« Je m’attaque à Patrick Bruel, le présumé innocent mais aussi au présumé coupable. »

Donel Jack’sman, connu aussi pour son émission The Bridge sur YouTube, développe son propos. « Bien sûr qu’il y a des femmes qui mentent, se vengent ou qui ont de mauvaises pensées. Mais ces femmes-là sont un pourcentage minime. Mais 50 femmes qui ne se connaissent pas, donnent le même récit et le même mode opératoire… Même si sur les 40, 30 ont menti, cela fait toujours 10 femmes agressées. Je trouve ça fou que les gens sont en train d’être dans une espèce de déni. »

L’humoriste engagé va plus loin. « Ce qui me perturbe depuis le début est que je sens comme un deux poids deux mesures. Il y a d’autres artistes pour moins que ça, ils disparaissent. D’autres artistes, juste pour des paroles, ont perdu leur travail et sont allés devant la justice. Je ne vais pas hiérarchiser les problèmes ou les délits… mais ça n’engage que moi. Un acte raciste, une parole raciste, une parole antisémite ou encore une parole homophobe n’est pas acceptable dans la société. Mais on ne peut pas la mettre au même niveau qu’une agression sexuelle. »

En rapport à ce deux poids, deux mesures, vous aviez justement fait référence à une star belge – et son hymne pour nos Diables rouges – dans une de vos vidéos…

« Oui. Roméo Elvis, pour moi, est l’exemple parfait du White privilège. Il a avoué et reconnu son agression, puis il a disparu médiatiquement. Je trouve que son travail, son cheminement, a été super. La plaignante n’a même pas porté plainte au final. Donc lui, vraiment, il a été parfait dans son rôle de ‘je reconnais que j’ai fait de la merde’. Donc, s’il n’y avait pas eu Damso, je me dirais : pourquoi pas ? Parce qu’on ne peut pas avoir un tampon à vie, on a droit à une seconde chance. Mais là, vous ne pouvez pas pour votre hymne de football… Ce n’est pas comme si la Belgique manquait de talent. C’est vraiment une volonté de mettre ce garçon-là alors que Damso, pour des paroles artistiques, vous lui avez dit non. Cela m’a un peu surpris des Belges. Normalement, vous ne faites pas les conneries à la française ! On vous donnerait de mauvaises et nouvelles habitudes (sourire) ? »

Cela reflète votre ligne d’humoriste engagé, depuis vos débuts.

« Je garde la même ligne et je suis honnête. Tu peux me retrouver aux Enfants de la télé, qui est un grand média familial, chez Jimmy Mohammed au Mag de la santé ou sur Internet. Je vais être virulent sur Internet parce que c’est mon média. Et c’est chez moi donc je mets les règles que j’ai envie. Maintenant, quand France Télé va m’appeler, je sais qu’il y a des règles quand je vais là-bas. Mais je sais où je vais, où je suis et je garde la même ligne directrice. Je sais juste que je ne me comporte pas dans le salon des gens comme dans mon propre salon. Mais l’engagement reste nécessaire pour moi. »

« Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, tu peux parfois devenir comme un gourou »

Humoriste, qui plus est engagé, un métier de plus en plus à risque ?

« Il devient de plus en plus dur parce que les gens ne veulent plus qu’on leur mette la tête dedans. Ils ne veulent plus qu’on les dérange. Nous, les humoristes, on doit aussi faire attention à l’excès d’ego. Parce qu’aujourd’hui avec les réseaux sociaux, tu peux parfois devenir comme un gourou. Il faut faire attention entre l’engagement et la stratégie. Aujourd’hui, quelqu’un qui est à gauche va taper tout le temps sur les gens aux extrêmes. Parce que c’est son public. Et si jamais il commence à remettre en cause son public, ça ne va pas aller. Le métier est tellement niché sur les réseaux qu’il faut arriver à sortir de cette niche. C’est pourquoi on me voit sur Instagram être énervé contre le système. Mais aussi en télé où je suis dans le système. Bizarre ? Non, c’est humain. On n’est pas juste une seule couleur. Tu ne peux pas toujours être en colère non plus. »

Avez-vous déjà eu des retours de flammes ?

« J’en ai tellement eu… que, maintenant, je suis immunisé. Mais la censure ne touche que les personnes qui attendent quelque chose. Une fois que tu te dis que tu n’attends plus rien, et bien, tu es libéré. À chaque communauté, à chaque sujet auquel je m’attaque, je prends toujours derrière une vague de cyberharcèlement, que ce soit du RN et même parfois contre ma communauté. Si un Noir fait de la merde, je le dis aussi ! Quant aux Belges, vous avez une folie que j’aime. Il n’y a pas eu de gouvernement pendant longtemps et ça n’a pas été le chaos. En France, même avec un gouvernement c’est le chaos. Vous étiez à deux doigts de prouver que la politique était vraiment de la merde (sourire) ! »

Prochaine étape : vous engager en politique ?

« Non, il n’y a que des coups à prendre. Et il n’y a pas d’enrichissement personnel. On m’a sollicité mais tu n’es plus libre de faire ce que tu as envie, ni de penser différemment. C’est comme les courants politiques, ça veut dire quoi aujourd’hui gauche et droite ? Plus rien. En France, c’est fini. La solution, c’est LFI. Je ne dis pas que c’est parfait ou qu’il n’y a que des anges là-bas, mais on a besoin de justice sociale, de gens qui voient pour le pays de manière générale et pour toutes ses strates. Pour moi, le mouvement le plus malin qui a été fait en politique française, aidé par Macron et Bolloré, c’est d’avoir réussi à mettre LFI et le RN au même niveau. C’est une prouesse ! Il fallait vraiment oser car les gens te disent aujourd’hui que l’extrême justice sociale vaut l’extrême fasciste. En tant que spectateur, et quelqu’un qui aime les grands numéros de magie, je me suis dit : waouh ça, c’est un très très grand magicien qui a fait ça ! Avec les politiques, cela devient de l’antijeu, ce sont eux-mêmes qui font nos sketches (sourire) ! »

Donel Jack’sman, le Karim Benzema de l’humour : « La Belgique reste un… club que j’aime beaucoup »

Si Donel Jack’sman, grand fan de football, devait comparer son style d’humour à un joueur, serait-il plutôt un récupérateur ou un attaquant provocateur ? « Je pense que je serais un joueur comme Karim Benzema, assure l’artiste de 44 ans. C’est-à-dire un joueur qui intrigue, qui dérange et sur lequel on met beaucoup de fausses choses. Car comme il ne parle pas beaucoup, les gens parlent à sa place. Et dans le jeu, c’est un joueur qui sait attaquer mais il sait aussi redescendre et donner des ballons. J’aime bien attaquer mais j’aime bien aussi le collectif. J’aime bien mettre en avant les autres. Je n’ai pas encore été pris par l’ego dans ce métier, c’est même vraiment un truc contre lequel je lutte. »

Et de conclure sur la rivalité franco-belge : « On est sur une frustration de chaque côté mais je pense qu’il n’y a pas match cette année. L’équipe de France est au-dessus mais la Belgique reste… un club que j’aime beaucoup (sourire) ! Non mais il y a des joueurs qui me fascinent comme Kevin De Bruyne ou Eden Hazard. Les gens n’ont pas donné assez de respect sur le nom Hazard. Vous avez eu, un moment, un joueur qui était au niveau des Messi, et Ronaldo. Ce n’est pas rien. Vous n’aurez plus jamais quelqu’un comme lui. »