À l’occasion de ses 80 ans, la ville de Cachan où il réside, organise une rétrospective des œuvres du Ruthénois Jean-Paul Douziech. L’occasion de découvrir, jusqu’au 4 juillet, l’univers surréaliste et poétique de l’artiste.
« J’ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant. » Ces mots, que l’on prête au grand Pablo Picasso, l’artiste aveyronnais Jean-Paul Douziech ne les renierait pas.

Jean-Paul Douziech présente aussi ses dessins décalés. Emmanuel Pons
Car le sculpteur, qui dessine et peint, aussi, et auquel la ville de Cachan où il est installé depuis 40 ans, consacre une rétrospective, a su garder, du haut de ses 80 ans, un œil vif et un esprit malicieux. Comme un grand enfant qu’il est resté, au fond de lui, créant des œuvres dont le double sens interpelle et fait sourire, et donnant vie à des créatures hybrides : le Rhino-féroce (un animal très méchant), Hermes 2000 (un pied à réaction), l’Âne porteur d’O, le B’œuf (un mix entre l’animal et l’œuf), le Boule-dogue (mi-chien mi-boule de pétanque), le Cheval-vapeur, la Chèvre-feuille…

Le Rhino-féroce
Reproduction L’Aveyronnais
Des sculptures qui interrogent « par le rapport entre mots et images, le langage, les sens cachés, les virelangues et les jeux de mots ».
La ferme familiale à la Peyrinie
Quelque deux cents œuvres sont présentées jusqu’au 4 juillet à l’Orangerie de Cachan et dans la galerie du théâtre Jacques-Carat de la ville dans le cadre de l’exposition baptisée « Douziech 80 » qui propose une rétrospective de plus de soixante ans de carrière.
Car, depuis sa sortie de l’École nationale d’art et dessin de la rue Madame à Paris, dont il est diplômé, l’Aveyronnais n’a jamais cessé de créer.

Le Boule-dogue.
Reproduction L’Aveyronnais
Né en 1946 à Montrouge, Jean-Paul Douziech est issu d’une famille ruthénoise qui possédait 80 ha de terres à la Peyrinie (aujourd’hui sur la zone d’activité de Bel-Air) où la famille passait toutes ses vacances. Son grand-père maternel, Urbain, était bijoutier horloger place du Bourg.

Le Boule-dogue.
Reproduction L’Aveyronnais
Côté paternel, Charles, son autre grand-père, artiste peintre « post-impressionniste », travaillait dans son atelier de Montrouge au début du XXe siècle, raconte l’Aveyronnais dont le père, Roger, fonctionnaire, travaillait aux PTT où il éditait des timbres. « Et mon frère, Pierre, a réalisé la maquette de la cathédrale de Rodez qui est exposée dans l’édifice », souligne-t-il.
Pierre qui, au retour du service militaire, a repris la ferme de la Peyrinie. Alors que Jean-Paul restait en région parisienne où il continue aujourd’hui à pratiquer son art.
Un artiste précoce
Un enfant révélé très tôt. « Vers cinq ou six ans, je participais au concours du plus beau château de sable organisé par le Figaro, à Biarritz. Et, plusieurs fois, j’ai eu le premier prix », se souvient-il.

Des œuvres à découvrir jusqu’au 4 juillet.
Emmanuel Pons
« Depuis tout petit, j’ai toujours voulu dessiner. Je ne me suis jamais posé la question de ce que j’allais faire dans la vie », dit l’artiste qui, à 17 ans, exécute sa première commande : une fresque pour l’église Saint-Joseph de Montrouge. Cinq ans plus tard, en 1967, alors qu’il travaille en tant que maquettiste pour l’imprimerie Draeger « qui avait inventé un procédé révolutionnaire de reproduction des couleurs », il conçoit la mise en page du beau livre consacré à Dalí, supervisé par l’artiste lui-même pour lequel il réalise une première maquette du musée de Figueras.
« Je l’ai suivi pendant trois, quatre ans », précise le Ruthénois qui doit composer avec les idées extravagantes de l’Espagnol.
Mais après la faillite de l’entreprise, il rejoint les PTT en tant que contractuel « chargé de représenter la France dans les expositions internationales ». Il sera aussi scénographe pour le musée des Télécoms de Pleumeur-Bodou, en Bretagne, tout en continuant à sculpter.
Un art auquel il peut enfin se consacrer à temps complet alors qu’il prend sa retraite, à cinquante-cinq ans.
« Obsédé textuel »
« Depuis, je découpe, j’assemble, je soude… Tout m’intéresse, chaque dimension présente un problème différent. Parfois, c’est l’objet qui vient à moi. D’autres fois, c’est le titre qui m’inspire. Il y a alors des mondes entiers qui s’ouvrent », explique le sculpteur qui se décrit, non sans humour, comme un « obsédé textuel » qui aime mêler sculpture, peinture, poésie et aphorisme, maîtrisant une grande diversité de matières telles que le bronze, la résine, les matériaux composites ou encore le PVC.

La Chou-ette.
Reproduction L’Aveyronnais
« J’ai une boîte à idées dans laquelle je pioche depuis plus de 50 ans », s’amuse Jean-Paul Douziech.
Et au final, « chaque sculpture naît d’une esquisse et s’accompagne d’un texte intriguant, prolongeant la réflexion et entraînant le spectateur dans un monde résolument surréaliste », explique le dossier de presse de l’exposition.
Et depuis 60 ans, ses œuvres séduisent les galeries, les institutions muséales et les collectionneurs en France comme à l’étranger. Un travail qui a été couronné par de nombreux prix et récompenses.
Des expositions en Aveyron
Il a même conçu, en 2002, des grilles en fonte pour la propriété monégasque de Bono, le chanteur et leader du groupe U2.
« Même si je suis né à Montrouge, je me sens plus Aveyronnais que Montrougien. J’ai même mis un 12 sur ma plaque d’immatriculation », sourit Jean-Paul Douziech qui a eu l’occasion de présenter ses œuvres chez lui, en Aveyron, d’abord à Rodez, en 1969 puis en 1990 sous le titre « Quatre générations de Douziech », en 1992 à Millau, en 2007 au château de Labro à Onet lors de l’exposition intitulée « Le Carnaval des Animaux et Autres » (déjà) et enfin au haras de Rodez, en 2016.
Déjà dix ans depuis la dernière exposition de l’artiste ruthénois dans son département…
Sur Internet : douziech.fr