Une place Coluche à Paris. Un ensemble de logements à Nîmes « Michel Colucci » et un centre social à Longjumeau dans l’Essonne. Des rues à son nom dans de nombreuses communes. L’humoriste, acteur, musicien, reste présent dans les mémoires, quarante ans après sa mort, le 19 juin 1986, entre Cannes et Opio, dans les Alpes-Maritimes, alors qu’il circulait à moto. L’homme à la salopette avait 41 ans. Si ses sketchs au ton corrosif restent vus et revus, l’homme restera dans les mémoires comme celui qui a lancé les Restos du cœur. Quarante ans plus tard, non seulement ils existent encore alors que Coluche prévoyait du « provisoire », mais ils ont élargi leurs missions. Et preuve s’il en était besoin qu’il a traversé les décennies sans être oublié, les artistes qui, chaque année, participent au concert des Enfoirés ont pour certains à peine dépassé la vingtaine !

« Coluche a été le grand comique de sa génération », confirme le sociologue Jean-Louis Fabiani qui lui a consacré un livre (Coluche aux éditions La Découverte). « De cet immense talent, il reste à la fois son côté irrespectueux, provocateur et parfois grossier, et “ le gentil ” avec sa dimension tendre et humaine qu’il a exprimé avec la création des Restos, entre autres engagements. Il avait une force comique incroyable. Il incarnait la rébellion contre les autorités avec sa gouaille et son humour était celui de sa génération. »

Si certains de ses sketchs sont dépassés (Le Schmilblick ou La Lessive), d’autres continuent de faire rire comme L’Auto-stoppeur ou L’Histoire d’un mec. « Le ton de certains sketchs ne correspond plus à notre époque, poursuit l’écrivain. Mais il est comme Raymond Devos ou Fernand Raynaud, intemporel : les grandes œuvres résistent aux époques. La carrière de Coluche s’est située dans un moment de crise de l’autorité politique, syndicale, familiale et il a su porter un regard décapant sur ces années 70-80 ».

À l’âge de 36 ans, Coluche décide de quitter la scène. « J’ai fait six ans de music-hall intense, un gala par jour, un disque par an. Et j’ai été une vedette tout de suite. Maintenant, j’ai de l’argent et j’ai un réflexe de pauvre. Parce que je ne suis pas un nouveau riche, mais un ancien pauvre », confiait-il en 1980 à la journaliste Danièle Heymann. Mais cet adieu n’est en fait qu’un au revoir… « Cette figure emblématique de la désobéissance et de la protestation », comme le décrit Jean-Louis Fabiani, ne résiste pas à se frotter au monde politique qu’il a égratigné avec force : « La moitié des hommes politiques sont des bons à rien. Les autres sont prêts à tout […] Le plus dur pour les hommes politiques, c’est d’avoir la mémoire qu’il faut pour se souvenir de ce qu’il ne faut pas dire. » Coluche se lance dans la campagne présidentielle de 1980 : il sera le « candidat nul » avec pour tout programme « d’emmerder la droite jusqu’à la gauche. »

Ce qui a commencé comme une plaisanterie, pour l’artiste, devient sérieux quand il est crédité de plus de 10 % dans les sondages. Il retire finalement sa candidature le 16 mars 1981 après avoir reçu des menaces et subi de fortes pressions. « Il était ambivalent politiquement, analyse le sociologue. Mais il avait capté les sensibilités contestataires. » Et appellera finalement à voter Mitterrand….

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