Le peuple ayant accepté de réviser le système de l’asile en 2016, les centres fédéraux pour requérants sont nés de cette réforme. Quel bilan tirer, dix ans après la votation? L’anthropologue Megane Lederrey a mené une enquête de terrain aux résultats critiques. Elle décrit un quotidien qui présente des similitudes avec l’univers carcéral.
Barbelés, couvre-feu, isolement géographique, agents de sécurité à chaque recoin, fouilles corporelles et promiscuité: voici le décor du livre « Les centres fédéraux d’asile » paru ce mois aux éditions La Veilleuse. On y lit le témoignage d’Akbar, un ancien requérant, qui compare sans détours l’établissement par lequel il est passé à une prison.
Dans son ouvrage, Megane Lederrey décortique un système qui a, selon elle, glissé de l' »accueil social » à « un fonctionnement disciplinaire et sécuritaire ». Son enquête, menée à Boudry (NE), à Vallorbe et aux Rochats (VD) auprès d'(ex-)résidents et d’employés épingle une institution qui « dépossède » les requérants et requérantes de leur quotidien.
Le centre d’asile de Boudry, en avril 2023. [KEYSTONE – GABRIEL MONNET]
Vivre dans l’un de ces centres, c’est faire une croix sur son autonomie: « Les requérants d’asile ne peuvent pas cuisiner et n’ont pas accès à ce dont ils ont besoin. Ils doivent demander pour tout. Les employés sont donc sans arrêt sollicités », décrit l’anthropologue, spécialiste de la migration.
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Des problèmes de santé mentale
Résultat, les centres « génèrent une forte souffrance psychique chez beaucoup de personnes », affirme Megane Lederrey. « Au lieu d’avoir un accès aux soins qui permettant de la gérer, il n’y a que très peu de consultations médicales et pas de suivi psychothérapeutique. On gère cela par des médicaments, qui rendent dépendant et qui créent une série de problématiques en chaîne », déplore la chercheuse.
Il faudrait les loger dans des appartements ou de petits centres
Megane Lederrey, anthropologue
Après un parcours migratoire traumatisant, vivre dans un endroit stable et sécurisé est une nécessité. Selon l’anthropologue, ces conditions ne sont pas remplies dans les centres fédéraux.
D’autres lieux de vie demandés
Que propose Megane Lederrey pour améliorer la situation? « Au lieu de mettre 680 personnes dans un même centre, comme cela a été le cas à Boudry, il faudrait les loger dans des appartements ou de petits centres. C’est le concept du ‘logement d’abord’, qui préconise un lieu sûr, un espace à soi, pour pouvoir avoir une vie sociale et un état de santé psychique un peu meilleur », fait-elle valoir.
Le centre d’enregistrement et de procédure de Vallorbe, en 2018. [KEYSTONE – VALENTIN FLAURAUD]
Avec son enquête, Megane Lederrey livre une critique sévère des centres fédéraux d’asile. Que répond le Secrétariat d’Etat aux migrations, qui supervise ce système? La Matinale de la RTS l’a invité à venir présenter sa vision, mais il n’a pas pour l’heure répondu aux sollicitations.
Propos recueillis par Pietro Bugnon
Texte: Antoine Michel