À l’occasion des 250 ans de l’indépendance des États-Unis, le musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne (MAMC) propose « une saison américaine », comme l’annonce Aurélie Voltz, la directrice du musée : « Nous n’avons pas demandé de subvention au gouvernement des États-Unis, nous ne sommes pas labellisés “250”. On s’est octroyé une carte blanche afin de garder notre indépendance et mettre en avant une autre histoire des États-Unis que celle de l’administration Trump, celle d’un pays d’accueil et d’artistes qui ont porté l’humanisme. »
L’occasion de rendre un bel hommage à l’artiste Frank Stella (1936-2024).
Frank Stella, « 60 ans de création de cet artiste américain majeur »
« Il s’agit de la première exposition qui lui est consacrée depuis sa disparition en 2024 », précise Alexandre Quoi, commissaire de cette exposition avec l’aide de la fille de l’artiste, Rachel Stella. « Le challenge a été de représenter plus de soixante ans de création de cet artiste américain majeur », ajoute-t-il.
Grande figure de l’abstraction, Frank Stella présente la particularité d’avoir connu le succès très jeune. La première section de 1936 à 1969, s’intéresse aux débuts de l’artiste : « Il est présenté comme un monstre sacré, mais d’où vient Frank Stella ? Quelles ont été ses sources d’inspirations ? » Le premier espace permet de répondre à ces questions avec un dialogue entre ses premières œuvres et ses influences. Dès 1958, l’œuvre Morro Castle préfigure de ce que va devenir la première grande série de l’artiste avec ses peintures à bandes noires.
« Comme si le relief s’échappait du mur »
Déjà reconnu, Frank Stella ne s’arrête pas en si bon chemin et continue de casser les codes. Il découpe le châssis et change les formes de la toile : « Il crée une dynamique dans la peinture. Il joue avec les formes géométriques et des couleurs vives. »
L’artiste qui s’est fait connaître par un jeu autour du noir passe ainsi à des œuvres monumentales, volontairement décoratives. À partir des années 1980, Frank Stella va plus loin en faisant sortir l’œuvre de la toile avec des pièces en trois dimensions en bois ou en aluminium.
Un monstre sacré et un pionnier
Dans les années 1990, il continue de faire évoluer son travail en utilisant les nouveaux outils à sa disposition. « Il recourt à des logiciels informatiques afin de modifier et générer de nouvelles configurations d’images, tels des collages ou des fragments qu’il transpose sur la toile. Il s’approche d’une esthétique plus techno et électro », détaille Alexandre Quoi. Quand arrive l’imprimante 3D, « il s’en saisit pour fusionner peinture et sculpture, comme si le relief s’échappait du mur ».
En 2022, à 86 ans, quand les NFT (œuvres virtuelles) débarquent, il parvient encore à casser les codes en proposant une œuvre imprimable et modulable : « Il a eu jusqu’au bout cette capacité d’invention, au gré des différentes technologies et des courants artistiques. » Un monstre sacré mais indiscutablement, aussi un pionnier.
Flying colors : 160 œuvres d’ascension de l’art états-unien
Cette « saison américaine » permet également au MAMC de montrer les collections en lien avec celles d’un établissement de Minneapolis, dans le Minnesota, état du nord des USA.
Flying colors réunit ainsi 160 œuvres à travers six sections pour retracer l’ascension de l’art états-unien. Un voyage qui débute en 1933 et « qui permet de comprendre comment le centre névralgique de l’art va se déplacer peu à peu de l’Europe aux États-Unis », précise Aurélie Voltz, commissaire de cette exposition. Flying colors présente différents courants avec le minimalisme, la critique de la publicité et de la multiplication des images avec le Pop-art, les alertes sur les désastres écologiques avec Robert Rauschenberg ou encore les différentes manières de dénoncer des artistes américains. Un voyage complet et total.
Après plusieurs mois de travaux, le musée rouvre donc ces portes avec ces trois expositions : « Nous avons une réserve flambant neuve, isolée, avec tout ce qu’il faut. À la hauteur du musée et de nos œuvres. » Ces nouvelles expositions, aussi, sont à la hauteur.
Frank Stella, Minimal/maximal et Flying colors, dialogue avec les collections du Minneapolis institute of art, au musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne, jusqu’au 3 janvier.
À déchiffrer, pour montrer « les invisibilisés » de la collection
Montrer différents pans de la collection d’environ 23 000 œuvres du musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne (MAMC) en mêlant pièces emblématiques d’artistes reconnus comme Jean Dubuffet ou Joan Miró, avec des acquisitions récentes et des œuvres peu ou jamais présentés. Telle est l’ambition de Zoé Marty, conservatrice du patrimoine et commissaire de l’exposition À déchiffrer, suivre les traces dans les collections, à découvrir dès ce samedi et jusqu’au 3 janvier. « J’ai voulu questionner l’anonymat de l’artiste en présentant les invisibles de la collection », ajoute-t-elle.
Cette exposition met ainsi en avant 35 artistes femmes, 23 hommes et 12 inconnus : « Il est possible de déjouer les déséquilibres de la collection par la sélection. » Les traces permettent à Zoé Marty de présenter la collection à travers le passé, le présent mais aussi le futur avec des artistes émergents : « Les traces permettent aussi de penser l’avenir ! »
Ouverture gratuite exceptionnelle du MAMC : l’art d’échapper à la canicule
En raison des fortes chaleurs, l’accès du musée d’Art moderne et contemporain (MAMC) sera gratuit pendant toute la durée des périodes de vigilance canicule de niveau orange ou rouge décrétées par Météo-France. Le MAMC souhaite « offrir aux visiteurs un espace de respiration, de confort et de découverte culturelle lorsque les températures deviennent particulièrement élevées ». Un bon moyen de découvrir les nouvelles expositions en profitant de la climatisation des lieux. La gratuité interviendra lors de chaque journée concernée par une vigilance canicule orange ou rouge. Ce sera au moins le cas ce week-end d’ouverture.
Le musée est ouvert tous les jours (sauf le mardi), de 10 à 18 heures, et jusqu’à 18 h 30 le week-end.