Dimanche soir à Festi’neuch, Gaël Faye a fait vibrer le public lors d’un concert à la fois intime, chaleureux et plein d’énergie. Pour sa seule date en Suisse de l’été, le rappeur et écrivain franco-rwandais a montré toute l’étendue de son univers musical singulier et poétique.
Pour clore leur édition 2026 dimanche soir, les programmateurs de Festi’neuch ont misé sur l’une des plus belles plumes du rap français ou du moins, la plus poétique. Quatre ans après un premier passage, le rappeur franco-rwandais Gaël Faye était de retour en terres neuchâteloises pour le plus grand bonheur d’un public qui a manifesté sa joie dès les premières mesures du concert lancé à 20h30 sur la scène du Cargo.
Malheureusement des problèmes techniques viennent très vite perturber les premières chansons. Si le son est tout à fait correct côté public, le retour est capricieux sur scène, ce qui empêche le chanteur, ses musiciens et ses choristes de s’entendre correctement. A deux reprises, ils sont obligés de s’arrêter et plusieurs allers et retours de techniciens sur scène sont nécessaires pour régler définitivement le problème.
D’autres s’en seraient offusqués, mais ce n’est pas le style de Gaël Faye qui y voit la preuve qu’on est dans le « monde réel ». Renonçant à recommencer une chanson stoppée en cours de route, il lâchera tout de même un peu plus tard, légèrement agacé: « c’est dommage, on a perdu du temps avec ces problèmes et le temps passe vite ».
Un univers artistique singulier
A ce moment-là, le chanteur a déjà égrené plusieurs titres, dont le magnifique ‘Paris métèque’, ‘Irruption’ ou encore ‘Petit Pays’, une chanson mélancolique qui mêle des souvenirs de sa jeunesse insouciante au Burundi aux traumatismes de la guerre qui a fait rage dans cette région dans les années 1990. Un titre dans lequel on l’entend dire: « L’écriture m’a soigné quand je partais en vrille ». Il aura aussi interprété le poignant ‘Seuls et vaincus’, chanson sur le racisme composée sur un poème de l’ancienne ministre française Christine Taubira, après avoir remercié le peuple suisse d’avoir voté non à l’initiative ‘Pas de Suisse à 10 millions’ dont on lui avait parlé quelques heures plus tôt.
La suite du concert laisse Gaël Faye dérouler son flow sans accrocs, ce qui permet au public d’entrer entièrement dans son univers. Souriant et généreux, le chanteur de 43 ans n’hésite pas à laisser le devant de la scène à une choriste ou un musicien pour une partie solo. Les titres aux sonorités plus rap et énergiques où le chanteur fait monter la sauce (‘Fils de hip-hop’, ‘Femme’) s’intercalent entre des titres plus doux (‘Métis’, ‘Respire’).
A Neuchâtel, Gaël Faye a su ambiancer le public. [Festi’Neuch – Thierry Krummenacher]
Oscillant entre slam, rap et chanson et s’appuyant sur des arrangements musicaux épurés et organiques, mêlant influences urbaines et africaines, Gaël Faye aborde l’enfance, l’exil, la mémoire, le métissage et plus largement les questions d’identité. Un style unique qui met au centre la poésie et le sens de la narration et qui touche au-delà du milieu du rap.
Un nouvel album en automne
Ce sens de l’écriture, le rappeur l’a aussi décliné dans deux romans: ‘Petit pays’ en 2016 et ‘Jacaranda’ en 2022 qui ont été des succès de librairie couronnés de plusieurs prix littéraires. C’est d’ailleurs le travail d’écriture et de promotion de son second roman qui l’a tenu éloigné de la scène ces dernières années. Mais il est désormais de retour: un nouvel album prévu pour cet automne sera suivi d’une tournée qui passera par l’Arena de Genève le 26 novembre 2027.
En attendant, il profite de l’été pour reprendre contact avec son public et tester de nouvelles chansons. A Neuchâtel, après avoir encore pris un bain de foule et fait danser un public ravi sur le très attendu ‘Chalouper’, Gaël Faye termine son concert tout en douceur avec une chanson sur la nuit. Sous le charme de ce titre inédit, les festivaliers sortent leurs téléphones pour offrir, en guise d’au revoir aux artistes sur scène, un ciel étoilé.
Andréanne Quartier-la-Tente