Jack Thorne, créateur de séries remarquables (‘Sa Majesté des mouches’, ‘Adolescence’, ‘Toxic Town’), remet le couvert avec ‘The Hack’ à voir sur arte.tv. Une palpitante reconstitution de l’enquête d’investigation qui a mis à jour le scandale des écoutes téléphoniques en Angleterre entre 2000 et 2011.

Inspirée du Murdochgate, la série ‘The Hack: sur écoute’ retrace en sept épisodes l’affaire des écoutes téléphoniques de masse en Angleterre durant toute la première décennie de ce siècle. Un scandale dévoilé par le journal The Guardian qui a affolé tout le pays.

Des journalistes et détectives privés louches employés par le tabloïd The News of the World, propriété de Rupert Murdoch, soudoyaient des policiers, mais surtout, avaient mis en place un système de piratage des boîtes vocales des téléphones portables pour espionner illégalement tous les sujets de Sa Majesté.

Vendre du scoop à tout prix

Célébrités, famille royale, figures politiques ou vulgaires quidams, personne n’échappait à la surveillance du tabloïd qui poursuivait un unique but: vendre du scoop à un lectorat avide de révélations fracassantes ou d’affaires sordides.

Quand les écoutes ne suffisaient pas, fabriquer de fausses informations n’était pas un problème. Avec une belle photo floue retouchée et une légende accrocheuse, une rumeur placardée en première page devenait une information particulièrement vendeuse.

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Mais qu’y avait-il de pire? Ce commerce abject de la fake news ou le fait que Scotland Yard savait, mais n’a pas empêché ces écoutes illégales? Et quid de David Cameron, le Premier ministre conservateur en place qui a embauché l’ex-rédacteur en chef de News of the World pour diriger sa communication dès 2003? Et comment expliquer la timidité des Lords de la Chambre haute du parlement à empoigner cette affaire? Était-ce la peur pour certains d’être épinglés en une de News of the World? Ou était-ce le fait que ce système aussi lamentable soit-il faisait le jeu d’autres en détruisant les réputations d’adversaires politiques ?

Une mise en scène soignée

Au-delà du sujet, la série vaut aussi par sa mise en scène soignée. Régulièrement, le journaliste principal Nick Davis (David Tennant) brise le quatrième mur. La technique, certes éprouvée, s’avère ici indispensable pour distiller des clés de compréhension tant la quantité d’éléments complexes à assimiler est astronomique pour bien comprendre les rouages de ce scandale.

Le montage, plus discutable sur le second épisode qui semble sortir de nulle part à cause d’une continuité brisée sur un trop long laps de temps, offre néanmoins sur la durée de la série un ingénieux développement en trois axes menés en parallèle: l’investigation, la vie violée de certaines victimes et la défense du triumvirat: tabloïd, police, politiciens.

>> A écouter, une chronique sur les séries ‘The Hack ‘et ‘La ville nous appartient’ : Zone Critique : Deux séries britanniques à ne pas rater : ‘La ville nous appartient’ + ‘The Hack’ / Vertigo / 5 min. / lundi à 17:08 Robert Carlyle et Toby Jones au casting

Côté casting, Robert Carlyle incarne à merveille le seul intègre de Scotland Yard. En reprenant l’enquête d’un meurtre commis à la hache en 1987 sur un détective privé, il va découvrir la proximité toxique entre gradés de la police et dirigeants du tabloïd. Pas soutenu par sa hiérarchie, il sera la cible du journal, de même qu’Alan Rusbridger le rédacteur en chef du Guardian joué par l’excellent Toby Jones.

Dans la vraie vie, plus de quinze ans après, les procédures civiles se poursuivent encore et des figures comme le Prince Harry ou Hugh Grant continuent d’obtenir des réparations et des excuses publiques de la part de ces pseudo-journaux.

Philippe Congiusti/aq

‘The Hack: sur écoute’ de Jack Thorne, avec David Tennant, Toby Jones, Robert Carlyle. A voir sur arte.tv jusqu’au 11 juin 2027.