Le marché de l’aide auditive explose en Suisse avec près de 300 millions de francs de chiffre d’affaires. Cette explosion ne s’explique pas par une dégradation de l’audition de la population, mais par une prise en charge précoce: les Suisses et Suissesses s’équipent désormais plus tôt.

A Neuchâtel, un nouveau centre auditif flambant neuf a ouvert ses portes. Équipé de matériel dernier cri, il doit se démarquer dans un secteur où la concurrence est féroce: sur moins de 400 mètres au cœur de la ville, on retrouve sept enseignes spécialisées dans l’audition.

Dans ce marché ultraconcentré, capter la clientèle est devenu obligatoire. « Ces personnes-là ne viendraient pas si elles ont trop de trajets, en tout cas ce serait un frein », explique samedi dans le 19h30 Hervé Brassart, responsable de secteur. « On est toujours sur l’image des vieux appareils auditifs et cette stigmatisation-là fait qu’une personne, en règle générale, met sept ans à passer les portes d’un centre auditif. »

Un secteur à 300 millions de francs

Avec près de 100’000 aides auditives vendues l’an dernier, le secteur génère désormais près de 300 millions de francs de chiffre d’affaires en Suisse, sans compter la maintenance et les tests. Un marché lucratif et prometteur, car chaque appareil coûte entre 1600 et 6000 francs.

Le potentiel de croissance reste important. « Il y a uniquement à peu près 25% des personnes avec une perte auditive qui ont des appareils auditifs. Ça veut dire que 75% des personnes avec une perte ne sont pas encore équipés », souligne Christian Rutishauer, président de la faîtière Systèmes Auditifs Suisse.

Des utilisateurs plus jeunes

Pourtant, les Suisses n’entendent pas moins bien qu’avant: la perte d’audition n’a grimpé que de 1,3% en 25 ans. C’est surtout que les utilisateurs sont de plus en plus jeunes.

Olivier Chételat, 52 ans, en témoigne: « Il y a quelque temps, je me suis rendu compte qu’une aide auditive devenait indispensable. Et c’est vrai que par rapport à l’avancée de la technologie dans ce domaine-là, c’est quelque chose dont je suis très satisfait parce que c’est vraiment très performant, relativement discret. »

Pour lui, l’image des appareils auditifs a radicalement changé. « Il y avait une image de l’appareil de grand-papa. Cette image a été mise à jour pour moi en venant chez l’audioprothésiste. Je me suis rendu compte que cette période-là était révolue. »

Un coût social de 7 milliards par an

Ceux qui restent frileux à s’équiper ont un coût pour la société, selon l’Observatoire suisse de la santé. Entre perte de productivité économique et dégradation de la qualité de vie, la facture est estimée à près de 7 milliards de francs par an.

Un chiffre qui souligne l’enjeu de santé publique derrière ce boom commercial et l’importance d’une prise en charge précoce des problèmes auditifs.

Jans Haesler/ther