« Ce n’est pas moi »: Donald Trump a tenté de se défendre lundi en rejetant toute responsabilité dans le fiasco du bassin réfléchissant de Washington. Mais ce miroir d’eau emblématique reflète surtout la méthode du président américain: urgence, règles contournées et résultats mitigés.
Le bassin, situé entre le mémorial Lincoln et l’obélisque dédié à George Washington, est un vieux casse-tête dans la capitale américaine. Fuites, algues, filtration, ce plan d’eau monumental se rénove difficilement.
L’administration Obama y avait déjà consacré plus de 30 millions de dollars, avec un chantier lourd étalé sur près de deux ans. Sans succès durable: les algues étaient revenues quelques semaines après la réouverture.
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La rénovation d’un monument de Washington tourne à l’affaire politique / 19h30 / 2 min. / mardi à 19:30 La promesse de régler le problème en un temps record
Donald Trump, lui, s’est saisi de cet échec pour promettre de régler le problème à sa manière: en un temps record, et pour moins de deux millions de dollars. Sur les réseaux sociaux, il a fait du bassin verdâtre un symbole de l’inefficacité démocrate, visant notamment Barack Obama et Joe Biden.
Puis le président a promis une rénovation expresse avant le 4 juillet, avec sa touche personnelle: un fond repeint en bleu profond, « la couleur du drapeau américain ». Les experts du patrimoine ont crié au scandale: le gris d’origine servait justement à refléter les monuments des alentours. Mais les travaux sont allés de l’avant, sans appel d’offres. Devisés au départ à 1,8 million de dollars, ils ont coûté près de 15 millions pour l’heure.
Le coût devrait encore augmenter, car des travaux supplémentaires sont à prévoir. Rempli il y a deux semaines, le bassin doit déjà être vidé, a annoncé le président. Le miroir bleu a viré au vert, envahi par les algues. Donald Trump fustige un acte de sabotage: des individus malintentionnés auraient jeté de l’engrais dans l’eau. Après traitement chimique, les algues sont aspirées. Mais le revêtement bleu patriotique pèle. Le chef de l’Etat évoque un nouvel acte de vandalisme: la peinture aurait été lacérée sur près de 100 mètres, toujours selon lui.
Les algues ont envahi le bassin situé entre le mémorial Lincoln et l’obélisque dédié à George Washington [KEYSTONE – JIM LO SCALZO] Des explications contestées
Les autorités disent avoir interpellé cinq personnes, soupçonnées de déprédations. Donald Trump a assuré face à la presse qu’elles feraient l’objet de poursuites. Mais peu de détails et aucune preuve n’ont pour l’heure été fournis pour étayer ces accusations.
L’un des hommes arrêtés, David Hearn, ancien athlète olympique de canoë-kayak, affirme avoir été appréhendé alors qu’il inspectait un morceau de revêtement qui flottait déjà à la surface.
Les explications officielles sont donc contestées. Les algues sont un problème récurrent dans ce bassin peu profond, particulièrement en été. Quant au revêtement, il a été posé dans l’urgence. Les travaux ont été chaotiques et le traitement chimique des algues a aussi pu avoir des conséquences.
Un homme nettoie le bassin rempli d’algues. [KEYSTONE – MARK SCHIEFELBEIN]
Au-delà de l’anecdote, le fiasco tombe mal pour Donald Trump, déjà bousculé par les inquiétudes économiques, l’inflation persistante et la guerre en Iran, dont il tente de s’extirper en catastrophe. Ce miroir d’eau, censé incarner une Amérique rénovée à la vitesse Trump, devient aujourd’hui le symbole embarrassant d’une présidence qui accumule les revers.
Sujet radio: Michael Peuker
Adaptation web: Julie Liardet