François (Louis Morissette) est un scénariste de télévision sur le déclin.

Déterminé à voir son nouveau projet aboutir, il décide de cocher cyniquement la case «transgenre» dans un document de financement gouvernemental.

Et ça fonctionne.

Du jour au lendemain, François se retrouve contraint d’incarner Françoise, une autrice en transition.

Mais ce mensonge l’entraînera dans une spirale infernale où il découvrira que cette nouvelle identité parvient autant à le libérer qu’à l’emprisonner.

Dès la parution des premières images, le film a suscité autant la curiosité que le rejet chez certaines personnes.

Comment un acteur cisgenre allait-il pouvoir porter la voix de la communauté trans avec suffisamment de finesse, sans tomber dans les stéréotypes?

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la force de François.e est justement d’être parvenu à faire les deux, mais de façon équilibrée.

On comprend que l’imposture de François, si elle venait à être révélée, constituerait une insulte pour la communauté trans et contribuerait à véhiculer certains stéréotypes.

Malgré cela, à travers les épreuves que traverse le personnage, le réalisateur Jean-François Asselin (Plan B) parvient à lever le voile avec justesse sur la réalité des personnes trans.

Les conflits avec la famille et les amis, les insultes et les actes violents, le fait de se faire appeler par son ancien nom, et bien plus encore.

Tous ces éléments alimentent le développement de la mentalité de François, mais aussi celle du public.

Le film bascule graduellement de la comédie absurde à une œuvre d'une grande profondeur dramatique.

Au départ, le film présente sa transition de manière très absurde.

La scène où il enfile les habits de Françoise pour la première fois est tout simplement la plus drôle du long métrage.

Cela tient notamment à la complicité comique naturelle entre Louis Morissette et Robin Aubert. À noter que Geneviève Schmidt tire aussi très bien son épingle du jeu à ce chapitre à d’autres moments du film.

Morissette démontre un excellent sens du timing comique, multipliant les répliques efficaces qui provoquent plusieurs éclats de rire.

Au moment de cette transition de François, on croit avoir affaire avant tout à une comédie centrée sur les mésaventures du personnage principal.

Mais à notre grande surprise, le film évolue narrativement pour nous plonger davantage dans le drame.

Jean-François Asselin accompagne habilement ce changement de ton.

Sans jamais tomber dans le mélodrame, sa mise en scène délaisse graduellement l’humour des débuts pour adopter une approche plus sobre et intimiste.

Il laisse toute la place à ses acteurs, notamment à Louis Morissette, dont l’évolution psychologique de son personnage est en parfaite symbiose avec celle du récit.

Cette transformation est notamment alimentée par sa rencontre avec Sarah (Pascale Drevillon), une autrice trans qui viendra l’aider à crédibiliser sa série.

Pascale Drevillon vole la vedette dans <em>François.e</em> grâce à une performance authentique et touchante.

La relation entre les deux constitue assurément l’un des principaux atouts du film.

Si la performance de Louis Morissette impressionne, celle de Pascale Drevillon crève littéralement l’écran.

L’actrice livre une interprétation authentique et marquante.

À travers les défis que vit son personnage, on ressent une profonde empathie qui nourrit rapidement notre attachement envers elle.

Bien que le film nous fasse passer par toute une gamme d’émotions, le récit perd quelque peu son souffle dans son dernier tiers.

Les événements s’enchaînent brusquement et la conclusion, plutôt prévisible, aurait gagné à être mieux amenée.

Cela dit, François.e nous a véritablement bluffé.

Même si le film reprend un ressort comique maintes fois exploité — celui d’un homme qui se fait passer pour une femme —, il réussit à se démarquer par sa capacité de mettre en lumière la réalité des personnes trans avec une efficacité qui mérite d’être saluée, sans jamais verser dans la moquerie.

Il démontre qu’il est possible d’utiliser l’humour pour ouvrir le dialogue tout en sensibilisant le public à la réalité d’un groupe souvent incompris.

François.e s’impose assurément comme l’une des belles surprises du cinéma québécois cette année.

François.e est présenté au cinéma.

Au génériqueCote: 7,5/10Titre: François.e Genre: Comédie dramatiqueRéalisation: Jean-François AsselinDistribution: Louis Morissette, Pascale Devrillon, Geneviève Schmidt Durée: 1 h 45