En France, la santé mentale des adolescents inquiète de plus en plus. Selon l’enquête EnCLASS de Santé publique France, 24 % des lycéens déclarent des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois et 13 % disent avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de leur vie, avec un pourcentage presque deux fois plus élevé chez les filles.

Pression scolaire, isolement, réseaux sociaux… les explications sont multiples. Mais une très vaste étude américaine, publiée dans JAMA Health Forum, vient explorer une autre piste, souvent minimisée.


De plus en plus puissant, le cannabis suscite l’inquiétude des chercheurs lorsqu’il est consommé à l’adolescence, une période clé du développement cérébral. © 宜然 左, Adobe Stock

Cannabis et troubles psychiatriques : un risque doublé pour psychose et bipolarité

L’étude, menée par la division de recherche de Kaiser Permanente, a analysé les données de 463 396 adolescents suivis entre 13 et 25 ans.

La consommation de cannabis était relevée via un questionnaire confidentiel rempli lors des visites pédiatriques de routine, et non uniquement chez les jeunes déjà en difficulté. Les chercheurs ont ensuite observé l’apparition éventuelle de diagnostics psychiatriques dans les années suivantes.

Résultat : les adolescents ayant déclaré une consommation au cours de l’année précédente présentaient un risque plus que doublé de développer un trouble psychotique ou bipolaire. Le risque de dépression augmentait de 34 %, celui des troubles anxieux de 24 %.

« Nos résultats montrent que les adolescents qui consomment du cannabis présentent un risque significativement plus élevé de développer plusieurs troubles psychiatriques, notamment des troubles psychotiques et bipolaires », explique Kelly Young-Wolff, auteure principale de l’étude. En moyenne, la consommation précédait le diagnostic de 1,7 à 2,3 ans.

Pas de preuve formelle de causalité, mais un signal robuste

Les chercheurs précisent que l’étude ne démontre pas que le cannabis cause directement ces troubles. Certains adolescents peuvent avoir commencé à consommer pour tenter d’atténuer des symptômes déjà émergents.

« Bien que cette étude ne réponde pas complètement à la question de la causalité, elle fait progresser le domaine vers l’établissement d’une chronologie du développement du problème », souligne Stacy Sterling, co-auteure.

Même après prise en compte d’antécédents psychiatriques et de l’usage d’autres substances, l’association restait significative, en particulier pour les troubles psychotiques et bipolaires, dont le risque persiste jusqu’au début de l’âge adulte.


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Un point clé concerne la puissance des produits actuels. Les concentrations de THC, principal composé psychoactif du cannabis, sont aujourd’hui bien supérieures à celles observées il y a 20 ou 30 ans, ce qui pourrait amplifier les effets sur un cerveau encore en développement.

Cannabis à l’adolescence : des résultats cohérents avec d’autres études

Les conclusions de cette étude américaine ne sont pas isolées : elles s’inscrivent dans un ensemble de travaux scientifiques qui pointent vers des associations entre la consommation de cannabis à l’adolescence et des issues négatives de santé mentale ultérieures.

Une méta-analyse publiée en 2019 dans Jama Psychiatry a passé au crible 11 études prospectives regroupant plus de 23 000 participants. Elle a observé que les adolescents qui consomment du cannabis ont un risque plus élevé de développer une dépression à l’âge adulte.

Par ailleurs, la Société canadienne de pédiatrie (CPS) souligne que le cerveau des enfants et des adolescents est particulièrement vulnérable aux effets du cannabis, avec des associations observées entre un usage précoce et une augmentation des troubles de l’humeur, de l’anxiété et des troubles psychotiques.

La croissance du cerveau se poursuit au delà de l'enfance jusqu'à l'adolescence. © Darren Baker, Adobe Stock

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Dans un contexte où la santé mentale des jeunes se fragilise, ces données rappellent une chose : l’adolescence est une période de vulnérabilité biologique et psychologique. Elles soulignent l’importance de la prévention précoce et du dépistage systématique de la consommation de cannabis chez les enfants et les adolescents ainsi que d’une communication claire sur les risques.