées? Quels objectifs étaient visés?

Parallèlement, les producteurs et productrices de cartes devraient favoriser la transparence sur leurs méthodes, leurs limites et les incertitudes associées.

>> Réécouter le sujet de Géopolitis sur les cartes comme instruments de pouvoir : Cartes, instruments de pouvoir Cartes, instruments de pouvoir / Geopolitis / 25 min. / le 19 avril 2026

Sujet radio: Arditë Shabani

Adaptation web: Laure Pagella