l’essentiel
À Gaillac, durant tout l’été, le marché du dimanche quitte temporairement le Griffoul pour la place de la Libération. Un déménagement qui ne fait pas l’unanimité parmi les marchands et les commerçants. Notamment ceux du bas de la ville qui grincent des dents.
Si le marché du vendredi – transféré en totalité sur la place de la Libération – recueille une très large approbation des clients et des marchands, la position des uns et des autres est plus réservée sur l’abandon estival du Griffoul. Claire, une cliente régulière, regrette le départ de cette place qui était à la dimension de ce petit marché.
« Le Griffoul, c’est le sujet le plus peint par les artistes depuis plus de cent ans et le plus photographié par les touristes. C’est la carte postale de Gaillac. On aimait y descendre pour ce petit marché familial. »
Du côté des marchands, c’est plutôt l’expectative, le « on verra à la fin de l’été » est la tendance majoritaire. D’autres font grise mine ; une fleuriste attend ses clients place de la Libération.
« Même s’il y a de l’ombre, ils ne sont pas là. » Idem pour le crémier. « De 8 h 30 à 11 heures, je ne levais pas le nez du service. Regardez la différence aujourd’hui. » Vrai qu’il n’est pas bousculé. Cathy Champigneulles, qui vend des fruits et légumes pour le compte d’un maraîcher Lescurien, a retrouvé sa clientèle.
« Il faut leur laisser un peu de temps. » Giuseppe Zagari propose des produits italiens toute l’année : lui est plutôt réservé, mais ne ferme pas la porte aux bonnes surprises, tout comme Marius le Guadeloupéen dont les accras frisent dans l’huile.
Un doute à lever
Les premiers consommateurs arrivent vers 10 h 30. « Un peu plus tard que d’habitude, mais ça devrait marcher. » En fin de matinée, le marché s’est rempli, les sourires remplacent les rictus. Les mines tristes et les joues blêmes, on les trouve dans la rue Portal, chez les commerçants.
Arnaud Vuaflart, le crémier, fêtera ses dix ans d’installation le 14 juillet. Certains dimanches, il y avait la queue devant le magasin. « Aujourd’hui, on a du temps pour discuter. » Ils espèrent des animations qui attireront le public dans la rue. Aline Henry a créé T Gourmand et a beaucoup investi. Elle envisageait même de recruter ; aujourd’hui, elle a le moral en berne. « Je suis désespérée. »
« Vendredi, j’ai fait moins 40 %. Si je n’avais pas un petit groupe de randonneurs en terrasse, je ne verrais quasiment personne. » Un dimanche ordinaire, il fallait attendre qu’une place se libère pour consommer son chocolat crémeux ou son café. Même scepticisme à la Bodega : deux clients à 11 heures, pas un chat en terrasse quand l’établissement était plein.
« Vendredi, on a un peu travaillé, mais ce matin, c’est vide », constatent Valérie Ballester et Razik Aïdoud. La Guinguette ouvrira en soirée, à l’heure de fermeture de la lumière des vitrines. Le maire est persuadé que, pour ces commerces sinistrés, elle récupérera largement les euros perdus en chemin. Les commerçants impactés aimeraient le croire.