Douleurs d’estomac, remontées acides, éructations, digestion difficile… Vous connaissez bien ces symptômes ? Alors vous êtes probablement comme un tiers des Français : vous souffrez d’un reflux gastro-œsophagien (RGO) ou de brûlures d’estomac.

Si dans la grande majorité des cas, le RGO n’est pas une maladie grave, on sait qu’il augmente le risque de cancer de l’œsophage. Comment l’expliquer ?

Petit tour du côté de l’appareil digestif

Après un repas, les aliments provenant de la cavité buccale séjournent durant quatre heures dans l’estomac. Ils vont y être broyés et mélangés avec de l’acide gastrique et de la bile afin que la digestion commence, notamment celle des protéines.

En cas de reflux ou de RGO, le « clapet » situé à la jonction entre l’estomac et l’œsophage fonctionne mal et laisse remonter le contenu gastrique. Ce mélange va irriter la muqueuse de l’œsophage et provoquer une inflammation de celle-ci. Le contact de la bile et des cellules de l’œsophage va également entraîner une accumulation de molécules hautement réactives appelées « espèces réactives de l’oxygène » (ROS) et un stress oxydant.


En cas de reflux ou de RGO, le « clapet » situé à la jonction entre l’estomac et l’œsophage fonctionne mal et laisse remonter le contenu gastrique. © Jayk, Adobe Stock (image générée à l’aide de l’IA)

Comment les brûlures d’estomac favorisent le cancer

Si le RGO est pris en charge, l’inflammation et le stress oxydant s’interrompent et les douleurs disparaissent. Mais s’il persiste, l’inflammation est entretenue et des lésions de l’ADN peuvent apparaître, avec un risque non négligeable de pré-cancérisation des cellules de l’œsophage. On parle d’œsophage de Barrett et de dysplasie, un état qui accroît le risque de cancer de l’œsophage, une maladie particulièrement difficile à soigner.

Homme souffrant de brûlures d'estomac ©Image générée par l'IA, Adobe Stock
Brûlures d’estomac : le lait ou le bicarbonate, lequel des deux soulage le plus rapidement l’acidité ?

Face aux brûlures d’estomac, deux remèdes maison reviennent systématiquement : le verre de lait et la cuillère de bicarbonate. Si ces solutions sont ancrées dans les habitudes, leurs mécanismes d’action et leur efficacité diffèrent considérablement. Découvrez lequel de ces deux remèdes neutralise réellement l’acidité gastrique le plus rapidement et durablement…. Lire la suite

Des chercheurs de l’université de Central Florida (UCF), aux États-Unis, ont cherché à savoir si le recours aux probiotiques, ces bactéries « amies » qui exercent des effets bénéfiques sur notre santé, pourrait permettre de prévenir et de traiter le reflux gastro-œsophagien.

Rétablir l’équilibre microbien pour limiter la cancérisation

En effet, lorsque l’environnement bactérien de la gorge est dominé par l’acide gastrique et la bile, les bactéries bénéfiques peinent à survivre. Résultat : elles laissent la place à des bactéries pathogènes qui, en proliférant, vont accroître les lésions cellulaires et l’inflammation, et ainsi augmenter le risque de cancer.

Sur des cultures de cellules et des modèles animaux de RGO, les chercheurs ont testé l’ajout de bactéries lactiques (Lactobacillus spp.). Qu’ont-ils observé ?

« La réintroduction de bactéries bénéfiques a un double effet, explique Claudia Andl, la responsable de l’équipe, chercheuse spécialisée dans le cancer de la gorge et de la bouche. Elle rétablit un environnement normal, mais ces lactobacilles sont également connus pour supprimer l’inflammation et réparer les dommages à l’ADN. »

Des résultats prometteurs

Son équipe et elle ont déjà publié plusieurs articles sur ces travaux, notamment dans la revue Antioxydants. Les résultats ont été également présentés au meeting de l’American Association for Cancer Research. Selon elle, « on parle souvent de l’importance de consommer du yaourt ou du kombucha pour maintenir une flore intestinale saine dans tous nos organes. C’est la même chose pour l’œsophage ».

Certaines bactéries du microbiote sont-elles plus indispensables que d’autres au maintien d’une bonne santé ? C’est ce que suggère une vaste étude menée par des chercheurs de l’Université de Cambridge. © marikova, Adobe Stock (image générée à l’aide de l’IA)
Les probiotiques que vous prenez ciblent les mauvaises bactéries, selon cette étude de Cambridge

Et si les probiotiques que nous consommons depuis des années ne ciblaient pas les bonnes bactéries ? Une vaste étude internationale menée auprès de plus de 11 000 personnes révèle l’existence d’un groupe de micro-organismes jusque-là ignoré, mais systématiquement associé à une bonne santé. Cette découverte pourrait bouleverser notre compréhension du microbiote… et ouvrir la voie à une nouvelle génération de probiotiques…. Lire la suite

Les premiers résultats des expérimentations qu’elle a menées avec son équipe montrent une réduction de l’œsophage de Barrett. Et quand un cancer se développe, il survient beaucoup plus tard que dans les modèles non traités avec le probiotique.

« Notre objectif est d’améliorer le pronostic des nombreux patients souffrant de reflux gastro-œsophagien et présentant un risque de cancer, poursuit la chercheuse. Y contribuer serait extrêmement gratifiant », conclut la chercheuse.

Vers la fin des IPP ?

Une bonne nouvelle, car actuellement, le traitement médicamenteux du reflux gastro-œsophagien repose le plus souvent sur une classe de médicaments anti-acides appelés IPP (inhibiteurs de la pompe à proton) qui bloquent les sécrétions acides gastriques.

Si leur efficacité est réelle, ils ne doivent être prescrits que sur de courtes durées. Selon la revue Prescrire et la Haute autorité de santé, l’usage prolongé des IPP expose en effet à des effets indésirables parfois graves : infections digestives, pneumonies, listérioses, fractures osseuses, malabsorptions de la vitamine B12, perturbations du microbiote, manque de sodium ou de magnésium, atteintes rénales, et probablement aussi tumeurs gastro-intestinales. En 2019, un quart des Français avaient reçu au moins une prescription d’IPP dans l’année. Chez 4 % d’entre eux, soit plus de 600 000 patients, la durée de traitement était supérieure à six mois.