Le logiciel américain EPIC, destiné à équiper les hôpitaux vaudois, continue de diviser les députés du Grand Conseil. La commission chargée d’examiner le crédit d’un peu plus de 200 millions demandé par le gouvernement a rendu mardi un préavis positif, mais au terme d’un vote très serré qui dépasse le clivage gauche-droite.

La commission ad hoc du Grand Conseil a approuvé le projet par huit voix contre six et une abstention. Après six séances de discussions, les positions sont restées largement figées.

Un constat fait toutefois consensus parmi les députés: le système informatique actuellement utilisé pour le suivi médical des patients est devenu obsolète. Déployé il y a près de vingt ans, le logiciel Soarian doit être remplacé avant sa mise hors service prévue fin 2027.

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« Erreur stratégique majeure »

À l’issue d’un appel d’offres, le canton a choisi Epic, une solution déjà utilisée dans quelque 3000 hôpitaux, principalement aux Etats-Unis, pour équiper le CHUV et onze établissements de la Fédération des hôpitaux vaudois. Mais pour une partie des élus, ce choix constitue une « erreur stratégique majeure », selon les termes employés dans le rapport de minorité de la commission.

Les critiques portent d’abord sur la souveraineté numérique. Dépendre d’un fournisseur américain représenterait un risque important dans un contexte géopolitique incertain. Une députée contactée par la RTS s’interroge ainsi sur la possibilité de voir les accès au logiciel être suspendus du jour au lendemain.

Crainte d’une explosion des coûts

Cette inquiétude fait écho aux tensions récentes entre les Etats-Unis et certains de leurs partenaires, l’administration Trump ayant déjà utilisé des licences technologiques comme moyen de pression diplomatique.

Les opposants craignent également une explosion des coûts. Ils citent l’exemple du canton de Berne, qui a lui aussi opté pour Epic et a dû faire face à des dépenses plus élevées qu’initialement prévues. Une perspective qui inquiète particulièrement alors que plusieurs hôpitaux vaudois sont soumis à des mesures d’économies.

Des gains d’efficience mis en avant

Les partisans du projet jugent ces critiques excessives. Une députée favorable à Epic décrit les oppositions comme une forme d' »anti-américanisme un peu primaire ».

Selon elle, développer une solution propre au canton, à l’image de ce qu’a entrepris Genève, ne garantit ni des coûts inférieurs ni le respect des budgets annoncés.

Epic permettrait en revanche d’améliorer sensiblement l’efficacité du travail hospitalier. Le canton de Berne estime que son personnel soignant a gagné environ dix minutes de tâches administratives par heure travaillée grâce au nouvel outil, un temps qui peut être consacré davantage aux patients.

Sur la question de la souveraineté numérique, le Conseil d’État assure que les données des patients seront hébergées en Suisse et qu’aucune autorité étrangère n’y aura accès.

Baptême du feu pour Roger Nordmann

Malgré le préavis favorable de la commission, l’issue du dossier au Grand Conseil demeure incertaine tant les élus apparaissent divisés.

Le calendrier laisse toutefois peu de marge de manœuvre. Soarian sera débranché à la fin de l’année 2027, obligeant le canton à trouver rapidement une solution de remplacement.

Le dossier constituera aussi un premier défi politique pour Roger Nordmann. Le nouveau chef du Département de la santé devra convaincre une majorité de députés, y compris au sein de son propre camp, où les réticences restent nombreuses.

Yoan Rithner/hkr