Une nouvelle enquête d’On en parle révèle que les promotions des supermarchés continuent de privilégier les produits transformés et les sucreries, même en juin, bien après les fêtes de fin d’année. Seulement 13% des offres concernent les fruits et légumes, contre 57% pour les produits à consommer avec modération.
En novembre 2025, On en parle avait réalisé une enquête inédite sur les actions en supermarché. La plupart des produits en promotion étaient des produits très sucrés ou très salés, gras ou transformés. Interrogées, les enseignes se voulaient rassurantes : selon elles, ce type de promotions était en lien avec la saison particulière des fêtes. Migros avait répondu que si l’enquête avait été réalisée en juin, plus de fruits et légumes auraient été trouvés en action. On en parle a décidé de vérifier.
>> À consulter également: : En novembre, seules 10% des actions des supermarchés concernaient des fruits et légumes
L’exercice a donc été répété en juin. On en parle a épluché les prospectus des actions des cinq mêmes enseignes: Coop, Migros, Lidl, Denner et Aldi, pour un total de 415 produits. Résultat: les fruits et les légumes ne représentent que 13% des promotions alors que 57% des actions concernent les sucreries, snacks, produits transformés et ultra-transformés.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Infographies.
Accepter Plus d’info
Lors de la période des fêtes de fin d’année, il y avait 6 fois plus d’actions pour des produits à consommer avec modération que pour des fruits et légumes. En juin, il y en a 4 fois plus. Il y a certes une petite amélioration, mais globalement le déséquilibre est toujours marqué.
Autre élément à relever : en novembre 2025, les produits céréaliers étaient les moins représentés, avec 11 actions pour du riz ou du pain sur 429. Un taux extrêmement faible à nouveau constaté en juin 2026. Pourtant, il est recommandé d’en consommer trois fois par jour, selon les recommandations nutritionnelles suisses.
Les résultats de l’enquête n’étonnent pas Daniela Goncalves, diététicienne et chargée de projet en alimentation à Unisanté. « Le marketing alimentaire cible majoritairement les aliments riches en sucre, en sel ou en graisses, généralement ultra transformés, quelle que soit la saison ou la période de l’année. On pourrait s’attendre à ce que la diversité des fruits et légumes de saison du mois de juin soit davantage mise en avant dans les supermarchés au travers de promotions. D’après vos résultats, certaines enseignes font un petit peu mieux, mais c’est une différence qui reste assez minime. »
La réaction des enseignes
Pour Migros, contacté par On en parle, le fait qu’il y ait 17 fruits et légumes en action en juin contre 10 en novembre corrobore la thèse saisonnière.
Coop soutient que ses promotions sont adaptées aux besoins de sa clientèle. Elle estime que l’enquête d’On en parle n’est pas représentative, dans le sens où toutes les actions ne sont pas prises en compte.
Le hard discounter Aldi assure de son côté être conscient de sa responsabilité envers la santé de sa clientèle en contrôlant et en optimisant en permanence les formules de ses produits selon des critères nutritionnels, notamment en réduisant les sucres ajoutés.
Selon Denner, les fruits et légumes se prêtent moins bien aux promotions parce que leurs prix peuvent varier d’une semaine à l’autre. Or, les actions doivent souvent être planifiées et commandées plusieurs mois à l’avance. Denner choisit donc de mettre en promotion les produits à longue conservation les plus demandés, qui peuvent être achetés en plus grandes quantités. Pourtant, la saison semble tout de même jouer un rôle puisque Denner explique qu’en été par exemple, les promotions portent davantage sur les produits pour grillades ou sur les glaces.
Enfin, Lidl explique que les articles en action sont surtout faits pour constituer des réserves, donc des produits censés bien se conserver. Quant aux fruits et légumes, s’ils se font rares dans le prospectus c’est parce qu’ils sont déjà proposés à des prix abordables, toujours selon Lidl.
Un enjeu de santé publique
« Le fait qu’il y ait ce déséquilibre dans les actions oriente l’alimentation des consommateurs et consommatrices vers des habitudes plus défavorables à la santé. À long terme, cela peut augmenter le risque de développer des maladies chroniques comme le surpoids, le diabète, l’obésité », poursuit Daniela Goncalves. « En Suisse, il faudrait adopter une réglementation qui encadre plus largement le marketing alimentaire et notamment les promotions, comme c’est le cas au Royaume-Uni depuis peu. »
Une enquête proposée par Marie Tschumi, Bastien von Wyss et Loris Humeau
Adaptation web: Myriam Semaani