Durant cette troisième décennie, entre 1987 et 1996, Montreux accueille quelques B.B. King, Herbie Hancock, George Benson ou Earth Wind and Fire. Mais s’il y a un concert qui dépasse tous les autres, un concert dont on peut dire sans exagérer qu’il appartient à l’histoire, c’est celui de Miles Davis en 1991, au côté de Quincy Jones. Parce que c’est le dernier concert de Miles Davis à Montreux et parce que c’est la première fois qu’il accepte de rejouer la musique de son passé.

Juillet 1991 au Casino de Montreux, Miles Davis a 65 ans, il est affaibli, physiquement et mentalement. Depuis toujours, Miles regarde vers l’avant. Il a une règle quasi obsessionnelle: ne jamais se retourner. Ne jamais rejouer ce qu’il a déjà joué. Ne jamais capitaliser sur la nostalgie. Mais pour ce concert, Quincy Jones, ami de Miles depuis les années 1950, parvient à convaincre Miles Davis de revenir à sa musique orchestrale, celle écrite avec Gil Evans. Pas pour faire un hommage ni pour célébrer le passé, mais pour rejouer cette musique autrement, avec la distance, la gravité et la liberté d’un homme de 65 ans.

La scène est impressionnante. D’un côté, Miles Davis à la trompette, de l’autre Quincy Jones, à la direction. Autour d’eux l’orchestre de Gil Evans et le Concert Jazz Band de George Gruntz. Au total, plus de quarante musiciens sur scène.

Le concert de Miles Davis aux côtés de Quincy Jones au Montreux Jazz Festival en 1991. [KEYSTONE - PATRICK AVIOLAT] Le concert de Miles Davis aux côtés de Quincy Jones au Montreux Jazz Festival en 1991. [KEYSTONE – PATRICK AVIOLAT]

La musique est dense, exigeante. Miles joue moins qu’avant. Sa trompette est plus brute. Plus voilée. Mais chaque note compte. Miles est concentré, sérieux et par moments, visiblement épuisé. Ce qui se passe réellement sur scène n’est pas un « comeback », c’est un face‑à‑face entre le Miles qu’il a été et le Miles qu’il est devenu. Il n’y a aucune nostalgie, aucune complaisance, simplement un homme qui accepte, pour une fois, de regarder son propre passé dans les yeux.

Le public comprend immédiatement la gravité du moment. Ce n’est pas un concert euphorique ou spectaculaire, c’est un moment historique. Claude Nobs, encore une fois, enregistre tout. Il comprend que ce qu’il capte alors ne pourra jamais être rejoué.

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Quelques semaines plus tard, en septembre 1991, Miles Davis meurt. Ce concert devient alors son dernier grand projet, sa dernière apparition majeure à Montreux et l’un des ultimes témoignages de son génie.

Pour Montreux, c’est un moment fondateur. Le Festival n’est plus seulement un lieu de découvertes ou de performances incroyables. Il devient un lieu de mémoire vivante. Miles Davis aura joué neuf fois à Montreux, entre 1973 et 1991. Des périodes radicalement différentes, des formations opposées, des visions parfois contradictoires, mais tout converge vers ce concert de 1991.

>> A écouter, la chronique Vertigo sur les années 1987-1996 et le concert de Miles Davis : Montreux Jazz : l’intime et la légende – Publié vendredi à 17:10

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