A Lausanne, le Festival de la Cité s’offre une invitée de choix côté musiques pour sa 54e édition gratuite qui se tient du 30 juin au 5 juillet. Son album ‘Furèsta’ a fait sensation en Italie. Napolitaine, entre chants traditionnels et pop contemporaine, la phénoménale La Niña se produit le mardi 30 juin. Portrait.

Elle s’appelle La Niña. Un nom d’artiste. A consonance flamenca, mais c’est plutôt du côté de la météorologie qu’il faut chercher les origines du changement de patronyme de Carola Moccia, Napolitaine qui ne mâche pas ses mots et a choisi de chanter en dialecte.

Au téléphone pour l’émission L’Echo des pavanes du 20 juin, elle nous parle de ce nom qui claque comme une paire de talons sur un parquet de danse: « Il y a quelques années, je lisais les nouvelles à propos du phénomène naturel La Niña. C’est l’exact contraire de l’ouragan El Niño. J’ai trouvé génial de prendre ce terme comme nom d’artiste. C’est exactement ainsi que je souhaite ma musique: qu’elle soit un phénomène naturel s’exprimant librement dans toutes les directions possibles. »

Et la chanteuse italienne d’ajouter: « La nature est l’élément le plus puissant qui puisse exister. J’ai pensé que ce nom me donnerait de la force et pourrait me libérer. J’aime aussi l’idée de son hispanité. Elle me relie à mes ancêtres. Naples a connu deux siècles de domination espagnole et nos musiques traditionnelles sont très influencées par la culture espagnole ».

La chanteuse a grandi au pied du Vésuve

Lorsque vous grandissez au pied du Vésuve, à San Giorgio a Cremano et que vous choisissez de revenir à Naples après des études milanaises pour vous établir en plein milieu des champs Phlégréens, à l’ouest de la ville, là où jaillissent en permanence le soufre des entrailles de la terre, vous avez forcément un lien particulier avec Dame Nature.

La Niña raconte: « Vivre en face un volcan très grand et particulièrement dangereux vous enseigne un devoir de reddition face à la nature (…) Il est important d’apprendre que nous ne sommes pas au centre de tout. Nous sommes juste une partie de quelque chose de bien plus grand que nous ».

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Un virage radical

Chanteuse accomplie, passée par un premier album très pop et électronique (‘Vanitas’ en 2023) après avoir été voix anglophone du duo électro pop-world Yombe avec son compagnon et producteur Alfredo Maddalauno, La Niña a pris un virage radical avec son nouvel album ‘Furèsta’. L’an passé, ce disque a littéralement secoué l’Italie, révélant une artiste capable de concilier ses racines napolitaines avec un répertoire à vocation internationale.

Les instruments pop n’ont pas disparu. Ils ont dû faire de la place aux polyphonies et à un instrumentarium hérité des siècles passés: « J’ai appris par moi-même à jouer ces anciens instruments, en particulier la tammorra et la chitarra battente, un modèle de guitare très ancien à cinq doubles cordes (…) Je dois avouer que ces différents instruments m’ont appris à rester humble. Ils résistent à votre corps et ne s’adaptent pas. C’est à vous de vous adapter à eux. On pourrait penser qu’ils sont simples parce qu’ils viennent de la campagne ou sont très anciens. Or, c’est exactement le contraire. Ils demandent de la patience et de la friction. Les instruments contemporains que j’utilise habituellement sont des facilitateurs. Les anciens instruments m’ont enseigné le fait que les sons sont aussi le fruit d’une sorte de négociation. Une conversation plutôt qu’une domination ».

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Empoigner les clichés

Ce qui frappe aussi chez La Niña, c’est une volonté d’empoigner et d’embrasser à la fois les clichés apposés sur le Sud. Regardez ses clips sur YouTube, ils ont un impact visuel très fort, qu’il s’agisse de la pauvreté, de la religion ou du crime. Mais pas question pour La Niña de broder de l’exotisme.

La chanteuse indique avoir « voulu mettre en lumière quelque chose qui se répand dans les milieux créatifs et me semble dangereux: la glamourisation de la pauvreté et des problèmes de la partie sud du monde. J’ai voulu montrer des sortes de funérailles de notre culture (…). C’est le sentiment que nous partageons en constatant que nos problèmes restent irrésolus et que notre gouvernement est absent. Nous avons pris l’habitude d’entendre des gens chanter des chansons joyeuses sur une situation qui ne l’est pas du tout. »

Loin de se plaindre de la situation, en tant qu’individu ou en tant qu’artiste, La Niña fait pourtant des constats désolants concernant l’Italie: « Le racisme reste très présent dans notre pays. Nous avons un grand problème et toujours un grand écart entre le Nord et le Sud. En apparence tout va pour le mieux et notre pays semble uni. Il y a pourtant de très nombreuses différences culturelles et le problème de l’industrie n’a jamais été résolu. Les usines se trouvent au Nord et du coup, nous avons toujours cet exil des jeunes parce qu’ils ne trouvent pas de travail là où ils vivent. C’est triste. Depuis 2020, Naples est partout, très glamour. C’est l’endroit où aller. Mais il n’y a pas d’argent ici ».

Thierry Sartoretti/sf

La Niña en concert au Festival de la Cité, scène Le Grand Canyon, le 30 juin 2026. 54e édition du Festival de la Cité, du 30 juin au 5 juillet 2026.

La Niña, ‘Furèsta ‘ (BMG Italy). Paru le 21 mars 2025.