Michaël d'Udekem, architecte indépendant associé chez Sinergy-International (SI), qui a mené à bien le projet de vie de Philippe et Els.Michaël d'Udekem, architecte indépendant associé chez Sinergy-International (SI), qui a mené à bien le projet de vie de Philippe et Els.Michaël d’Udekem, architecte indépendant associé chez Sinergy-International (SI), qui a mené à bien le projet de vie de Philippe et Els. ©Jean Bernard

En route donc pour le sud de la province de Namur ; un chemin s’enfonce dans la forêt. Nous voici arrivés dans un véritable petit paradis, mis en musique par l’architecte, en étroite collaboration avec le couple de propriétaires.

guillement

Les deux plus importants défis étaient de tenir compte de la sclérose en plaques dont souffre Monsieur (…) et de la maison d’origine, (…) bâtie sur un ‘terrain non constructible’. »

« À l’origine du projet, les défis ne manquaient pas, commence Michaël d’Udekem. Les deux plus importants étaient, d’une part, de tenir compte de la sclérose en plaques dont souffre Monsieur, maladie dégénérative inexorable. D’autre part, le fait que la maison d’origine, comme cela arrivait dans les années 70, avait été bâtie sur un ‘terrain non constructible’. Cela signifiait que ce premier bâti ne pouvait à aucun moment être rasé, sous peine de retrouver le prescrit de non-constructibilité. Il fallait donc la modifier sans la détruire. »

« L’architecture n’est pas un art mais un métier de service »

« Au sein du bureau d’architectes SI, chaque associé vient avec ses spécificités, ses compétences qu’il peut mettre au service du responsable du dossier. Les projets sont de longue durée, avec des phases précises. Mais dans le même temps, il faut régulièrement rassurer le client, voire le décevoir ou le contredire s’il vient avec des idées irréalisables. »

Coup de cœur pour l’emplacement

Les propriétaires ont eu un coup de cœur pour l’emplacement, fin 2017. Mais Els a vu tout de suite que la maison ne pouvait pas convenir telle qu’elle était conçue. « Nous avons signé immédiatement, précise son mari, Philippe, et tout de suite, nous sommes partis du principe qu’il fallait la transformer et la rendre accessible PMR. Nous avons donc fait un appel d’offres à plusieurs bureaux d’architectes et c’est celle de SI qui a retenu notre attention. »

guillement

Tout n’était pas possible. »

« L’avant-projet, c’est Sébastien Cruyt qui l’a mené en le présentant à ce concours, explique Michaël d’Udekem. Après ça, j’ai joué le rabat-joie (rire), expliquant que tout n’était pas possible. »

COLISO², projet modèle mené à bien par InclusioRetards et difficultés

Une première réunion de chantier eut lieu en janvier 2020. Deux mois plus tard, c’était le confinement. Les retards s’accumuleront : « Le chef de chantier sera totalement débordé ; il disait en gérer six à la fois, dont le nôtre. On a vite compris qu’il en gérait en réalité… 24 ! », réalise Els.

Chaque niveau de la maison, terrasses comprises, est de plain-pied.Chaque niveau de la maison, terrasses comprises, est de plain-pied.Chaque niveau de la maison, terrasses comprises, est de plain-pied. ©Jean Bernard

La maison d’origine était déjà, pour l’époque (années 70), très moderne : blanche, épousant la pente du terrain, en escalier donc, posée en partie sur un rocher calcaire. « Nous voulions garder cet aspect contemporain, en le remettant au goût du jour, poursuit Els. Si beaucoup d’éléments existants ne convenaient pas au handicap de Philippe, tout n’était pas à jeter, comme ce plafond en pente dans le salon-salle à manger qui apporte une belle respiration à l’ensemble. On a donc souhaité conserver cet élément. »

Le plafond en pente a été conservé de l'ancienne maison dont on devine des éléments dans le fond à droite. Une cage d'ascenseur a été aménagée à côté de l'escalier.Le plafond en pente a été conservé de l'ancienne maison dont on devine des éléments dans le fond à droite. Une cage d'ascenseur a été aménagée à côté de l'escalier.Le plafond en pente a été conservé de l’ancienne maison dont on devine des éléments dans le fond à droite. Une cage d’ascenseur a été aménagée à côté de l’escalier. ©Jean Bernard

Fils d’une grande artiste, Philippe voulait aussi un écrin pour exposer les œuvres, et conserver au mieux les archives, avec un espace pour pouvoir accueillir les historiens de l’art et conservateurs de musée, tout en pouvant poursuivre son activité de monteur de documentaires.

Collaboration avec une ergothérapeute

Pour répondre au mieux au souhait de son client, Michaël d’Udekem travaillera alors avec une ergothérapeute afin de tout concevoir aux normes PMR : portes plus larges, barres d’accès, chaque niveau de plain-pied, installation d’un ascenseur, plan de travail dans la cuisine sur deux niveaux. « C’est mon péché mignon, sourit Philippe, je souhaite continuer à cuisiner, même si, un jour, je me retrouve dans une chaise roulante de manière permanente. »

Pour l'aménagement, il a été fait appel à une ergothérapeute. C'est notamment le cas dans la cuisine avec un plan de travail à deux niveaux.Pour l'aménagement, il a été fait appel à une ergothérapeute. C'est notamment le cas dans la cuisine avec un plan de travail à deux niveaux.Pour l’aménagement, il a été fait appel à une ergothérapeute. C’est notamment le cas dans la cuisine avec un plan de travail à deux niveaux. ©Jean Bernard

Si la maison d’origine était très anguleuse, le projet développé par SI joue sur les courbes à l’intérieur, et les angles à l’extérieur, ce qui rend l’espace très organique. « On a aussi veillé à ce que toutes les pièces qui ont un mur donnant vers l’extérieur aient une porte-fenêtre donnant ainsi sur la grande terrasse en partie fleurie et munie d’un auvent indispensable vu l’exposition plein sud. »

Orientée plein sud, la maison bénéficie d'auvents, mais aussi de portes-fenêtres. On aperçoit au sommet l'espace pour les éléments techniques.Orientée plein sud, la maison bénéficie d'auvents, mais aussi de portes-fenêtres. On aperçoit au sommet l'espace pour les éléments techniques.Orientée plein sud, la maison bénéficie d’auvents, mais aussi de portes-fenêtres. On aperçoit au sommet l’espace pour les éléments techniques. ©Jean Bernardguillement

Nous aurions pu aussi demander son aide pour d’autres aménagements, mais, ne manquant pas de moyens, nous avons estimé que beaucoup d’autres personnes étaient bien plus légitimes que nous à bénéficier des services de l’Aviq. »

L’Aviq, l’Agence pour une vie de qualité, est intervenue dans l’aménagement de l’accès au bâtiment. « Nous aurions pu aussi demander son aide pour d’autres aménagements, mais, ne manquant pas de moyens, nous avons estimé que beaucoup d’autres personnes étaient bien plus légitimes que nous à bénéficier des services de l’Aviq. »

Terrain et équipements complexes

Depuis l’une des terrasses de plain-pied (l’une avec des avaloirs, l’autre posée sur un sol perméable) donnant sur la vallée, Els décrit la maison. « On aperçoit au sommet du bâtiment les éléments techniques (ascenseur, ventilation mécanique contrôlée (VMC)…). Au niveau -1, à droite, quatre portes-fenêtres donnent sur la piscine intérieure, deux autres donnent accès à la salle de bains, puis c’est la chambre à coucher, enfin les parties de vie. Au -2, sous la piscine, il y a les espaces techniques – j’appelle ça la salle des machines… – puis la chambre d’amis, aussi studio pour accueillir des étudiants ou des historiens de l’art. À terme, elle servira de domicile pour la personne qu’on devra engager le jour où nous ne serons plus capables de nous débrouiller seuls. Ensuite, ce sont les salles où sont conservées les archives. »

L'aménagement de la piscine a demandé la pose d'installations techniques complémentaires.L'aménagement de la piscine a demandé la pose d'installations techniques complémentaires.L’aménagement de la piscine a demandé la pose d’installations techniques complémentaires. ©Jean Bernard

À noter encore la tuyauterie : station d’épuration, citernes d’eau de pluie (vu les 400 m² de toiture). Un puits permet de pomper dans la nappe phréatique à 30 mètres. « Nous sommes donc totalement indépendants, mais nous payons les taxes, qu’on se rassure (sourire). Quarante-huit panneaux photovoltaïques couvrent la toiture, au plus grand plaisir des bergeronnettes qui y nichent. »

Vu la présence de la roche, il a fallu, pour éviter que l’édifice d’origine ne s’effondre, renforcer le mur de soutènement existant, en créant une banquette en structure béton, afin de déporter la charge. « En résumé, le sol est excellent, mais il est dur à travailler », sourit l’architecte.

Vu les défis liés au handicap de Philippe, il a fallu rester en permanence derrière les entrepreneurs : rectification d’emplacement des prises de courant, placement des portes coulissantes, des toilettes, des équipements des salles de bains… Sans oublier les difficultés liées au terrain, comme pour l’entrée de garage. Il a fallu faire usage de briques, de la structure bois ou encore du béton.

L'aménagement du garage, et de son volet de type industriel, n'a pas été de tout repos.L'aménagement du garage, et de son volet de type industriel, n'a pas été de tout repos.L’aménagement du garage, et de son volet de type industriel, n’a pas été de tout repos. ©Jean Bernard

Autant de beaux défis relevés par l’architecte, ses équipes, et le couple qui peut voir arriver l’âge et la maladie plus sereinement.