Brexit: messieurs les Anglais, tirez les premiers…

Tout a commencé par une promesse. Celle de l’ancien Premier ministre David Cameron annonçant la tenue d’un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’UE en cas de victoire aux élections législatives de 2015. Face à la montée du parti populiste d’extrême droite UKIP dirigé par Nigel Farage, le dirigeant conservateur espérait calmer les eurosceptiques avec cette proposition, mais sa promesse s’est transformée en terrain miné.

Les relations historiques entre le continent et les îles d’outre-Manche ont souvent été complexes, à l’image de ce refus britannique d’adhérer à la Communauté économique européenne (CEE) en 1957 ou de la décision de Londres de ne pas adopter la monnaie unique, l’euro, à l’annonce du traité de Maastricht en 1992.

Référendum Brexit : les partisans du « Leave face à ceux du « Remain »

La population britannique n’avait toutefois jamais eu droit de vote sur ces questions spécifiques. Le référendum s’annonçait dès lors comme l’occasion de révéler la position des habitants des îles sur ce lien européen. Les partis ont mené une rude campagne entre les partisans du « Leave » (quitter l’UE) et ceux du « Remain » (rester). Le premier camp a capitalisé sur le sentiment de déclassement des régions délaissées sur le plan économique et sur les risques de l’immigration sur l’identité britannique pour faire la différence dans les urnes. Le second a surtout tenté d’afficher des statistiques et des chiffres concrets de l’apport de l’UE dans la vie britannique.

C’est cependant sur les réseaux sociaux que la campagne s’est avérée déterminante. Sur Twitter et Facebook, les partisans d’un départ européen ont usé de millions de messages pour convaincre, quitte à mettre en avant de fausses informations. Notamment celle selon laquelle le Royaume-Uni envoyait 350 millions de livres sterling par semaine à l’UE et la promesse d’une redistribution de ce montant dans le système de santé public (NHS). Cette promesse sera démentie au lendemain du scrutin.

Brexit: plus de 850 Britanniques sont devenus belges en 2021

Sur Facebook, de nombreuses publicités « fantômes », soit des annonces personnelles et éphémères, ont été envoyées dans les derniers jours de la campagne auprès d’utilisateurs ciblés grâce à l’appui d’une entreprise liée au scandale Cambridge Analytica. Une manipulation du débat public seulement révélée quelques mois après cette campagne.

Un résultat serré

Le référendum mené le 23 juin 2016 promettait un résultat serré, confirmé quelques heures après la fermeture des bureaux de vote : avec près de 52 % des voix et une différence de près de 1,27 million de bulletins, le « oui » à la sortie de l’UE l’emporte. Les votes de l’Angleterre (53,4 % de « oui ») et du Pays de Galles (52,5 %) étaient principalement liés à ce résultat, alors que l’Écosse (38 %) et l’Irlande du Nord (44,2 %) ont affiché leur désapprobation.

David Cameron, désavoué, décidait alors de remettre sa démission et laissait la tête du Parti conservateur et du gouvernement à Theresa May, désormais en charge de négocier cette fameuse sortie.

Le président du parlement européen veut un Brexit avant les élections européennes de 2019

Après l’invocation en mars 2017 de l’article 50 notifiant la volonté du Royaume-Uni de quitter l’UE, de longs palabres ont ensuite débuté avec les autorités européennes, représentées par l’ancien commissaire européen Michel Barnier. Ces discussions, normalement d’une durée de deux ans prolongeables, ont mené à un accord de retrait finalement approuvé par l’UE en novembre 2018, alors que les Britanniques ont dû attendre janvier 2020 et l’élection, un mois plus tôt, de Boris Johnson, avec une majorité conservatrice, pour débloquer la situation et officiellement quitter le giron européen. Un accord de libre-échange a suivi en décembre 2020, officialisant le départ officiel de Londres du marché unique européen et de l’union douanière et la mise en place d’un nouvel accord commercial en 2021.

Depuis lors, les querelles politiques se multiplient outre-Manche, alors que l’économie subit de plein fouet les conséquences de cette sortie. Le bureau britannique de prospective OBR et la Banque d’Angleterre estiment que le Brexit a réduit le PIB d’environ 4 % à long terme par rapport à la situation selon laquelle le Royaume-Uni serait resté dans l’UE, mais une étude du bureau britannique de recherches économiques (NBER) estime même cette perte à 6 à 8 % en 2025. Cela s’ajoute à une réduction de l’emploi et de la productivité de 3 à 4 % et une chute des investissements de 12 à 18 %. Dans le même temps, la sortie du marché unique s’est traduite par une réduction de 15 % du volume des importations et des exportations britanniques. Selon l’OBR, l’impact négatif du Brexit pourrait s’élever à une perte d’environ 2.300 livres sterling par habitant d’ici à 2035.

Et alors que les partisans du camp du « Leave » promettaient une réduction de l’immigration à la suite du Brexit, le solde migratoire net a atteint un record absolu de près d’un million de personnes en mars 2023, avant de redescendre depuis lors.

Brexit : les regrets prennent le pas sur l’espoir au Royaume-Uni

Ces indicateurs mènent, dans certaines couches de la population, à un sentiment de « Bregret », le regret d’avoir voté pour le Brexit. Selon un récent sondage mené début juin par Statista auprès de plus de 2.100 Britanniques, à peine trois répondants sur dix estiment que la décision de quitter l’UE était juste, alors que plus de la moitié (57 %) disent qu’il s’agissait d’une erreur. Les deux camps étaient encore à égalité en 2020 et 2021.

Le gouvernement, pour sa part, a mené ces derniers mois de nombreux rapprochements avec l’UE, à tel point que le secrétaire d’État britannique au Commerce, le travailliste Chris Bryant, a déclaré espérer voir le Royaume-Uni réintégrer l’Union européenne « de (son) vivant ». L’ancien secrétaire d’État à la santé Wes Streeting, qui a démissionné à la mi-mai, a lui aussi plaidé pour un retour parmi les États membres, tout comme le maire du Grand Manchester Andy Burnham, candidat à la succession de Keir Starmer, en difficulté dans les sondages après une nouvelle défaite lors de récentes élections partielles.

Ce vœu semble toutefois difficile à envisager à court terme, au vu des tensions politiques sur les îles britanniques, notamment avec la montée en puissance du parti d’extrême-droite Reform UK, mené par l’ex-figure du Brexit, un certain… Nigel Farage.

Plus de la moitié des Britanniques estiment que le Brexit était une erreur

Alors que près de 52 % des Britanniques ont voté le 23 juin 2016 en faveur d’un retrait de l’Union européenne, la tendance est aujourd’hui bien différente, ressort-il de divers sondages menés ces dernières années outre-Manche. Ils ne sont plus que trois sur dix à soutenir aujourd’hui le Brexit.

Sommet entre l’UE et le Royaume-Uni le 22 juillet à Bruxelles

L’Union européenne et le Royaume-Uni se retrouveront pour un sommet le 22 juillet à Bruxelles, ont annoncé mardi le président du Conseil européen Antonio Costa et le Premier ministre britannique Keir Starmer, pour relancer leur rapprochement post-Brexit.

Il s’agira du second sommet post-Brexit après celui organisé à Londres en mai 2025.

La Grande-Bretagne a officiellement quitté l’Union européenne en 2020, quatre ans après un référendum qui a déchiré le pays.

« Une coopération étroite entre l’UE et le Royaume-Uni est essentielle pour notre sécurité européenne commune, notre résilience et notre prospérité », a écrit Antonio Costa sur X, après une discussion avec Keir Starmer, en marge du G7 à Evian. « Nous travaillons étroitement ensemble pour faire » de ce sommet « un succès », a-t-il ajouté.

« Mon gouvernement travailliste tient la promesse de réinitialiser notre relation et de replacer la Grande-Bretagne au cœur de l’Europe. Ensemble, nous aborderons le coût de la vie, stimulerons l’emploi et créerons des opportunités pour les jeunes », a assuré pour sa part le chef du gouvernement britannique.

En 2024, le gouvernement Starmer est arrivé au pouvoir en défendant un rapprochement avec l’UE, mais en fixant plusieurs lignes rouges : pas de retour au marché unique, à l’union douanière ou à la liberté de mouvement.

Les discussions sont mouvementées entre Londres et Bruxelles pour relancer leurs relations.