Haroun : « Bousculer son public » 

Ma rencontre avec Coluche remonte à l’enfance. Je voyais un clown à la télé qui balançait des gros mots, « merde  », « cul  », des trucs d’adultes. Pour un gamin de 10 ans, il avait un côté sulfureux, presque interdit. Par la suite, j’ai découvert la portée de son message, son inventivité lexicale héritée de la banlieue, la modernité de son jeu totalement hybride.

Il a fait le lien entre la tradition du sketch et le stand-up déjà pratiqué par Robert Lamoureux. Coluche est l’humoriste qui m’a le plus influencé car il ne caressait jamais son public dans le sens du poil. Il disait : « Vous êtes cons, mais je suis encore plus con que vous. » Ça a été fondateur pour moi. J’ai un public plutôt de gauche et j’adore le bousculer dans ses certitudes et ses petites hypocrisies qui sont aussi les miennes. Et puis, il parlait très peu de lui dans ses sketchs, c’est une autre influence.

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Son sujet était la société, les méfaits de la culture de masse et plus globalement la « connerie » qu’il considérait comme le « mal du siècle  ». En 2026, on en est toujours là. Rien ne me choque chez Coluche, même quand il se peint le visage en noir dans Le Schmilblick pour incarner un Africain. Son intention n’était pas de se moquer, mais de dénoncer les violences policières racistes. Mon sketch préféré, c’est Le CRS arabe où il démonte tous les clichés sur les forces de l’ordre, les Arabes, l’antisémitisme avec un art du contre-pied jubilatoire.