À 56 ans, la sculptrice cavaillonnaise Myriam Paradisi a enfin obtenu la reconnaissance de son talent, dans sa ville natale. Depuis début février, suite à la réhabilitation de la place Philippe-de-Cabassole, impossible en effet de ne pas remarquer cette grande sculpture représentant un couple dansant, constituée de dizaines de milliers d’écrous soudés.
Sa taille, d’abord, (près de 4 m en tout) impressionne, autant que son poids supposé (450 kg). Mais paradoxalement, l’attitude des personnages évoque plutôt un sentiment de légèreté. Sans oublier la performance artistique qui ne peut que susciter l’admiration. Cette sculpture monumentale est l’œuvre d’une artiste dont la réputation, y compris internationale, n’est plus à faire. Rencontre.
Comment est né ce projet ?
Il s’agit d’une commande publique. Le maire, Gérard Daudet, souhaitait implanter une œuvre artistique au centre de la place rénovée. Il voulait donner la priorité à une artiste locale. C’est ainsi que j’ai été sollicitée.
Quelle a été l’origine de votre inspiration ?
Pour moi, c’est un symbole d’élévation. Ce couple évoque l’amour inconditionnel, universel, la danse de la vie. C’est aussi l’essor de l’être humain vers quelque chose d’inaccessible.
Combien de temps a pris sa conception ?
Plusieurs mois. Cela a été du « non-stop » depuis septembre ! La difficulté était grande, cela a nécessité des centaines d’heures de travail : c’est très physique.
Parlez-nous un peu de votre parcours personnel.
J’ai toujours eu besoin de travailler la matière, de retranscrire tout ce qui touche à l’âme. Je suis avant tout une autodidacte : j’ai découvert la sculpture à 19 ans. J’ai débuté en travaillant à « Pierres du Luberon », puis je me suis exilée aux Pays-Bas.
À Amsterdam, je continuais à sculpter, mais c’était devenu un hobby. Je suis mariée à un Hollandais, lui aussi sculpteur, il m’a beaucoup appris. Comme on me disait douée, j’ai eu l’idée de m’attaquer au marbre, d’abord à Carrare, où j’ai séjourné une année.
Comment êtes-vous passée du marbre au métal ?
Au bout de douze ans, pour moi, le marbre, c’était devenu trop dur. J’ai alors appris la technique de la bronzerie, jusqu’à ma rencontre, à mon retour, avec un apiculteur. La vue des alvéoles de ses ruches m’a donné l’idée de juxtaposer des écrous pour constituer mes figures, monumentales ou non.
L’alliance du clair-obscur que génère la fusion du métal ajouré représente la flamme intérieure que chacun possède.
« La Grande danse » constitue pour vous une sorte d’aboutissement. Avez-vous d’autres projets ?
En ce moment, à Goult, vous pouvez voir une exposition à ciel ouvert où je présente huit œuvres monumentales sur le thème de l’Ascension, jusqu’à fin octobre. C’est le mariage des vieilles pierres avec le métal. Mais j’ai de nombreuses autres commandes, y compris à l’étranger !