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Que voit-on vraiment dans une rue? Un trottoir, une façade, un banc, quelques arbres. La scène paraît ordinaire, presque neutre. Pourtant, à bas bruit, l’espace urbain se révèle trop souvent hostile. Pour une personne à mobilité réduite, un ressaut peut devenir frontière. Pour une personne âgée, une signalétique confuse transforme parfois un trajet du soir en inquiétude. Pour d’autres, l’absence de signes d’accueil suffit à produire une exclusion discrète. La ville se donne à toutes et tous, mais elle ne se laisse pas habiter par chacune et chacun de la même manière.

A Montréal, Shin Koseki observe ces écarts. Professeur adjoint à la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, titulaire de la chaire Unesco en paysage urbain et membre affilié au Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle, il travaille à la rencontre de l’urbanisme, du design, des sciences sociales et des modèles algorithmiques. Sa formation à l’EPFL donne à ses recherches une résonance particulière pour la Suisse romande. Car derrière le laboratoire montréalais et ses travaux sur l’intelligence artificielle, ce sont aussi certaines certitudes concernant l’aménagement du territoire qui se trouvent bousculées: que valent nos outils lorsqu’ils laissent de côté une partie de celles et ceux qui vivent la ville?