Le nouveau patron de la Réserve fédérale américaine (Fed), désigné par Donald Trump, a tenu à rassurer mercredi: l’institution reste tout aussi déterminée à lutter contre l’inflation, au plus haut depuis trois ans.

Désigné par Donald Trump, qui attend avec ferveur des taux d’intérêt plus bas, Kevin Warsh a pris la tête d’une institution qui semble prête à suivre le chemin inverse, si besoin.

«L’inflation dépasse largement l’objectif de 2% fixé de longue date par la Fed. Cette situation perdure depuis plus de cinq ans. La hausse persistante des prix pèse lourdement sur les Américains», a déclaré Kevin Warsh au début de sa première conférence de presse comme président. Le comité de politique monétaire «ramènera la stabilité des prix», a-t-il assuré.

Kevin Warsh, 56 ans, sait que les marchés financiers l’attendent au tournant et qu’il a une crédibilité à défendre, en raison du contexte de sa nomination. Le président américain, qui l’a nommé, balaie régulièrement les craintes concernant les prix, les jugeant exagérées.

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«Un nouveau chapitre»

L’enjeu du jour n’était donc pas la décision monétaire en elle-même. Un quatrième statu quo d’affilée (les taux de la Fed sont compris entre 3,50% et 3,75% depuis décembre) était quasiment certain.

Ce qui intriguait davantage, c’était la marque que voudrait imprimer d’emblée Kevin Warsh, après huit ans de présidence de Jerome Powell.

Il a annoncé le lancement de cinq groupes de travail dont les conclusions pourraient conduire à des changements du fonctionnement de l’institution. Ces équipes réfléchiront notamment à la communication de la Fed et de ses membres, qu’il juge trop abondante, ainsi qu’à la taille des actifs financiers détenus par la Réserve fédérale, a-t-il précisé. Le but est d’ouvrir un «nouveau chapitre» dans la façon dont la banque centrale interagit avec les marchés financiers, a-t-il dit.

Autres marqueurs du «changement de régime» que Kevin Warsh avait dit vouloir engager à la Fed: le communiqué final annonçant la décision était plus laconique que d’habitude. Le nouveau patron de l’institution s’est également abstenu, contrairement à ses collègues, de livrer ses prévisions concernant l’économie américaine. Il juge cet exercice de prédiction inutile, voire contre-productif, car les responsables tendent selon lui à se sentir ensuite liés par ces projections, ce qui est susceptible de freiner leur réactivité quand les conditions économiques changent.

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Vers un resserrement monétaire?

Les marchés financiers sont eux plutôt gourmands de ce genre d’informations. C’était d’ailleurs ce qui les faisait réagir mercredi. Les responsables monétaires américains – hors Kevin Warsh, donc – ont suggéré qu’un resserrement monétaire pourrait intervenir d’ici à la fin de l’année. Selon la médiane de leurs projections, les taux pourraient être logés entre 3,75% et 4%, soit un cran plus haut qu’aujourd’hui. C’est un net changement de ton. Ils envisageaient encore une baisse en mars.

Dans l’intervalle, l’inflation a bondi, en grande partie du fait du choc énergétique déclenché par la guerre au Moyen-Orient. Les observateurs espèrent qu’elle refluera dès que le détroit d’Ormuz rouvrira dans le cadre du protocole d’accord entre Washington et Téhéran.

Pour l’heure, les banquiers centraux s’attendent à voir les prix augmenter de 3,6% sur un an fin 2026, selon une médiane de leurs prévisions, contre 2,7% dans une projection datant de mars. Ils prévoient que le produit intérieur brut (PIB) progressera de 2,2% (contre 2,4% projeté en mars). Ils sont moins inquiets pour l’emploi, avec un taux de chômage limité à 4,3% (contre 4,4%). Les indicateurs d’emploi vont «dans la bonne direction», a d’ailleurs déclaré Kevin Warsh.

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