La Suisse a effectué jeudi soir un grand pas vers les 16es de finale du Mondial 2026 après un match longtemps poussif face à la Bosnie (4-1), ceci grâce aux entrées géniales de Johan Manzambi et Ruben Vargas. L’essentiel est là, certes, mais il y a encore du boulot, analyse Sébastien Roth, ancien gardien international et désormais consultant pour RTSsport.
Comme en 1994 lorsqu’elle avait répondu par un 4-1 contre la Roumanie à son nul 1-1 face aux Etats-Unis, la Suisse a corrigé le tir de la même manière en matant la Bosnie 4-1, cinq jours après son « échec » 1-1 devant le Qatar. C’est bien certes, mais ce n’est pas encore parfait, avertit Sébastien Roth…
RTSsport.ch: Sébastien Roth, on a vu 72 minutes de quasi « purge » de la Suisse, puis les entrées de Johan Manzambi et Ruben Vargas ont changé la face du match…
SEBASTIEN ROTH: Ce n’était pas aussi mauvais que contre le Qatar, mais ce n’était de loin pas fameux non plus, en effet. Puis il y a eu ces 20 minutes très réjouissantes, qui ont heureusement tout modifié. Les entrées en jeu de Manzambi et de Vargas ont changé la face du match, transfiguré leur équipe et elles ont transformé Breel Embolo, qui est devenu totalement différent.
RTSsport.ch: Ce trio a mis de la vie, de l’envie et des mouvements, ce qui donne le sentiment qu’à partir de la 72e minute, ce n’était plus la même équipe…
SEBASTIEN ROTH: Clairement! Manzambi a fait une superbe entrée, Vargas s’est même lui aussi mis à provoquer. Tous deux ont tourné autour d’Embolo, qui s’est trouvé plus impliqué dans l’animation, qui est même allé provoquer le carton rouge. L’attitude de ces deux gars a tout bouleversé..
Ce sont clairement les entrants qui ont fait la différence et j’espère sincèrement que cela rebrassera les cartes pour la suite de cette Coupe du monde…
Sébastien Roth, 3e gardien de la Suisse à l’Euro 2004
RTSsport.ch: On parle de coaching gagnant. Mais on peut aussi évoquer une équipe de base pas gagnante du tout.
SEBASTIEN ROTH: (il rit) C’est à peu près ça, oui, et on peut ainsi se poser des questions quant aux choix initiaux. Les titularisations de Fabian Rieder et de Silvan Widmer, pour composer une équipe étonnamment assez défensive, n’ont guère porté leurs fruits. Ce sont clairement les entrants qui ont fait la différence et j’espère sincèrement que cela rebrassera les cartes pour la suite de cette Coupe du monde
RTSsport.ch: Cette victoire dessinée en 20 minutes ne doit toutefois pas tout faire oublier…
SEBASTIEN ROTH: Alors ça, c’est certain! Il y a eu 4-1, ça fait joli, c’est clair, mais cette victoire n’a pas été acquise de façon sereine. Personne ne doit omettre que cette équipe a failli se prendre les pieds dans le tapis. La Suisse s’est par moments mise toute seule dans des situations compliquées. Même si Manuel Akanji a été bien meilleur que devant le Qatar, il y a encore du boulot sur le plan défensif. Maintenant, il faut tirer les enseignements de tout cela, retenir le bon et aller de l’avant.
RTSsport.ch: Soyons francs: même si on ne retiendra que la victoire, la Bosnie, sans idées, était d’une faiblesse assez indigente…
SEBASTIEN ROTH: Oui, ce n’était pas bon. Elle joue certes un peu plus au foot que le Qatar, mais ce n’est pas une grande nation non plus. L’avantage pour la Suisse est que les Bosniens étaient un peu plus étirés sur le terrain que les Qataris, ce qui a laissé des espaces. Mais il est certain que cette sélection n’avait aucune animation offensive, aucune idée dans son foot.
Est-ce que ce 4-1 peut déclencher quelque chose, apporter la sérénité nécessaire à la Suisse? Franchement, je l’espère. Avec la qualification quasi en poche, les joueurs se sont en tout cas débarrassés d’un poids…
Sébastien Roth, ex-portier de Servette et Lorient notamment
RTSsport.ch: Comment expliquer tout de même que, durant une heure, la Suisse ait fourni une sorte de « copier/coller » de sa prestation fade de samedi contre le Qatar?
SEBASTIEN ROTH: C’est dur de répondre à cette question, mais on peut se demander si elle ne se met pas trop de pression à force de déclarer vouloir tout casser… On sent en tout cas que tout n’est pas très serein dans ses rangs, qu’il y a un petit « truc » qui coince encore dans cette équipe. Maintenant, est-ce que ce 4-1 peut déclencher quelque chose, apporter la sérénité nécessaire? Franchement, je l’espère. Avec la qualification quasi en poche, les joueurs se sont en tout cas débarrassés d’un poids. Ils vont pouvoir se préparer pour affronter le Canada en alignant, je l’espère, un onze très offensif.
RTSsport.ch: Le risque, maintenant, ne serait-ce pas que cette sélection s’enflamme sous prétexte qu’elle a mis 4-1 à une faible Bosnie?
SEBASTIEN ROTH: Honnêtement, je ne pense pas que cela arrivera aux Helvètes, qui savent qu’ils n’ont pas fait un match plein. Il y a aujourd’hui du soulagement, mais surtout du boulot, car le jour où ils se retrouveront face à une équipe d’un autre calibre que la Bosnie, ce sera compliqué, s’ils ne montent pas en puissance.
RTSsport.ch: Qu’attendez-vous désormais du match du mercredi 24 juin contre le Canada (à suivre sur RTS 2 dès 21h00)?
SEBASTIEN ROTH: J’aimerais voir une équipe qui aurait corrigé ses petites lacunes, gommé ses sautes de concentration et qui pourrait aller à l’abordage, être offensive. Face à des Canadiens sans doute plus « joueurs » que les Qataris ou les Bosniens, il faudra mettre des gars qui bougent devant, qui mettent du rythme, soit tout ce qui a manqué pendant 90 minutes au premier match et durant 70 jeudi soir. Je pense que le trio Manzambi-Embolo-Vargas a vraiment quelque chose en plus. Et je le déclare sans oublier que je n’aurais pas dit pareille chose samedi soir lorsque le dernier cité avait été très faible contre le Qatar. Mais là, il a vraiment montré du mieux et a été de ceux qui ont fait gagner la Suisse!
Arnaud Cerutti