Le Conseil fédéral a présenté mercredi son projet de réforme du cadre légal des services postaux. Si Syndicom y voit un « processus de démantèlement » annoncé, le directeur de La Poste salue jeudi dans La Matinale de la RTS une loi qui « permettra de s’adapter ». Il espère que l’essor du e-commerce, avec sa multitude de colis, permettra de compenser la disparition progressive du courrier.

Le Conseil fédéral a ouvert mercredi le processus de consultation sur une réforme de la loi sur La Poste pour l’horizon 2030. Elle introduit des « critères dynamiques » qui pourront notamment l’autoriser, à terme, à demander des allègements de son mandat afin de pouvoir « s’adapter aux nouvelles habitudes de la population et des entreprises ».

La Poste sera aussi autorisée à exercer des activités commerciales en dehors du service universel. Ces activités devront garder un « lien étroit » avec les activités principales, et rester moins importantes que ces dernières.

Lettres mortes?

L’un des grands principes de la réforme introduit donc des valeurs seuils. Si elles sont atteintes, le service universel pourra être revu.

Ces dix dernières années, par exemple, le volume des lettres a diminué d’un tiers et les versements en espèces au guichet de deux tiers, et la tendance devrait se poursuivre, note le gouvernement. Les lettres ont été encore environ 1,2 milliard à transiter par un centre de tri l’année passée. Mais si ce nombre devait passer en dessous de 800 millions – ce qui paraît inéluctable – La Poste pourra demander de réduire la distribution à trois jours par semaine au lieu de cinq.

Invité jeudi de La Matinale de la RTS, le nouveau directeur général de La Poste Pascal Grieder, passé notamment chez McKinsey puis à la tête de Salt avant de prendre ses fonctions en novembre, salue ces réformes qui « créent des mécanismes pour s’adapter ».

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« Ces dix dernières années, nous avons perdu presque un milliard de lettres en Suisse, et cette diminution va continuer et s’accélérer. On va commencer à perdre beaucoup d’argent, on parle de 85 millions par année. Donc il faut réagir pour garder un service stable et un niveau de prix bas », estime le Bâlois établi dans le canton de Vaud.

Et même si La Poste verse annuellement 150 millions de francs de dividendes à la Confédération et qu’elle a présenté en 2025 des comptes bénéficiaires de 20 millions, ces montants « ne suffisent pas pour soutenir toute l’activité » à long terme », affirme-t-il.

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Il explique aussi que l’entreprise utilise déjà d’autres activités rentables pour tenter de financer le service de livraison du courrier universel. « On a quatre leviers: créer de la nouvelle croissance, ajuster les prix, réduire les coûts internes et réduire les coûts liés au service universel. Et il faut utiliser les quatre et ainsi créer un équilibre. Si je n’utilise pas certains leviers, je dois activer les autres avec beaucoup plus de force. »

Il souligne aussi que les seuils ne signifient pas des abandons automatiques. « Si on arrive à ce point, La Poste pourra demander une diminution du service universel. Après, le Conseil fédéral décidera s’il accepte ou non la demande. »

« Démantèlement programmé » du service public

Ces cautèles ne convainquent pas le syndicat de la branche (Syndicom), qui dénonce un « tableau sombre du recul des paiements et du courrier » qui ne tient, à l’inverse, « pas compte de l’essor des colis et des nouvelles opportunités offertes par l’offre numérique ».

Syndicom fustige un « processus de démantèlement » annoncé et une loi qui « privera le Parlement et la population de leurs possibilités de codécision ». Il estime que les « critères dynamiques » créeront des incitations à affaiblir le service universel existant, menant in fine au « rapide démantèlement » du service public.

« Il faut mettre quelque chose au clair », rétorque Pascal Grieder: « D’après les simulations que nous avons faites, sur les lettres, on parle d’un changement aux alentours de 2035. Donc c’est assez loin, on parle vraiment d’un monde différent. Et à ce moment-là, on pourra réduire la fréquence de livraison des lettres. »

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Rester « la meilleure poste au monde »

Interrogé sur l’impact potentiel sur l’emploi, il évacue: « À ce stade, honnêtement, ce n’est pas clair. Peut-être que la demande d’employés du côté des colis sera plus forte que la diminution du côté des lettres, donc peut-être qu’on n’aura pas vraiment de problème du tout. Je ne sais pas, on verra ».

La Poste compte pour cela sur l’essor de l’e-commerce: « Nous nous positionnons pour un avenir où la croissance des colis compensera la diminution des lettres. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais j’espère qu’on y arrivera dans quelques années ».

Il se défend également de toute intention d’affaiblir les prestations pour atteindre ces seuils plus rapidement. « Nous sommes très fiers de nos prestations, qui sont depuis longtemps bien au-dessus du service universel. Pour nous, la qualité est centrale, la satisfaction des clients aussi. On veut rester la meilleure poste du monde. »

Pierrik Jordan avec ats

Propos recueillis par Pietro Bugnon