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28 juin 2026 à 12h32
Guy Joseph Marie de Villardi de Montlaur est né le 9 septembre 1918 à Biarritz. La famille de Villardi, dont est issue le peintre futur commando marine, a pour origine une famille anoblie en1354 puis en 1698.
Elle s’installe à Avignon dès la fin du XVIe siècle. En 1748, elle s’allie à l’héritière de la famille de Montlaur. Le château de Montlaur (XIe siècle) est situé à 20 km au nord-est de Montpellier. Guy de Villardi de Montlaur est ainsi issu de la branche féminine aînée de la maison languedocienne de Montlaur.
Il est brésilien par ses ancêtres maternels qui venaient de la région de São Paulo et de Bahia et il avait aussi du sang indien. Il commence à peindre très jeune. Entre 1936 et 1938, tout en étudiant la littérature et la philosophie à la Sorbonne, il fréquente l’atelier d’Emmanuel Fougerat puis l’Académie Julian.Il travaille avec un grand peintre, Jean Souverbie et l’accompagne même à l’Exposition universelle de 1937 au Palais de Chaillot.
En 1937, il rencontre une jeune américaine, étudiante en arts, qu’il épouse à Londres six ans plus tard. En octobre 1938, juste après les accords de Munich, il part effectuer son service militaire.
De nombreux raids
Le 3 septembre 1939, Guy de Montlaur se trouve sur le front au moment de la déclaration de guerre. Il fait partie du 3e régiment de hussards basés à Sarreguemines, avec le 15e groupe de reconnaissance de corps d’armée.
Dès le début du conflit, il participe, à de nombreux raids dans la Sarre allemande, notamment à Klienblittersdorf et dans la partie allemande de Bliesbruck.
Son unité fait partie des Corps Francs. Un avant-goût de ce qui l’attend chez les bérets verts quelques années plus tard ! À partir du 17 octobre. Il est sous les ordres du capitaine de Castries, le futur commandant de Dien Bien Phu en 1954. En juin 1940, pendant la débâcle, Guy de Montlaur se bat contre l’envahisseur, il quitte son unité à Limoges deux jours après l’armistice concédé par Pétain. Il n’a qu’une idée en tête : lutter contre les nazis.
En 1942, après avoir traversé l’Espagne franquiste, il rejoint Lisbonne. Au Portugal, pendant trois mois, il travaille pour le MI 6, les services secrets anglais.
L’impitoyable stage commando
Il rejoint la France Libre, à Londres en octobre 1942. Il est intégré à sa demande au 1er Bataillon de Fusiliers Marins des Forces Navales Françaises Libres. Il se porte volontaire pour les commandos et suit l’impitoyable stage à Achnacharry, au nord de l’Ecosse. Coiffé du béret vert, le 6 juin 1944, il participe au débarquement de Normandieavec les 177 français du commando Kieffer intégrés au Numéro 4 commando de la Première Brigade Spéciale du brigadier général Lord Lovat.
Guy Vourc’h qui commandait sa troupe (la troop 1) lors du débarquement dira de lui, dans son éloge, lors de l’enterrement de Guy de Montlaur, le 13 août 1977 au cimetière de Ranville : « Je le vis arriver au début de 1943, et lui offris dʼentrer dans les Commandos, version moderne de la cavalerie, arme des reconnaissances, des coups de main audacieux. Nous ne nous sommes plus quittés. Chef de groupe, puis chef de section, ensemble, avec le commandant Kieffer, avec Lofi, Hattu, Chausse, Bégot, Wallerand, nous avons forgé cet instrument dʼattaque qui devait avoir lʼhonneur dʼêtre choisi pour débarquer le premier, ici-même, sur le sol de France. Tous les officiers de ma compagnie blessés, cʼest lui qui en prit le commandement. Puis ce fut Flessingue et Walcheren. Blessé à mes côtés, il refuse de se laisser évacuer. Son courage touchait à lʼinsolence ; il était humiliant pour lʼennemi : sept citations et la Légion d’Honneur à 25 ans ! »
Blessé par un obus allemand
Le 1er novembre 1944, il participe au débarquement allié de Flessingue, en Hollande. Il est blessé quand sa barge de débarquement est touchée par un obus allemand. L’opération, menée contre un ennemi dix fois supérieur en nombre, fut un succès total. Elle ouvrit l’Escaut aux troupes alliées et leur permit l’accès au port d’Anvers ainsi qu’au nord de l’Allemagne, ouvrant la route de Berlin et accélérant ainsi la fin de la guerre.
Guy de Montlaur est d’ailleurs cité par Cornelius Ryan, dans son livre The Longest Day (Le jour le plus long). Son rôle est également interprété par l’acteur Georges Rivièredans le film produit en 1962 par Darryl Zanuck.
Il peint sans relâche
Après la guerre, Guy de Montlaur part avec sa femme Adelaide aux États-Unis, il étudie à l’Art Students League de New York et peint sans relâche. Après deux ans passés en Amérique, il rentre en France, où il restera jusqu’à la fin de ses jours.
Les peintures de Montlaur suivent fidèlement les règles des cubistes du groupe de la » Section d’Or « . L’ancien commando peint avec rigueur, précision et laisse une œuvre abondante. Tout en ayant l’esprit créatif.
Il rentre des États-Unis en 1948 et s’installe à Nice jusqu’en 1953. Il passe son temps entre la Côte d’Azur et Paris où il retrouve ses amis du groupe dynamique des » Réalités « , avec de grandes signatures comme Poliakoff, Soulages… La première exposition solo de Montlaur a lieu en mars 1949 à la Galerie Lucienne-Léonce Rosenberg. Le Musée d’Art Moderne de Paris fait d’ailleurs l’acquisition d’une de ses œuvres.
» Laissez toujours la porte ouverte «
Il s’inspire aussi de Vassily Kandinski. Gino Séverin lui dira d’ailleurs : « Je suis persuadé que cette période d’abstraction vous sera utile. Mais laissez toujours la porte ouverte. »
Guy de Montlaur, soldat d’élite pendant la guerre, devient un grand peintre et côtoie les plus grands. Sans jamais s’endormir dans le confort de la facilité. Il se renouvelle. La marque des grands…
En 1953 Guy de Montlaur et sa famille s’installent à Fontainebleau.
Sa peinture est devenue progressivement plus géométrique et plus plane. Il troque le pinceau contre le couteau à palette. Il rompt les formes et les contours. Il s’inspire de Guillaume Apollinaire qui l’a accompagné pendant tous ses combats pendant la guerre : il avait avec lui son livre Alcools dans son sac quand il débarqua le 6 juin 1944 à Colleville-sur-Orne; l’ouvrage portait d’ailleurs les traces d’eau de mer.
Un combat spirituel intime
Ses blessures au visage occasionnées par des éclats d’obus lors du débarquement de Walcheren, en novembre 1944, le font souffrir et l’empêchent de dormir.
Les médecins ne peuvent pas l’opérer pour enlever les multiples fragments de tungstène qui se sont fixés dans l’œil. Montlaur choisit de transcender sa douleur physique et spirituelle en augmentant son activité créatrice. Sa peinture devient mystique (La chute de l’ange, 1960) et relate un combat spirituel intime.
En 1961, Guy de Montlaur reprend du service à la Marine, d’abord au Bataillon de Joinville, puis, en 1963, au Service Historique de la Marine, à Paris. Le peintre y consacre toute son énergie, au détriment de son art.
Pendant neuf ans, il peint la nuit, le week-end et pendant ses congés passés en Bretagne avec sa famille. Paradoxalement, ces courts moments de tranquillité voient exploser sa production.
Entre Paris et la Normandie
En 1974 Guy de Montlaur achète une propriété près de Lisieux, pour selon lui, se rapprocher de la région qui l’a tant marqué en 1944. Il passe les dernières années de sa vie entre Paris et la Normandie se consacrant entièrement à sa peinture.
Guy de Montlaur s’est éteint le 10 août 1977 à Garches. Il est enterré au cimetière de Ranville.Il repose à côté de frères d’armes dont l’aumônier du Commando Kieffer, René de Naurois, qui le maria, avec Adelaide le 21 août 1943 à Londres.
Dans notre prochaine édition : Les frères Roosevelt morts au champ d’honneur. Sans doute avec celles des frères Niland, les sépultures des frères Roosevelt, Quentin et Théodore, sont les tombes les plus visitées du cimetière américain de Colleville-sur-Mer. Quentin est mort en France en 1918, Théodore le 12 juillet 1944, dans la Manche.
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