Par Toutatis ! La marque au losange se (re)lance dans l’armement. Le groupe de défense français Thales et le constructeur automobile lui aussi tricolore, Renault, ont annoncé, mardi 16 juin, avoir conclu un accord pour développer et produire conjointement le drone rodeur Toutatis, présenté en 2024 par Thalès. Dans leur communiqué envoyé à la presse, les deux partenaires indiquent qu’ils aimeraient lancer la fabrication à grande échelle de cet engin à courte portée dès 2027, avec jusqu’à 1 000 unités par mois au cours de la première année. Pour Thales, qui envisageait auparavant 3 000 Toutatis par an, avec une montée vers 10 000/an ensuite, ce partenariat permet justement de changer d’échelle.
L’enjeu est de bâtir une filière souveraine de drones, dans le cadre d’une économie de guerre. « Ce partenariat garantit ainsi à la France, un approvisionnement sécurisé et résilient en munitions et répond aux nouveaux besoins opérationnels et stratégiques des forces armées et à un enjeu de compétitivité », expliquent les deux groupes.
Loin d’être aussi puissant que son nom le laisse croire
Le Toutatis est une munition téléopérée (MTO) conçue pour frapper une cible après une courte phase de vol, lors des conflits dits de « haute intensité ». Ses caractéristiques restent toutefois relativement modestes. Capable d’opérer au sein d’un essaim de drones, ce petit avion sans pilote peut atteindre une cible située à 10 kilomètres, ou jusqu’à 30 kilomètres dans sa version à portée étendue. Pas plus. Il emporte en outre une charge militaire de « seulement » un kilogramme et vole à une vitesse maximale de 150 km/h.
L’arme se distingue très nettement du Chorus, programme de création de munitions téléopérées (MTO) de longue portée, annoncé par L’Usine nouvelle en janvier. Sur ce projet, basé sur le modèle du Flamingo ukrainien, la Direction générale de l’armement (DGA) a mandaté Renault et Turgis Gaillard, et il n’est pas question de produire la Chorus en masse.
Toujours est-il que le Toutatis ne sera pas capable d’opérer seul dans un conflit tel que celui qui endeuille l’Ukraine: l’engin ne peut pas frapper loin derrière les lignes ennemies, et désorganiser les lignes stratégiques éloignées du front.
De même, l’effort de rapidité de production est notable, mais les chiffres sont loins de ceux de Kiev, qui a produit 4 millions de systèmes robotisés en 2025 et semble en voie d’atteindre les 5 à 6 millions en 2026, selon le Council on Foreign Relations (CFR). Il est probable que l’accélération de la production du Toutatis soit simplement une phase de montée en puissance accélérée, destinée à anticiper une situation de guerre qui consommerait des dizaines de milliers de drones par mois.
Contactés par GEO, Thales et Renault n’ont pas répondu à nos sollicitations.
Le défi de transposer des méthodes automobiles à l’industrie militaire
Les industriels mettent toutefois en avant dans leur communiqué la polyvalence de la munition téléopérée Toutatis, décrite comme « polyvalente », puisqu’elle « peut être mise en œuvre par un soldat débarqué, et déployée depuis plusieurs plateformes (véhicule de combat, aéronef ou plateforme navale) ». Renault et Thales soulignent également qu’elle est « résistante au brouillage électromagnétique », « équipée d’une tête militaire interchangeable selon la mission » et « capable de neutraliser des cibles telles que des véhicules de combat, tout en maintenant l’Homme dans la boucle de décision ».
De même, l’intérêt du partenariat repose aussi sur une logique de production à grande échelle avec dans le cadre d’une filière « pleinement alignée avec les exigences de l’économie de guerre ». En somme, pour l’armée, son intérêt repose moins sur ses performances que sur sa capacité à être vite produit et en grande quantité.