Présentation de l’huile essentielle
La sarriette vivace (Satureja montana L.) fournit une huile essentielle (HE) phénolée dominée par le carvacrol, dont l’activité antibactérienne compte parmi les plus documentées. Plusieurs revues et méta-analyses consacrées au carvacrol et au thymol confirment une activité antibactérienne à large spectre, soutenue par de nombreuses études in vitro et quelques modèles in vivo, avec des effets constants sur des bactéries Gram positives et négatives, y compris des souches résistantes.
Les mécanismes d’action décrits sont convergents : altération rapide des membranes bactériennes, inhibition de la formation de biofilms et perturbation de la physiologie cellulaire, expliquant l’intensité et la rapidité de l’effet observé.
Une activité anti-infectieuse plus large est également décrite sur le plan expérimental (champignons, virus enveloppés, certains parasites), avec un niveau de preuve plus limité.
© DRDifférentes espèces
Deux espèces de sarriette sont principalement utilisées :
la sarriette vivace ou sarriette des montagnes : Satureja montana L. ;la sarriette d’été ou sarriette des jardins : Satureja hortensis L.
Il s’agit de deux plantes différentes, qui appartiennent au même genre botanique (Satureja, Lamiaceae).
Leurs HE présentent des profils moléculaires globalement voisins, dominés par des phénols (carvacrol et thymol).
Les deux plantes sont inscrites à la Pharmacopée française (liste A) au titre des drogues végétales (feuilles et sommités fleuries).
Les 5 points clés à vérifier sur le flacon
Nom vulgaire : sarriette vivace/sarriette des montagnes.
Nom latin : Satureja montana L.
Lieu d’origine où a poussé la plante : Europe (zones méditerranéennes, Balkans).
Organe producteur : parties aériennes fleuries.
Composition : carvacrol (≈ 40-55 %), p-cymène, γ-terpinène, thymol, β-caryophyllène.
Anti-infectieux en situations aiguës
L’HE de sarriette vivace est classée parmi les anti-infectieux aromatiques puissants. Son usage est principalement orienté vers des situations aiguës, nécessitant une action rapide et marquée chez l’adulte.
Elle présente notamment des actions antibactériennes majeures, anti-infectieuse à large spectre, antifongique, antiparasitaire.
Indications usuelles
Elle peut être utilisée, en complément d’une prise en charge médicale lorsque cela est nécessaire, dans :
les infections urinaires bactériennes (cystites) ;les infections otorhinolaryngologiques (ORL) d’origine bactérienne (angines, rhinopharyngites, sinusites) ;les infections digestives bactériennes ;les verrues (usage cutané localisé, avec précautions).
© DRPrécautions d’emploi
L’HE de sarriette vivace fait partie des HE puissantes et nécessite un encadrement rigoureux de son utilisation :
privilégier des doses réduites et une courte durée de traitement ;déconseiller la voie orale en cas d’antécédents de gastrite, d’ulcère ou de troubles digestifs inflammatoires ; prudence lors d’atteinte hépatique sévère ;éviter chez les sujets asthmatiques en raison d’une possible irritation bronchique ;par voie cutanée, utiliser uniquement de façon très localisée (verrues), diluer l’HE et protéger la peau saine ;déconseiller la diffusion, car elle peut être irritante pour les voies respiratoires.Vrai/faux sur la toxicité et la tolérance de la sarriette
► Vrai : la sarriette peut être irritante pour la peau et les muqueuses.
Son potentiel dermocaustique est réel. L’usage cutané doit être strictement localisé, dilué, et réservé à des indications précises, comme les verrues. Il est indispensable de protéger la peau saine.
► Vrai : la diffusion est déconseillée.
En raison de son caractère irritant, l’HE de sarriette vivace n’est pas adaptée à la diffusion, en particulier chez les personnes sensibles ou asthmatiques.
X Faux : son usage altère la flore commensale urinaire
Les données expérimentales et l’observation clinique ne montrent pas, à ce jour, d’impact majeur sur la flore saprophyte lors d’un usage court et encadré. Certaines approches cliniques suggèrent même un effet de régulation du microbiome urinaire, limitant l’expression de pathogènes opportunistes et des biofilms.
X Faux : la sarriette est hépatotoxique
Aucune hépatotoxicité aiguë n’a été mise en évidence aux doses usuelles recommandées. Les phénols (carvacrol, thymol) présentent même des propriétés antioxydantes documentées. La prudence reste toutefois de mise chez les sujets atteints d’une pathologie hépatique sévère, et la durée d’utilisation doit rester limitée.
Contre-indications
Femmes enceintes ou allaitantes, enfants de moins de 7 ans, patients épileptiques ou allergiques à un constituant.
Associations synergiques intéressantes
Pendant la phase curative
L’HE de sarriette vivace est fréquemment associée à une essence de citron, aux propriétés antioxydantes. Cette combinaison permet de réduire la dose de sarriette, tout en conservant l’efficacité recherchée. Elle ne repose pas sur une démonstration clinique formelle de protection hépatique, mais sur une pratique raisonnée et largement répandue.
En relais et en prévention des récidives
Après une phase curative courte avec l’HE de sarriette (environ 7 jours), un relais par des HE douces, mieux tolérées sur la durée, est recommandé, notamment l’HE d’arbre à thé ou de thym à thuyanol.
L’association avec des probiotiques peut être envisagée afin de soutenir l’équilibre de la flore.
Retrouvez la bibliographie complète sur le site lemoniteurdespharmacies.fr.
Pour aller plus loin
Demander le bulletin d’analyse à son fournisseur. Il permet de vérifier l’identité botanique, la partie de plante distillée, l’origine géographique, ainsi que la composition détaillée et les teneurs en molécules clés (notamment carvacrol et thymol).
Le bulletin d’analyse atteste également du respect des normes de qualité en vigueur : référentiels Pharmacopée, Association française de normalisation (Afnor)/Organisation internationale de normalisation (ISO). De nombreux laboratoires proposent actuellement un accès direct à ce document via leur site internet, à partir du numéro de lot figurant sur le flacon.
Bibliographie
Ouvrages de référence – Aromathérapie & Phytothérapie
Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales, J. Bruneton. Tec & Doc – Lavoisier.
Les données de l’évaluation, J. Bruneton. Lavoisier.
Plantes thérapeutiques, M. Wichtl, R. Anton. Lavoisier.
Plantes aromatiques, E. Teuscher, R. Anton, A. Lobstein. Lavoisier.
L’aromathérapie exactement, P. Franchomme, R. Jollois. Roger Jollois.
Traité approfondi de phyto-aromathérapie, H. Staub, L. Bayer. Grancher.
Aromathérapie, J. Valnet. Maloine.
Aromathérapie, D. Baudoux. Dunod.
Le guide des huiles essentielles, F. Couic-Marinier. Terre Vivante.
Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, M. Faucon. Sang de la Terre.
Essential Oil Safety, R. Tisserand, R. Young. 2nd ed., Elsevier.
Sources réglementaires et botaniques
Pharmacopée Française – Liste A : Satureja montana L., Satureja hortensis L. (feuilles, sommités fleuries).
Plants of the World Online (Powo) – Royal Botanic Gardens, Kew : validation des noms botaniques (Satureja montana L., Satureja hortensis L.).
ISO 4720 – Essential oils – Nomenclature.
ISO 9235 – Aromatic natural raw materials – Definitions.
ISO 7609 – Huiles essentielles – Analyse par chromatographie en phase gazeuse capillaire.
Études et revues spécifiques- Sarriette, carvacrol, thymol
Antibactérien / biofilms / mécanismes
Vitanza L. et al. Antimicrobial and antibiofilm activity of Satureja montana essential oil. Microbial Pathogenesis, 2019.
Rinaldi F. et al. Nanoemulsions of Satureja montana essential oil: antibiofilm effects. Antibiotics, 2021.
Maravić-Vlahoviček G. et al. Effects of Satureja montana essential oil on Pseudomonas aeruginosa virulence and biofilms. Pharmaceuticals, 2025.
Lambert R.J.W. et al. Mechanisms of action of thymol and carvacrol against bacteria. Journal of Applied Microbiology, 2001.
Miladi H. et al. Synergistic effects and efflux pump interactions of phenolic monoterpenes. Frontiers in Microbiology, 2016.
Revues / méta-analyses
Farhadi K. et al. Thymol and carvacrol: antibacterial, antibiofilm and synergistic effects. Frontiers in Pharmacology, 2024.
Mączka W. et al. Carvacrol: biological activities, mechanisms and safety. Nutrients, 2023.
Antifongique
Yuan X. et al. Essential oils including Satureja montana against Candida albicans. Scientific Reports, 2024.
Antiviral
Reichling J. Essential oils and enveloped viruses: mechanisms and limits. Planta Medica, 2022.
Mostafa-Hedeab G. et al. Thymol activity against Influenza A viruses. Scientific Reports, 2025.
Tolérance / sécurité
Tisserand R., Young R. Safety profiles of phenol-rich essential oils. Essential Oil Safety, Elsevier.
Latorre R. et al. Thymol and carvacrol: benefits and safety considerations. Cells, 2025.
Microbiote urinaire, biofilms et infections urinaires
Flores-Mireles A.L. et al. Urinary tract infections: mechanisms. Nat Rev Microbiol, 2015.
Lebeaux D. et al. Biofilm-related infections. Microbiol Mol Biol Rev, 2014.
Perez-Carrasco V. et al. Urinary microbiome. Front Cell Infect Microbiol, 2021.
Nicolle L.E. et al. Guidelines for asymptomatic bacteriuria. Clin Infect Dis, 2019.
Données cliniques – Aromathérapie & IU
Colls P., Chauvet P., Decreau C., De Bataille L.
Introduction de l’aromathérapie par voie orale dans la prise en charge des bactériuries en SSR : résultats cliniques et bactériologiques (2018–2021)
Communication scientifique, Phyt’Arom Grasse 2022 – Fondation Gattefossé