C’est un véritable évènement : le centre Pompidou expose aux Franciscaines à Deauville (Calvados). Dans le cadre du vaste chantier de rénovation de ce centre national jusqu’en 2030, des expositions sont organisées hors les murs. « Raoul Dufy, la mélodie du bonheur » est la première de ce partenariat puisqu’une deuxième sera dévoilée sur la photographie à l’automne.

Le legs de sa femme

Il s’agit d’une rétrospective de Raoul Dufy un peu particulière car elle puise uniquement ses œuvres dans le fonds conservé du musée national d’art moderne, créé en grande partie par le legs de son épouse Émilienne en 1963 , explique Christian Briend, conservateur général et chef du service des collections modernes du Centre Pompidou. On peut faire des focus sur des aspects moins connus de l’artiste. L’une de ses caractéristiques est d’être un touche-à-tout, c’est un peu un caméléon, avant de trouver un style propre à partir du milieu des années 1920. Une centaine d’œuvres sont exposées en dix sections chronologiques et thématiques.

Ses origines : l’impressionnisme

Christian Briend, le conservateur général de l’exposition, monte une œuvre de Raoul Dufy « Les affiches de Trouville », l’un des premiers tableaux qui montre la publicité dans le milieu urbain. | OUEST-FRANCE
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Christian Briend, le conservateur général de l’exposition, monte une œuvre de Raoul Dufy « Les affiches de Trouville », l’un des premiers tableaux qui montre la publicité dans le milieu urbain. | OUEST-FRANCE

Il faut savoir que Raoul Dufy est né au Havre dans une famille de musiciens. Il a fait ses premières études à l’école municipale des beaux-arts sous la direction d’un artiste qui avait fréquenté Claude Money, Charles Lhullier , explique Christian Briend, spécialiste de l’artiste. Il a vu très tôt des œuvres d’Eugène Boudin qui est déjà représenté dans les collections du musée des beaux-arts du Havre. Il se coule dans cet impressionniste tardif autour de 1902.

D’ailleurs, la première œuvre de l’exposition est la plage de Sainte-Adresse, un lieu très apprécié par l’artiste. Il y reviendra jusqu’à ses dernières peintures. L’exposition montre aussi ses liens avec Trouville et Deauville, en peignant notamment des scènes de courses hippiques qui rencontrent un grand succès auprès des collectionneurs.

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L’artiste tente le cubisme

Il s’agit d’un tableau de Raoul Dufy durant sa période du cubisme où il représente une femme nue. | OUEST-FRANCE
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Il s’agit d’un tableau de Raoul Dufy durant sa période du cubisme où il représente une femme nue. | OUEST-FRANCE

Raoul Dufy est à la recherche de son propre style. À l’été 1908, il s’essaye au cubisme. Il est ami avec Georges Braque qui invente le cubisme en 1907 dans les ateliers du Bateau-Lavoir avec Pablo Picasso. Georges Braque décide d’aller sur les traces de Paul Cézanne à l’Estaque près de Marseille et c’est à ce moment-là que Dufy l’accompagne. Tous les deux vont peindre les mêmes sujets. Cette période du cubisme pour Raoul Duffy fut assez courte.

Sa participation à un livre illustré

L’exposition permet de découvrir les illustrations du recueil de Guillaume Apollinaire, « Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée » que Raoul Dufy a illustré avec des gravures sur bois. | OUEST-FRANCE
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L’exposition permet de découvrir les illustrations du recueil de Guillaume Apollinaire, « Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée » que Raoul Dufy a illustré avec des gravures sur bois. | OUEST-FRANCE

En 1910, Raoul Dufy s’initie à la gravure sur bois et collabore avec Guillaume Apollinaire pour le premier chef-d’œuvre du livre illustré du XXe siècle : « Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée ». À l’origine, son ami Apollinaire s’était d’abord tourné vers Picasso pour ce projet, mais ce dernier a renoncé. C’est finalement Dufy qui a la commande. Il s’agit du premier livre publié par Guillaume Apollinaire en 1911.

Le style de Dufy se caractérise dans le fait qu’il remplit l’image de détails, précise-t-il. Ce livre va exercer une influence considérable sur sa carrière de décorateur car on retrouve certains animaux sur différents supports : teinture, tapisserie, projet de tissu, céramique… Justement, une teinture inédite est exposée à côté. C’est une œuvre qui avait échappé à la sagacité de mes prédécesseurs. Nous l’avons découvert dans nos réserves il y a trois à quatre ans alors qu’elle était roulée avec peinture. La collection est tellement riche qu’on peut encore trouver des œuvres inédites.

La place de la céramique

Ce tableau en céramique de Raoul Dufy intitulé « Baigneuse à la coquille » a été découvert il y a seulement quatre à cinq ans. | OUEST-FRANCE
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Ce tableau en céramique de Raoul Dufy intitulé « Baigneuse à la coquille » a été découvert il y a seulement quatre à cinq ans. | OUEST-FRANCE

Au travers de l’exposition, les visiteurs découvrent des céramiques. Des vases, des carreaux de faïences, des tableaux… mais aussi un jardin d’appartement ! C’est le seul qui était resté entre les mains de Madame Dufy que nous conservons. À proximité, se trouve un tableau en céramique de 1926 représentant une femme nue. Il y a quatre à cinq ans, le service des musées de France a trouvé cette pièce identique. On en connaît que deux réalisés par Raoul Dufy. La deuxième appartient à un collectionneur privé.

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La découverte de ses ateliers

Christian Briend présente le tableau « L’atelier de l’impasse de Guelma », l’une des œuvres les plus fortes de l’exposition. | OUEST-FRANCE
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Christian Briend présente le tableau « L’atelier de l’impasse de Guelma », l’une des œuvres les plus fortes de l’exposition. | OUEST-FRANCE

Raoul Dufy a représenté ses ateliers dans ses œuvres tout au long de sa carrière. L’un de ces tableaux emblématiques est « L’atelier de l’impasse de Guelma ». Il existe en trois exemplaires différents à New York et Troyes. Cette œuvre a la particularité d’avoir été reprise par Dufy entre 1935 et 1952. Il a ajouté des aplats de noir et il a effacé dans le fond rapidement des maquettes de bateaux car il collectionnait des ex-voto de marins, sa fidélité avec sa Normandie natale. Il a préféré mettre un violon rouge , détaille Christian Briend. C’est un tableau très séduisant et frappant par ce jeu de portes et de fenêtres.

Jusqu’au dimanche 20 septembre, l’exposition « Raoul Dufy, la mélodie du bonheur » aux Franciscaines.